article sur le Superphénix, Explication sur le Superphénix

Superphénix Article, Signification, Explication

Superphénix est un prototype français de surgénérateur situé à Creys-Malville, dans l'Isère. Faisant suite au réacteur expérimental Phénix, il était prévu pour être le premier réacteur en production et en grandeur nature. Il a été à l'origine d'une polémique sur son coût et sur sa fiabilité, laquelle a entraîné l'abandon de la filière.

Table of contents
1 Historique
2 Fonctionnement
3 Débat sur Superphénix
4 Voir aussi
5 Liens externes

Historique

Ce projet est le fruit d'une collaboration internationale entre EDF (51 %), la société italienne ENEL (33 %) et la société allemande SBK (16 %). À l'origine, un surgénérateur devait être construit dans chaque pays partenaire mais, suite à des pressions politiques, seul Superphénix a vu le jour. Parmi les investisseurs se trouvait aussi l'Iran (pour 1 %). Ceci a causé de nombreux problèmes politiques entre la France et l'Iran après le brutal changement de régime de ce pays. La puissance nominale de la centrale, mise en service en 1988, était de 1240 MW électriques (pour une puissance thermique de 3000 MW), soit à peu près équivalente à un réacteur d'une centrale nucléaire classique (qui va de 900 à 1400 MW).

Superphénix était un prototype à l'échelle industrielle : en 1996 — seule année où Superphénix a fonctionné normalement avec un coefficient de charge de 90 %, supérieur aux autres centrales de type REP du parc nucléaire français — l'équilibre économique avait été atteint grâce aux ventes d'électricité.

À l'arrivée de la gauche plurielle, les Verts ont réclamé l'arrêt et le démantèlement de Superphénix. La Commission de la production et des échanges de l'Assemblée Nationale a constaté en avril 1997 que « l'arrêt immédiat du réacteur est, en tout état de cause, plus coûteux que la poursuite de l'activité même grevée d'un faible taux de disponibilité de l'infrastructure ».

Lionel Jospin ayant pris sa décision, un arrêté ministériel du 19 juin 1997 a conduit à son arrêt définitif. Les raisons invoquées, influencées par la pression de l'opinion publique, était que le faible prix de l'uranium ne justifiait plus les investissements dans cette technologie.

Le démantèlement a conduit EDF à fournir gratuitement de l'électricité aux membres de NERSA au prorata de leur partition en tant que dédommagement financier.

Fonctionnement

Superphénix est un réacteur à neutrons rapides (RNR). L'avantage des neutrons rapides est qu'ils permettent la formation d'une grande quantitié de plutonium 239 à partir de l'uranium 238, lequel plutonium 239 est fissible. Dans les réacteurs classiques, seule une petite partie de l'uranium 238 est exploitée de cette manière, la majorité de l'énergie étant fournie par l'uranium 235, directement fissible mais présent seulement à 0,7 % dans l'uranium naturel. La filière des RNR promettrait donc d'obtenir au final environ 100 fois plus d'énergie à partir d'une même masse initiale de matière fissile.

La chaleur produite dans le réacteur est évacuée avec du sodium liquide (-550°C). En effet il fallait à la fois que le matériau soit un caloporteur efficace (comme l'eau) et qu'il ne ralentisse pas les neutrons (contrairement à l'eau). Ce premier circuit (primaire) de sodium échange la chaleur avec un circuit secondaire de sodium, puis avec un circuit à eau, laquelle pousse les turbines de l'alternateur après vaporisation.

Le circuit de refroidissement de Superphénix était de type piscine (pool reactor) : le sodium du circuit primaire, potentiellement radioactif, était confiné à l'intérieur de la cuve et un échangeur intermédiaire permettait l'échange de chaleur avec le circuit secondaire de refroidissement de sodium. Ceci constituait une innovation technologique majeure par rapport au système notamment utilisé sur Rapsodie et les surgénérateurs américains : le refroidissement par boucles (loop reactor) où plusieurs boucles (2 dans le cas de Rapsodie et jusqu'à 6 pour certains réacteurs) de sodium permettaient l'échange entre circuit primaire et circuit secondaire, le sodium primaire radioactif n'étant alors pas confiné à l'intérieur de la cuve.

Débat sur Superphénix

Superphénix a été au centre d'un vive controverse, les militants antinucléaires exposant de nombreux arguments contre lui, ses défenseurs argumentant sur son intérêt.

Critiques

Le risque de l'accident majeur est toujours possible, bien que très faible (un emballement du cœur du type de Tchernobyl est en effet impossible en raison de la réactivité négative du combustible), cependant la décision de le construire n'a pas été ni soumise à la population des alentours.

La centrale contenait cinq tonnes de plutonium et mille tonnes de sodium liquide, qui s'enflamme spontanément au contact de l'air, et explose au contact de l'eau en produisant de l'hydrogène, lui-même extrêmement réactif. Par ailleurs, on ne sait toujours pas éteindre un feu de plus de quelques centaines de kilogrammes de sodium.

Le 8 décembre 1990, une partie du toit de la salle des turbines s'est écroulée à cause de la neige, nécessitant de remplacer l’un des deux groupes turboalternateurs. Le réacteur était arrêté ce jour-là.

Une des problématiques pour la sécurité étant l'augmentation de la viscosité du fluide caloporteur (le sodium liquide) en cas de pollution mal maîtrisée.

Le 31 juillet 1977, une manifestation s'est déroulée. Les CRS, débordés par l'ampleur de la manifestation (l'une des plus importantes de l'histoire du mouvement antinucléaire français), ont utilisé des grenades offensives pour repousser les manifestants, faisant un mort, Vital Michalon, et une centaine de blessés, dont plusieurs ont dû être amputés d'une main ou d'un pied. Lors de cette manifestation, plusieurs manifestants ont tenté de forcer les barrières destinées à protéger le chantier.

Le prix de la construction (dix milliards de francs pour une prévision quatre milliards) et de l'entretien de Superphénix pendant son fonctionnement ayant été évalué à 28 milliards de francs français, le prix de son démantèlement étant estimé à 25 milliards de francs français. Au final l'expérience industrielle a souvent été jugée coûteuse, la possibilité d'une exploitation industrielle « normale » étant contestée.

Apports avancés

Il est avancé que la surgénération représente toujours une solution au problème de la pénurie d'uranium. En effet, même si les prévisions des années 1970 se sont révélées trop pessimistes en raison des politiques de maîtrise des dépenses énergétiques au lendemain des crises pétrolières et d'une sous-estimation de la quantité et de la teneur des gisements d'uranium économiquement exploitables, la pénurie d'uranium est toujours évaluée pour l'horizon 2050.

Superphénix a permis au CEA et à EDF de développer des techniques pointues. Des données technologiques ont été collectées, notamment quant au caloporteur : le sodium liquide. Ces connaissances pourraient être réutilisées pour les futurs réacteurs à neutrons rapides à caloporteur sodium, une des solutions préconisées par le forum Generation IV, qui regroupe les grandes puissances du nucléaire civil : Allemagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Russie, etc.

Un argument avancé au sujet de l'environnement est que l'énergie des neutrons rapides, contrairement aux réacteurs à eau pressurisée, permet de transformer non seulement tous les atomes lourds initiaux, mais aussi ceux, à vie longue, engendrés par la réaction : neptunium, plutonium, américium, curium, etc. De plus, le surgénérateur pouvait être réglé en surgénération pour optimiser le rendement matière (l'uranium naturel est peu à peu transformé en plutonium qui est brûlé à son tour) ou en sousgénération, auquel cas il brûle des excès de matière fissile et permet notamment de retraiter le plutonium militaire. Enfin, un réacteur rapide pourrait accélérer la transmutation de produits de fission à vie longue en produits à vie plus courte et donc contribuer à réduire la toxicité à terme de ces déchets. De telles études étaient menées à Superphénix, en accord avec la loi Bataille, qui requiert un audit sur les solutions de traitement des déchets nucléaires d'ici 2006.

Le démantèlement a été décidé sans consultation publique comme il est d'usage en pareil cas (comme pour le démantèlement du réacteur de Brennilis en Bretagne). L'abandon de Superphénix a été décidé par un simple arrêté ministériel, sa construction ayant été décidée par une loi.

Voir aussi

Liens externes


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