Sociologie de la famille Article, Signification, Explication
Les sociétés sont constituées de groupes sociaux divers, qui rassemblent des individus ayant des caractéristiques communes comme la richesse, le pouvoir, la culture, etc.La famille, qui est le plus élémentaire entre eux, est aussi un des plus importants car c'est le premier groupe auquel appartient l’individu et c'est en son sein qu'il commence à vivre en société : la famille est donc le groupe de base de la société, en constante évolution. Mais qu'est-ce qu'une famille ? Il faudra d'abord la définir avant de voir les multiples formes de la parenté que l'on peut recenser à travers le monde.
« Essayons d'abord de définir la famille, non pas en intégrant toutes les observations recueillies au sein de différentes sociétés, ni même en nous limitant à la situation qui prédomine dans la nôtre, mais en construisant le modèle que nous avons présent à l'esprit quand nous utilisons le mot « famille ». Il semble que ce terme désigne un groupe social offrant au moins trois caractéristiques :
Comment définir la famille ?
(Claude Lévi-Strauss, Textes de et sur Lévi-Strauss, coll. Idées, Gallimard, 1979.)
L'INSEE définit la famille comme un ensemble de deux personnes composé soit :
La définition précédente met en avant la double dimension de la parenté :
Différentes règles organisent l'alliance dans la société traditionnelle. Elles sont variables selon les objectifs que chaque société souhaite atteindre :
Quelques précisions de vocabulaire
Pour former une famille (au sens étroit), il faut donc non seulement vivre ensemble mais aussi avoir des liens de parenté : on parle alors de « famille nucléaire » ou « groupe domestique »La définition de l'INSEE
Les deux dimensions de la parenté : filiation et alliance
L'alliance
Le mariage dans les sociétés traditionnelle
Claude Lévi-Strauss note dans le Regard éloigné (1983) que « dans toutes les sociétés humaines, la création d'une nouvelle famille a pour condition absolue l'existence préalable de deux autres familles, prêtes à fournir qui un homme, qui une femme, du mariage desquels naîtra une troisième famille, et ainsi de suite indéfiniment. [...] Une famille ne saurait exister s'il n'y avait d'abord une société : pluralité de familles qui reconnaissent l'existence de liens autres que la consanguinité, et que le procès naturel de la filiation ne peut suivre son cours qu'intégré au procès social de l'alliance ».
Le mariage « n'est pas, n'a jamais été, ne peut être une affaire privée », comme le dit encore Lévi-Strauss ; il était et reste motivé par des préoccupations d'ordre culturel ou économique : chez les Baruyas (société tribale de Nouvelle-Guinée), la richesse est un principe d'échange matrimonial et, dans de nombreux pays, la dot est une coutume encore largement répandue (dans cet échange de biens entre deux familles, soit l'épouse est dotée par sa famille, soit l'époux est tenu de donner un bien à sa femme ou à son beau-père). Enfin, dans les cas extrêmes, les Nuers du Soudan n'hésitent pas à célébrer des « mariages fantômes ». Lorsque le dernier descendant d'une lignée (la lignée étant l'ensemble de ceux qui descendent d'un même ancêtre) meurt sans avoir d'enfants, il épouse à titre posthume une femme qui va concevoir des enfants avec un géniteur tiers, et ceux-ci seront les enfants du mort.
Trois formes d'union coexistent aujourd'hui en France : le mariage civil, le concubinage, et le PACS.
Le mariage est la forme d'union la plus codifiée (c'est-à -dire organisée par des règles strictes, encadré par de nombreuses normes). Il doit être célébré par un officier d'état civil, et seul un juge peut prononcer sa rupture par le divorce. Des conditions strictes portant sur l'âge, le sexe, et l'absence de parenté des futurs conjoints sont exigées.
En contrepartie, il offre aux mariés de larges droits ainsi qu'une protection réelle du conjoint le plus faible en cas de séparation.
À l'opposé, le concubinage est beaucoup plus souple car il n'est qu'une union de fait reposant sur l'existence d'une vie commune stable et continue. Mais il ne propose aux concubins que peu d'avantages et pose parfois problème en cas de rupture involontaire (mésentente, décès).
Le PACS est donc une situation intermédiaire plus souple que le mariage, mais plus protecteur que le concubinage :
Certains sociologues comme Irène Théry, sont donc assez critiques vis-à -vis du PACS qu'ils qualifient d'union de seconde zone.
« Les couples en union libre avaient obtenu des droits sociaux. Ils ne peuvent espérer en avoir davantage. On dira qu'ils n'ont qu'à se pacser comme on dit maintenant qu'ils n'ont qu'à se marier.
Quant aux homosexuels, qui réclamaient l'égalité, ils se retrouveront avec un lien dont le contenu est strictement matériel, et bien inférieur à celui des couples hétérosexuels lorsqu'ils se marient : peu de protection juridique en cas de rupture et pas de statut d'héritiers. Quand on se marie, on a tout de suite des droits. Quand on se « pacsera », il faudra attendre des années : n'est-il pas humiliant de signer un contrat qui n'ouvre des droits qu'après plusieurs années de probation ? Et qu'elle est la valeur d'un contrat résiliable unilatéralement ? L'infériorité apparaît dans toute sa crudité au moment des successions : les taux et les tranches de la fiscalité sur l'héritage ont été calculées de façon à ne jamais égaler ce dont bénéficient les gens mariés.
Pour résumer : est-ce que cela valait la peine de disqualifier les valeurs de l'union libre, avec ses risques et sa noblesse, pour inventer un contrat d'union de deuxième zone ? »
(Irène Théry, dans l'Express du 11 mars 1999)
Avec l'endogamie et l'exogamie, nous avons vu que des règles obligatoires pouvaient contraindre le choix du conjoint dans les sociétés traditionnelles. Dans les sociétés modernes, il n'existe officiellement aucun obstacle aux unions. Pourtant, les sociologues constatent que notre environnement familial et social pèse fortement sur le choix de notre partenaire.
Ainsi, malgré la liberté de choix dont chacun dispose, de multiples influences sociales se conjuguent pour éloigner certains individus les uns des autres alors qu'elles en rapprochent d'autres : en définitive, ceci aboutit à une très nette « homogamie sociale » : on a tendance à trouver un conjoint qui nous ressemble sur le plan social, culturel ou professionnel.
Ce phénomène ne signifie pas que les individus recherchent systématiquement et consciemment un conjoint qui leur ressemble. Selon le sociologue François de Singly, il désigne plutôt un résultat d’ensemble car « en raison des courants d'échanges privilégiés entre certains groupes de l'espace social, et en raison des répulsions qui font que même dans une société en mouvement certaines trajectoires ne se croisent jamais », les semblables (ou du moins ceux qui partagent une même culture de groupe) s'assemblent plus fréquemment.
C'est pourquoi n'importe qui « n’épouse » pas n'importe qui, parce que n’importe ne rencontre pas n'importe qui. Les sociologues Michel Bozon et François Héran ont remarqué que les membres des milieux populaires se rencontrent plutôt dans les « lieux publics » (fêtes, foires, bal, rue, café, centre commercial) ; les classes supérieures à capital intellectuel dans les « lieux réservés » dont l'accès est symboliquement au matériellement contrôlé (association, lieux d'études, boîte, animation culturelle, sport) ; les cadres du privé, patron ou professions libérales dans les « lieux privés » (domicile, près de famille, entre amis). La fréquentation d'un lieu définit donc nos fréquentations...
La filiation est la reconnaissance sociale de liens entre individus qui descendent les uns des autres. Mais si toute société reconnaît la filiation, certaines lui accordent plus d'importance que d'autres et toutes ne la définissent pas la même manière.
En France, trois types de filiation sont reconnus : la filiation légitime (enfants nés de parents mariés ), naturelle (couple non marié ) et adoptive.
Dans les sociétés modernes, la mémoire généalogique ( en remontant vers nos ancêtres) est relativement courte car elle dépasse rarement les trois générations. Nous lui accordons peu d'importance car la position sociale d'un individu dépend davantage de son métier que de sa parenté.
Au contraire, dans les sociétés traditionnelles, la filiation tient un rôle d'importance. Certaines sociétés peu nombreuses se servent de la filiation pour élargir le choix des partenaires, en excluant une des deux lignées de la parenté. Dans les systèmes matrilinéaires (Trobriandais dans le Pacifique occidental, Indiens Hopi dans l'Arizona), seul le lien mère-enfant est reconnu, et c'est le frère de la mère (l'oncle materne) qui élève les enfants et détient l'autorité sur eux. Le mari n'a qu'un rôle de géniteur, et les enfants de sa sœur n'ont pas de liens de parenté avec les enfants de sa femme : ils pourraient donc se marier entre eux (alors qu'ils seraient cousins dans notre propre société).
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Enfin, il faut remarquer que rien n'est prévu concernant les enfants.Le choix du conjoint reste influencé par de fortes contraintes sociales
La filiation
Voir aussi:
Famille - Lien social - Groupe
