Sanskrit Article, Signification, Explication
Le sanskrit (ou sanscrit ; nom local : saṃskr̥tam / संस्कृतम) est une langue indo-européenne, de la famille indo-iranienne, autrefois parlée dans le sous-continent indien. C'est notamment celle des textes religieux hindous et, à ce titre, elle continue d'être utilisée, à la manière du latin aux siècles passés en Occident, comme langue cultuelle, culturelle et véhiculaire (un recensement de 1981 indique qu'il y aurait encore environ 6 100 locuteurs ; en 1961, à peu près 194 400 personnes disaient l'utiliser comme langue secondaire). C'est d'ailleurs l'une des langues officielles de l'Inde. Le sanskrit est une langue hautement flexionnelle et très archaïsante, dont l'étude est fondamentale dans le cadre de la linguistique comparée.
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2 Les écritures du sanskrit 3 Caractéristiques principales 4 Voir aussi |
Le premier sens de sanskrit est celui d'« indo-aryen ancien », langue mère qui a donné naissance à une multitude de dialectes, et langue sœur de l'iranien ancien (ou avestique) dont elle se sépare à peine. D'après des documents retrouvés en pays hittite et rédigés dans cette autre langue indo-européenne, comprenant quelques mots indo-aryens, il est possible de déterminer qu'une forme d'indo-aryen était parlée au XIVe siècle avant notre ère. La plus vieille forme de sanskrit attestée de manière plus tangible est nommée védique : c'est la langue dans laquelle sont rédigés les Veda, dont le R̥g Veda ou « Veda des hymnes (r̥g-) », le plus ancien ensemble de textes de l'hindouisme. Il est cependant extrêmement difficile de dater le R̥g Veda lui-même, et donc les débuts de l'histoire réelle de la langue védique : les textes sacrés, en effet, étaient avant tout récités et appris par cœur (ils le sont d'ailleurs encore) et leur fixation par écrit est relativement récente. De plus, leur composition s'étale sur plusieurs siècles. Certains supposent que les plus vieux textes remontent au IIe millénaire avant notre ère. Cette langue archaïque et peu normée est l'une des plus proches de l'indo-européen et s'avère précieuse pour la linguistique comparée. À titre indicatif, l'on peut indiquer les principales différences entre le sanskrit védique et le sanskrit classique (voir plus bas pour cette notion de langue classique) :
Au IIIe siècle avant notre ère, les premiers prâkrits (ou prākr̥ta, « [langue] ordinaire ») sont attestés, notamment grâce aux inscriptions d'Ashoka. Ces langues ainsi désignées correspondent à des dialectes moins « nobles » que le sanskrit, c'est-à-dire des langues vulgaires et vernaculaires d'usage quotidien qui, rapidement, se séparent les unes des autres et donnent naissance à la multitude de langues indo-aryennes présentes dans le sous-continent indien. Toutes issues du vieil indo-aryen des origines, elles connaissent chacune une évolution ainsi qu'un destin différents. Ce sont de tels prâkrits que proviennent, entre autres, les langues modernes comme l'hindī, la pañjābī (penjâbî), ou encore la bangālī (bengali). Ces langues sont « vulgaires » au même titre que le latin vulgaire, c'est-à-dire « parlées par le peuple » ; leur statut d'idiomes vernaculaires vivants, donc de langues considérées inférieures, explique pourquoi il faut attendre au moins le XIXe siècle pour que la littérature en langues modernes supplante enfin celle en sanskrit. Outre les inscriptions d'Ashoka, de nombreuses citations en prâkrits sont aussi attestées dans des textes sanskrits, surtout dans le théâtre, où les personnages de rang inférieur s'expriment généralement en langue vernaculaire ; ces témoignages, cependant, sont d'essence littéraire, et ne peuvent être pris pour argent comptant. L'on peut établir ici une analogie avec le « patois » utilisé dans certaines pièces de Molière, comme Dom Juan, servant à représenter une parlure populaire ; ce qu'il en donne ne peut être considéré comme une attestation réelle des langues vernaculaires françaises de son époque, mais sont susceptibles, mutatis mutandis, de renseigner quelque peu sur ces idiomes ; Molière donne en effet à entendre une synthèse littéraire et artificielle de traits linguistiques probables. La littérature prâkrite est pourtant représentée de manière indépendante, mais souvent masquée par le sanskrit classique. L'un des prâkrits, le pāḷi, connaît un destin différent : devenu lui aussi langue sacrée, celle du bouddhisme theravâda, il n'évolue quasiment plus et reste employé tel quel dans la liturgie et les exégèses jusqu'à nos jours. Enfin, le canon jain, rédigé dans un prâkrit nommé ardhamāgadhī, offre de nombreux témoignages, bien qu'encore une fois littéraires, d'une des langues vulgaires réellement parlées dans l'Antiquité indienne.
C'est dans les commentaires que Patañjali fait de la grammaire de Pāṇini (dans son ouvrage nommé Mahābhāṣya), au IIe siècle avant notre ère, qu'apparaissent les premières critiques : le commentateur prouve que le sanskrit, est encore une langue vivante, mais que des formes dialectales peuvent l'émailler ; l'existence des prâkrits est donc reconnue et l'utilisation de formes vulgaires blâmée ; la notion de norme grammaticale apparaît plus fortement, et c'est à partir de ce moment que le sanskrit va se figer pour devenir le sanskrit classique, enfin désigné dans les textes au moyen du vocable saṃskr̥ta (lequel n'est cependant pas utilisé par Patañjali), proprement « parachevé », « parfaitement apprêté » (se dit aussi de la nourriture). La langue, après l'ère chrétienne, n'est plus parlée de manière naturelle, elle est entièrement décrite par la grammaire et n'évolue plus. C'est une langue culturelle et religieuse, sans lien direct avec les langues vivantes, utilisée souvent comme lingua franca et comme langue littéraire (même par les peuples ne parlant pas une langue issue du vieil indien, comme les locuteurs d'idiomes dravidiens), jusqu'à ce que les langues néo-indiennes issues des prâkrits, aux alentours du XIVe, commencent réellement à s'imposer à l'écrit pour, au XIXe siècle, supplanter le sanskrit dans la production littéraire. Il est notable que le tamiḻ, langue dravidienne sans rapport de filiation avec le sanskrit, fort d'une culture très ancienne lui aussi, fut en concurrence avec le sanskrit bien plus tôt, dès les premiers siècles de notre ère.
L'histoire du sanskrit peut se résumer ainsi :
Ce sont les colons anglais qui, pendant leur suprématie, ont imposé une de ces écritures, la devanāgarī, elle aussi issue de la brāhmī. C'est maintenant en devanāgarī que l'on écrit majoritairement le sanskrit en Inde.
En outre, en se transmettant par le bouddhisme, des termes sanskrits ont été adaptés en chinois puis en japonais, dont les écritures logographiques réclament la création de caractères phonétiques destinés à cet usage ou l'utilisation de caractères indépendamment de leur sens ; ainsi, le terme sanskrit bodhisattva est noté par 菩提薩埵, qui se lisait vraisemblablement bu-dej-sat-thwa en moyen chinois (de nos jours pútísàduǒ, abrégé en 菩薩 púsà, d'où vient d'ailleurs le mot français poussah, « jouet à bascule » puis « gros homme ventru et débonnaire » !). De ces caractères seuls 提 tí, « tirer », et 埵 duǒ, « terre compacte », ont un sens, qui est évincé dans le composé au profit du son, tandis que 菩 et 薩 n'ont jamais servi qu'à cette transcription et n'ont par ailleurs aucune signification.
Enfin, le Xe congrès des Orientalistes fixa, en 1894 à Genève, une transcription latine qui, de nos jours, est la seule utilisée dans les ouvrages didactiques occidentaux. C'est cette même transcription, qui, quelque peu augmentée, permet aussi de transcrire toutes les autres langues indiennes, qu'elles soient ou non indo-aryennes, au moyen des mêmes symboles. Cette transcription est décrite en détail dans l'article consacré à la devanāgarī, écriture permettant en effet de noter tous les sons des langues indiennes.
Histoire
Le terme de sanskrit désigne plus un ensemble de langues issues d'une langue mère étendue dans le temps et l'espace qu'une langue unique. Son nom, saṃskr̥tam, qui signifie « parachevé » (voir plus bas), est assez récent ; la langue a pendant des siècles été simplement désignée par vāc ou śabda, « la parole, la langue », le sanskrit étant senti comme la seule langue possible ; quelques désignations métaphoriques, comme gīrvāṇabhāṣā, « langue des dieux », marquent bien son caractère éminemment religieux.
Une forme tardive du védique, qui a déjà évolué (on note la disparition du subjonctif, par exemple), forme un sanskrit préclassique, utilisé aux alentours du Ve ou du IVe siècle avant notre ère. C'est ce sanskrit que Pāṇini, sans doute le premier grammairien de l'Antiquité (bien que son approche structuraliste ne puisse être que le fruit d'un héritage plus ancien), décrit phonologiquement et grammaticalement dans un ouvrage d'une précision et d'une rigueur formelle inégalée jusqu'à ce que la linguistique moderne se développe, bien plus tard. Celui-ci s'attache à décrire dans son traité, l'Aṣṭādhyāyī, la langue qu'il parle et souligne les formules qu'il considère propres aux hymnes védiques, sans réellement dire qu'elles sont archaïques. La langue commence à se normaliser.
De sorte, toutes les langues néo-indiennes dérivent du sanskrit.Les écritures du sanskrit
Longtemps de tradition purement orale, la religion hindouiste n'a pas eu besoin de fixer ses textes. C'est tardivement que l'emploi de la brāhmī d'abord (semi-syllabaire utilisé pour les édits d'Ashoka) puis de la multitude d'écritures qui en dérivent est généralisé, pour les textes profanes puis sacrés. Chaque région de l'Inde utilise l'écriture qui lui sert pour noter sa propre langue afin d'écrire les textes sanskrits de sorte, le sanskrit n'a pas d'écriture attitrée et, surtout, peut être noté par différents semi-syllabaires qui doivent donc être capables de représenter certains phonèmes dont ils n'ont pas l'usage. L'on peut donner un exemple de cette souplesse d'emploi des écritures indiennes avec une même phrase sanskrite notées dans plusieurs graphies :
Que Śiva bénisse les amateurs de la langue des dieux. (Kālidāsa)Caractéristiques principales
Phonologie
La phonologie est traitée en détail dans un article séparé.
