Représentations sociales Article, Signification, Explication
Le concept de représentation sociale, l'une des notions fondatrices de la psychologie sociale, désigne toute représentation mentale issue de la pensée commune du groupe ou de la société.
Avant d'aller plus loin revenons sur l'état des savoirs dans le domaine précis que nous venons de déterminer.
Émile Durkheim (1) introduit en 1898 l'idée de représentation collective et fixe à la psychologie sociale la tâche d'étudier les représentations sociales.
En effet, la psychologie sociale située à l'interface du psychologique et du social, de l'individuel et du collectif paraît la discipline la mieux à même de penser le social comme du cognitif et les propriétés de la cognition comme quelque chose de social relié à l'affectif et au symbolique.
La psychologie cognitive a mis en évidence les propriétés structurales de la représentation. Mais, ses modèles basés sur l'intelligence artificielle (traitement de l'information, stockage....) coupent le processus mental de sa base sociale, psychique et corporelle.
Pourtant, Henri Wallon (2) dès 1942 puis plus tard Jean Piaget (3) ont démontré l'importance de la base motrice posturale et imitative dans la représentation.
Par ailleurs, les travaux analysant les conditions de la compréhension et de l'échange linguistique (J.R. Searle (4)) postulent un arrière fond culturel, un savoir tacite, des conventions, c'est-à -dire ce qui dans la représentation est social.
Dans une perspective clinique inspirée de la psychanalyse D. Kaes (5) articule, quant à lui, dans ses travaux les processus cognitifs, les représentations à l'ordre des désirs et des affects.
Les apports récents de l'histoire (Georges Duby), de la sociologie (Pierre Bourdieu (6)), de l'anthropologie (M. Auge (7)) reconnaissent et explicitent la fonction de la représentation dans la constitution des ordres et des rapports sociaux, l'orientation des comportements collectifs et la transformation du monde social. Par exemple G. Duby (8) à propos de l'imaginaire du féodalisme parle de la représentation comme « membrure », « structure latente », « image simple » de l'organisation sociale assurant le passage vers différents systèmes symboliques.
Ces différentes approches permettent que psychologie cognitive et sciences sociales se retrouvent par le biais de la psychologie sociale.
En France, Serge Moscovici pose les bornes d'un vaste champ de recherche articulé autour des représentations sociales. Dans ses différents ouvrages (9), il démontre le rôle des représentations sociales dans l'institution d'une réalité consensuelle, leur fonction socio-cognitive dans l'intégration de la nouveauté, l'orientation des communications et des conduites. Il montre également que les représentations sociales peuvent être étudiées globalement comme des contenus dont les dimensions(informations, valeurs, opinions...) sont coordonnées par un principe organisateur (attitude, normes...) ou de manière focalisée comme structures de savoir organisant l'ensemble des significations relatives à l'objet concerné. Cette deuxième approche est à mettre en parallèle au concept d'organisateur central élaboré par S.E. Asch (10) en 1954 lors de ses recherches sur la formation des impressions.
D. Jodelet (11) en 1985, puis M.L. Rouquette (12) en 1996 précisent la spécificité des phénomènes représentatifs eu égard à l'idéologie :
La représentation sociale a un objet (par exemple la maladie mentale) alors que l'idéologie porte sur une classe d'objets dont les frontières demeurent en permanence ouvertes. Par exemple l'idéologie communiste pouvait inspirer des jugements sur la religion mais aussi la psychanalyse etc.
L'idéologie interprète et ne distingue pas ce qui est interprétable de ce qui ne l'est pas. L'idéologie apparaît comme un ensemble de conditions et de contraintes cognitives présidant à l'élaborations d'une famille de représentation sociale, elle se situe à un niveau de généralité plus grand. Ce sont les mêmes conditions et contraintes cognitives qui d'une part lient ensemble certaines représentations et d'autre part rejettent les représentations différentes ou antagonistes. Ce même mécanisme explique en partie comment les membres d'un groupe réflexif s'identifient sans se connaître. M.L. Rouquette écrit « Derrière la diversité apparente des préférences et des engagements se situent des règles configurantes d'origine sociale ».Une histoire du concept de représentations sociales
