René Guénon Article, Signification, Explication
René Guénon publie en 1921 une Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues.Dès cette époque, ce qui gêne les orientalistes, c'est que Guénon n'est pas des leurs, et est à la fois beaucoup plus rigoureux qu'eux en même temps qu'il connaît de l'intérieur les doctrines qu'eux essayent péniblement de comprendre. Guénon présente une connaissance parfaite de l'Hindouisme notamment, mais des doctrines orientales et traditionnelles en général, qu'il s'efforça d'exposer pour un public occidental qui y était (et y est toujours), pour dire le moins, peu réceptif (précisons néanmoins que Guénon n'entendit jamais s'adresser à la "masse", mais à ceux qui étaient et sont qualifiés pour comprendre son enseignement, et qui dans les conditions actuelles, constituent nécessairement une minorité). Il n'eut jamais recours au domaine universitaire mais préféra parler « en oriental », dépourvu des préjugés occidentaux. Car un des plus célèbres points de l'œuvre de Guénon est cette irréductible différence qu'il établit entre Orient et Occident (titre d'un de ses ouvrages). L'œuvre de René Guénon peut d'ailleurs se diviser en trois types de livres :
- les critiques du monde moderne (Orient et Occident, La Crise du Monde moderne, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, etc…)
- les études sur le symbolisme (dans lesquelles entrent les collections d'articles nombreux qu'il ecrivit pour la revue "Le Voile d'Isis", devenue plus tard et sous son impulsion "Études traditionnelles")
- les expositions de principes métaphysiques (notamment Le Symbolisme de la Croix, L'homme et son Devenir selon le Vêdantâ, Les États multiples de l'Être).
Orient et Occident
René Guénon fait le constat d'un monde moderne dont la définition est d'être la dégénérescence du monde traditionnel. C'est par là qu'est irréductible l'opposition entre Orient et Occident : il ne s'agit pas d'une distinction géographique (bien que celle-ci soit au départ de cette dénomination) mais doctrinale. Ainsi on peut dire que lorsque l'Occident était traditionnel (au moyen-âge), il était « oriental ». De même, l'Orient actuel investi par la pensée occidentale, n'est plus réellement oriental (toutefois, cet investissement doit être relativisé, étant tout extérieur et ne touchant pas l'élite, intangible par définition, mais certes de plus en plus restreinte, du monde traditionnel). Dans plusieurs livres et par des démonstrations lumineuses, Guénon affirme que l'état du monde moderne témoigne de la fin du cycle de l'humanité présente (ce que signalent d'ailleurs les étymologies des termes Orient et Occident, marquant par là la pertinence de leur emploi). Il montre la disparition progressive de la tradition dans les sociétés occidentales et le désordre qui en découle, et explique également l'incompréhension existant entre Européens et Orientaux. Un des premiers apports de Guénon à l'Occident fut sa dénonciation de la « pseudo-initiation » qui pullulait déjà au début du vingtième siècle : cette réfutation ne fut pas un dénigrement « philosophique », une simple posture ; Guénon démonte tant sur le fond que sur la forme les organisations qui tendent à subvertir l'organisation traditionnelle qui reste en Occident, et ce par un examen minutieux de leurs discours et des évolutions de leurs pseudo-doctrines. Également initié (et plus qu'initié) à la Franc-Maçonnerie, organisation pourtant authentiquement initiatique, il ne cessera de dénoncer la déchéance du seul ésotérisme occidental persistant (pour être rigoureux, il faudrait dire la déchéance de ceux qui sont censés véhiculer cet ésotérisme, qui par nature ne peut être modifié par qui ou quoi que ce soit).
