Mircea Eliade Article, Signification, Explication
Mircea Eliade, né le 9 mars 1907 à Bucarest, mort le 22 avril 1986, est un historien des religions roumain.
Mircea Eliade parlait et écrivait couramment huit langues : roumain, français, allemand, italien, anglais, hébreu, parsi et sanscrit.
En 1928, il fit la connaissance, à l'Université de Bucarest, d'Émile Cioran et Eugène Ionesco, prélude à une longue amitié.
Certains commentateurs lui ont reproché d'avoir eu, dans sa prime jeunesse, quelques sympathies pour la Garde de fer (Garda de Fier), organisation roumaine d'extrême droite. Quoi qu'il en soit, ses fréquentations de jeunesse ne semblent pas avoir exercé une quelconque influence dans sa production intellectuelle, dont l'essentiel est venu des années plus tard, après un séjour d'études de trois ans à Calcutta (Bengale occidental, Inde), de 1928 à 1931, séjour qui l'a probablement plus influencé par son contact permanent et durable avec les religions de l'Inde.
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2 Le mythe de l'éternel retour |
Son œuvre majeur en quatre chapitres.
Eliade étudie dans ce volume le concept de réalité dans les sociétés dites primitives et archaïques indo-européennes. Il part du principe que dans ces sociétés un objet ou un geste n'est réel que parce qu'il répète une action effectuée in illo tempore, c'est-à -dire à une époque mythique, originelle. Il acquiert un sens parce que le rituel, qui fait référence à un archétype, le lui confère en le dotant d'une fonction ou d'une force sacrée. Seul ce qui est sacré est réel. Par conséquent, tout ce qui n'entre pas dans le cadre d'un rite archétypal n'existe pas. Ce même phénomène apparaît dans la géographie et en particulier dans la situation des temples : ils doivent eux aussi se rapporter à un lieu sacré, à un modèle céleste qui leur est antérieur.
Il est évident que toute la vie d'un homme ne répète pas un acte primordial. Selon le même principe, de nombreux lieux n'ont pas de modèles célestes; ils sont hors du Cosmos et appartiennent donc au Chaos. On peut donc en conclure qu'ils n'ont pas d'existence réelle puisque le Chaos précède la Création du Cosmos. Il est toutefois possible de rendre sacré un lieu en accomplissant « des rites qui répètent symboliquement l'acte de la Création » (p. 21). Celle-ci a eu lieu à l'endroit où se rencontrent le ciel et la terre: le Centre du monde. Ainsi, toute création humaine se rapportant à la cosmogonie devient à son tour un Centre puisqu'elle répète la Création. Le fait qu'un temple se trouve, selon cette logique, au Centre n'empêche pas les autres sanctuaires de s'y trouver aussi.
Un lieu doit être également consacré si on veut le rendre réel. On effectue donc un sacrifice cosmogonique. « Par le paradoxe du rite, tout espace consacré coïncide avec le Centre du Monde, tout comme le temps d'un rituel quelconque coïncide avec le temps mythique du « commencement » » (p. 33). L'homme est donc projeté le temps d'un rituel vers ce temps mythique.
Certaines activités ont subit ce qu'Eliade appelle « un long processus de désacralisation ». On peut citer pour exemple la danse, la guerre ou encore la loi. Celles-ci ont aujourd'hui perdu leur caractère sacré bien qu'il existe pour chacune d'entre elles un prototype mythique.
Un acte n'acquiert donc un sens que dans la mesure où il répète un archétype. Cet acte devient sacré ce qui le rend réel. Mais qu'en est-il de la réalité de l'homme? Il n'est lui aussi réel que lorsqu'il pénètre cette sphère sacrée mise à sa portée par le rite. Le reste de sa vie n'a pas vraiment d'importance. Ainsi si l'époque à laquelle il vit est dénuée de sens apparaît le problème de l'Histoire.
Certains mécanismes permettent toutefois de sacraliser des événements en les extrayant du temps profane. Il existe des exemples de personnages historiques comme par exemple Dieudonné de Gozon dont les exploits ont été interprétés au moyen d'un mythe. Bien que principalement imaginaires, ses actions sont enregistrées dans la mémoire collective qui aura vite fait d'oublier le vrai personnage.
Au sujet du passage du temps, on peut voir que le moment le plus significatif de l'année est certainement la célébration du Nouvel An. On constate « qu'il existe partout une conception de la fin et du début d'une période temporelle, fondée sur l'observation des rythmes biocosmiques » (p. 67). En tant que période de transition, le passage au Nouvel An reprend un modèle cosmogonique, celui du passage du Chaos au Cosmos: la Création. Tout ce qui a eu lieu avant cette nouvelle Création est détruit (p.ex. les péchés sont annulés grâce à l'expulsion d'un bouc émissaire). L'auteur nous donne l'exemple de l'akitû (Nouvel An babylonien) lors duquel le Chaos était symboliquement recréé afin d'être mieux aboli par la répétition de la Création. Cette reconstitution permet à l'homme de participer activement à la cosmogonie puisque, comme lors des autres rites archétypaux, il quitte le temps profane et est transporté jusqu'aux temps de la Création.
On retrouve dans les sociétés étudiées dans ce chapitre certains motifs récurrents entourant le passage du Chaos au Cosmos. On observe par exemple la croyance en un retour des morts parmi les vivants, l'extinction et la réanimation d'un feu ou les luttes rituelles entre deux personnages symbolisant le combat entre le dieu et le dragon primordial.
L'auteur revient ensuite à l'étude de la relation de l'homme à l'Histoire. La plupart des événements vécus en dehors des rituels sont considérés comme des péchés dont l'homme doit se libérer. La vie dans les temps profanes est douloureuse car vide de sens. L'homme doit donc se régénérer dans les temps mythiques et pour cela il effectue des rites. Dans la mesure où ces rituels répètent la cosmogonie, chaque nouveau rituel est une nouvelle Création. On en trouve des exemples dans la construction des autels védiques ou dans la prise de possession d'un territoire par les Scandinaves. Les rites permettent ainsi à l'homme d'annuler le temps et indiquent « une intention anti-historique ».
Un autre exemple de l'attachement à l'idée de renouvellement périodique est l'importance des cycles lunaires qui étaient assimilés à l'existence humaine. Comme la lune, l'humanité va un jour disparaître (mythe de la combustion universelle) puis renaître et, dans le cas de l'humanité, revenir à ses origines. Par conséquent, « le passé n'est que la préfiguration du futur » (p. 107).Bibliographie
Essais (dates originelles non connues) :
Romans (dates originelles non connues) :
Autres ouvrages, Ã reclasser :
Le mythe de l'éternel retour
Chapitre I : Archétypes et répétitions
Chapitre II : la Régénération du temps
