Jacobinisme Article, Signification, Explication
Le jacobinisme fait partie des concepts problématiques de la Révolution Française, on ne peut comprendre cette période si l'on n'étudie pas ce qu'était le jacobinisme, qui furent les Jacobins et quelles furent leurs actions.
Origine
Le jacobinisme, c'est tout d'abord l'histoire d'un club : le club des Jacobins, créé en juin 1789 mais installé rue Saint-Honoré depuis octobre 1789. C'est surtout une idéologie dont le théoricien fut Maximilien de Robespierre. L'histoire du Club commence en juin 1789, peu après la convocation des États Généraux et se termine le 12 novembre 1794 par sa fermeture sur décret de la Convention nationale. Les Jacobins et leur idéologie se confondent avec la terreur et la dictature de Salut Public (de 1793 au printemps 1794). C'est en partie cette adéquation entre jacobinisme et dictature de Salut Public qui a entretenu la légende jacobine après la disparition du Club lors de la réaction thermidorienne. Aux XIXe et s, jacobinisme est synonyme de dictature révolutionnaire, dictature de la liberté.
Cette idéologie est rejetée par les libéraux tandis que les républicains, au contraire, vont puiser à cette source et se référeront toujours aux grands ancêtres jacobins.
La République enfin installée (1880), le jacobinisme entre dans le patrimoine national mais ce n'est plus qu'un jacobinisme adapté consensuel.
Mais qu'est-ce qui caractérise véritablement le Jacobin ? Quelle fut son idéologie ? Pourquoi le Jacobinisme s'est-il si complètement identifié à la Révolution au point que très longtemps la République fut écartée par peur du Jacobin terroriste ?
La société ancêtre du club des Jacobins fut fondée dans les tout premiers jours de juin 1789, avant que les trois ordres ne soient encore réunis en un corps délibérant. Il prit le nom de Club breton car il fut animé par un avocat de Rennes Le Chapelier et par un certain nombre de ses compatriotes. En réalité, on ne trouvait pas seulement des députés de la Bretagne mais aussi des délégués du Tiers sans distinction. L'action du Club breton se limite à discuter des affaires en cours avant les débats à l'Assemblée et se caractérise concrètement dans l'homogénéité des votes que vont émettre les députés du Tiers qui ont cessé par son entremise d'être une cohue pour devenir un parti.
Après les Journées d'octobre (5 et 6), la Société s'installe au couvent des Jacobins St Honoré et prend le nom de « Société des Amis de la constitution ». Commence alors véritablement l'histoire du Club. On a l'habitude d'ordinaire de diviser cette histoire en trois périodes (selon Michelet), certains historiens comme Claude Mazauric refuse cette périodisation car elle correspond trop aux trois Assemblées successives (Constituante, Législative, Convention). Ce qui est important, c'est de voir l'évolution de la Société dans le temps et comment elle en est venue à diriger politiquement le pays.
Quand la Société s'installe dans le couvent des Jacobins, elle regroupe 200 députés de tendances diverses. Son premier président fut le député breton Le Chapelier, on retrouve aussi ce qui va former le triumvirat Barnave, Du Port, Lameth et des députés de la gauche comme Robespierre.
Elle siège à huis clos dans la bibliothèque des Jacobins. Ce qui va faire la force de cette Société, ce qui va la rendre dangereuse pour l'Assemblée constituante c'est que d'emblée, elle entend se comporter comme la cellule mère de tout un essaim de groupements similaires dont chaque ville de province devait posséder sa réplique en une organisation calquée au plus près sur la sienne. Elle se présente peu après sa fondation comme centre d'élaboration d'idées et le moteur d'action des velléités temporisatrices de l'Assemblée constituante.
En août 1790, les Sociétés Provinciales affiliées sont au nombre de 152, ce qui crée un véritable réseau.
Leurs idées sont modérées au départ, en effet les membres de la Société préconisent une monarchie constitutionnelle libérale mais non démocratique (les Jacobins sont tous des citoyens actifs, des bourgeois qui paient une cotisation élevée: 24 francs). Leurs positions cependant ont tendance à se durcir par la suite fin 1790 début 1791. Face à une contre-révolution (émigrés et prêtres réfractaires) se faisant agressive et face à une Assemblée constituante aux mesures trop timorées, les Jacobins se présentent plus dynamiques et accueillent les revendications du peuple.
Des décisions internes vont apparaître, elles éclatent lors de la crise qui suit la fuite du Roi à Varennes. Les plus modérées qui craignent l'action directe, quittent le Club pour le couvent des Feuillants. Robespierre et Petion demeurèrent à peu près les seuls élus rue St Honoré, mais les sociétés affiliées témoignaient une fidélité générale à la Société mère. Désormais l'esprit du Club sera radicalement transformé. Robespierre a dorénavant une influence grandissante au sein de la Société, il va la rendre plus vivante, plus agressive que jamais en lui redonnant de la vigueur en l’épurant. Septembre 1791, on compte 1 000 sociétés affiliées. L'action du Club se dirige contre la Constituante qui se trouve étouffée par la ramification de cette puissance sur tout le territoire .
Le 12 octobre 1791 les Jacobins ont décidé d'installer des tribunes dans la salle des séances, l'introduction de spectateurs au Club favorise les solutions les plus extrêmes.
Le Club joue un rôle occulte dans la journée du 10 août (un certain nombre de ces membres vont siéger dans les organismes révolutionnaires: commune de Paris, tribunaux,etc.). Cependant de juillet à septembre 1792 le Club semble perdre un peu de son influence.
Tout change quand Robespierre, une fois débarrassé de Brissot en octobre 1792 prend en main la destinée du Club, Les Jacobins deviennent alors une puissance dominante. Le 22 septembre 1792, la Société des Amis de la constitution s'était auparavant débaptisée solennellement et avait décidé de se nommer « Société des Jacobins amis de la liberté et de l'égalité ». Le Club des Jacobins ainsi ressaisi joue un rôle d'opposition à la majorité de la Convention (Girondins, Modérés). Pour cela, Robespierre et le Club s'appuient davantage encore sur le peuple. En 1793, les Jacobins se reconnaissent peu à peu comme le peuple infaillible. Ils deviennent de plus en plus irréductibles et résolus, ce qui accroît leur rayonnement et leur influence. Ils contribuent à la mort du Roi, ils marquent la politique d'intimidation pour arracher des votes cruciaux alors que la majorité parlementaire demeure acquise aux chefs de la Gironde. Ce sont eux qui organisent la journée du 2 juin 1793 provoquant ainsi la chute des députés Girondins.
Après la disparition des Girondins, les Jacobins exercent une tutelle sur la Convention et ce sont eux qui gouvernent. Les membres du comité de Salut public sont Jacobins de même que tous les membres des comités de gouvernement. Une grande partie des Montagnards font aussi partie de la Société. Le seul rouage en l'An Il qui leur échappe encore est la Commune de Paris mais après l'élimination des Hébertistes en Germinal An II, la Commune est désormais noyautée par les Jacobins. À la fin de Germinal, ils exercent sans contrepoids leur autorité sur l'Assemblée où la fin des Factions (Hébertistes, Dantonnistes) assure l'unité de l'action législative.
Début 1794, on pense que la Société compte 5 000 filiales dans tout le pays. Elle n'a jamais été aussi puissante, elle semble arriver au point d'unité que Robespierre espère tant, mais bientôt des oppositions apparaissent au sein du Club que la semi-retraite de Robespierre en Fructidor favorise.
Le 9 Thermidor, le Club se montre impuissant pour défendre son leader. Il n'a pas su rallier les masses. Les exécutions des 10-11-12 Thermidor décimèrent l'État-Major du Club. Il ne s'en remettra pas, la Réaction thermidorienne se chargera de mettre un terme à l'action du Club. Les Jacobins étant considérés comme les uniques instigateurs de la Terreur.
Le 12 novembre 1794, le Club ferme définitivement ses portes sur décision de la Convention Nationale.
De 1792 à 1794, les Jacobins ont exercé les fonctions de commandement et ont été les artisans de la victoire. Les Jacobins ont pu dominer politiquement le pays seulement parce qu'ils avaient une idéologie qui se calquait aux besoins du moment. Cette idéologie, Robespierre s'en est fait le porte-voix.
Ce qui est frappant dans l'idéologie jacobine c'est la différence entre les méthodes employées et leurs doctrines. Gaston-Martin dans son ouvrage « Les Jacobins » le montre bien.
Politiquement, ce sont des démocrates, ils comprennent la nécessité d'une révolution politique destinée à assurer à tous les hommes un régime dont la charte s'inscrit dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et que résume le slogan Liberté-Egalité-Fraternité. En 1789 les Jacobins étaient monarchistes, en 1793 ils sont devenus des républicains fervents. Le Club est toujours à l'avant-garde politique même si le personnel politique jacobin change. Les Jacobins de l'An II ont pour référence Rousseau et le « Contrat Social » et l'idée de démocratie directe.
Socialement, ils demeurent des démocrates bourgeois respectueux de la propriété (même en l'An II, leur composition sociale restera essentiellement bourgeoise et artisanale). Ils désirent par-dessus tout l'établissement de la petite propriété, ils refusent la loi agraire mais ils condamnent tout autant la très grande propriété regardée comme étant un facteur d'oppression. Ils sont ardemment patriotes, ils observent un culte fervent à la Patrie inséparable de la liberté que l'on doit défendre si elle est attaquée: « La République Française ne traite pas avec un ennemi sur son territoire » telle est la maxime jacobine.
Il est vrai cependant que l'histoire du Jacobinisme est aussi l'histoire des scrutins épuratoires. On a souvent défini le Club comme une sorte d'inquisition prompte à éliminer au nom de l'orthodoxie. En effet, l'aggravation des périls intérieurs et extérieurs, la violence des convulsions économiques montrent aux Jacobins la nécessité de l'obéissance à la doctrine seule sauvegarde de l'unité, elle-même seule capable de faire face aux périls. Pour sauvegarder l'unité, l'épuration leur paraît nécessaire.
L'épuration se fait toujours de la même manière, quiconque s'éloigne de la ligne jacobine est bientôt signalé comme suspect au Club. Ils transforment ces adversaires, ces suspects en ennemis publics et préparent en première instance si l'on peut dire, le dossier qui les enverront à l'échafaud.
La Société exerce un magistère d'orthodoxie sur la Convention d'une part et sur l'ensemble de l'opinion révolutionnaire d’autre part.
La doctrine jacobine implique une volonté de sacrifice individuel à des principes qui dépassent pour le bien de tous l'intérêt de chacun. « être jacobin » demeure être un homme à principe prêt à sacrifier son bonheur et sa vie même au triomphe des idées politiques et sociales que proclame la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, et au Salut de la Patrie.
Gaston-Martin considère les Jacobins comme des fanatiques qui ont admis la nécessité pour vaincre du « despotisme de la liberté ».
Beaucoup d'auteurs ont oublié la doctrine jacobine pour ne voir dans le jacobinisme qu'une vaste machine à épurer. Les Jacobins ne sont plus qu'une oligarchie militante substituée au peuple et parlant en son nom. Ils constituent le temple d'une orthodoxie où l'unité et l'unanimité sont de mise. Personne n'est à l'abri du soupçon et de l'épuration.
D'autres historiens, peut-être moins nombreux, reconnaissent aux Jacobins de la grandeur et sans oublier le sang versé, ils les considèrent comme les sauveurs de la patrie.
Ces deux versions opposées du Jacobinisme montrent à quel point il est difficile d'avoir une vision impartiale du problème. Le Jacobinisme est l'idéologie la plus radicale de la Révolution. Étant radicale par ses moyens sinon par sa doctrine, il est logique qu'elle ait eu ses admirateurs et ses détracteurs et cela jusqu'à nos jours.
Enfin le Club a accentué la centralisation déjà largement amorcée sous la Monarchie Absolutiste par l'intermédiaire de ses militants membres du gouvernement révolutionnaire ou représentants dans les départements ou aux armées. La dictature parisienne étant parue nécessaire au Salut de la Patrie.
Cette doctrine n'est pas sans contradiction comme le montre Claude Mazauric dans le « Dictionnaire de la Révolution », contradiction qui est responsable en partie de son échec. Sur le plan économique notamment, contradiction entre sa volonté de favoriser l'accès à la propriété pour le plus grand nombre et le respect de la propriété privée. Contradiction entre sa volonté de préserver une certaine liberté de commerce et le besoin momentané de la taxation.
Les oppositions dans le peuple viennent d'une certaine déception sociale. La doctrine jacobine étant modérée si on la compare à certains mouvements comme les Hébertistes ou les Enragés qui sont indéniablement plus près du petit peuple.
Entre la Réaction thermidorienne et les préliminaires de la Révolution de 1848, le Jacobinisme a cessé pratiquement d'exister. Il est entré dans la légende. Les Jacobins durant les monarchies censitaires demeurent des conspirateurs, ils ne sont pas légaux. Ils prendront part à la révolution de 1848, comme ils ont pris part à toutes les insurrections de 1830 à la seconde République. Le Jacobinisme est passé rapidement dans l'héritage républicain par l'intermédiaire d'un ancien ami de Babeuf, Buonarroti qui a publié en 1828 un livre sur la Conspiration des Egaux qui fut la bible des républicains très exaltés (comme Blanqui, Raspail, Louis Blanc,etc.), le Jacobinisme a mauvaise presse chez les historiens libéraux de la Restauration qui sont aussi, tels Guizot ou Thiers, les hommes politiques du Régime de Juillet.
1793 et le Jacobinisme représentent pour les « Bien Pensants » de l'époque le souvenir d'une atteinte à la propriété. La peur des « Rouges » pendant la seconde République est significative. À l'Assemblée, des débats très vifs ont opposé Tocqueville, un libéral, et Ledru-Rollin, un radical, sur ce qu'il faut prendre comme héritage de la Révolution française. Le premier se limite à l'héritage de 1789, le second revendique celui de 1793 et donc le Jacobinisme. Cette peur des « Rouges » et du Jacobinisme associés à la Terreur vont amener les libéraux à se rapprocher de Bonaparte.
Toute la vie politique au XIXe siècle est marquée par ces oppositions, les politiques sont obsédés par la Révolution. La peur de la « Dictature jacobine » va renaître encore lors de la Commune de Paris de 1871 réprimée dans le sang. Mais l'héritage jacobin va passer dans le patrimoine de la Troisième République débarrassée cependant du sang et de la violence, jacobinisme consensuel indispensable pour fonder la République en ralliant les Orléanistes.
En 1918, Clemenceau met tout le monde d'accord en considérant la Révolution comme un bloc, le Jacobinisme fait donc partie intégrante de l'héritage révolutionnaire.
Aujourd'hui encore, existe toujours cette dissociation 1789-1793 puisque le jacobinisme s’est encore inscrit dans les enjeux idéologique du XXe siècle, (la Révolution russe par exemple, dont on sait à quel point ses auteurs se sont inspirés du moins en partie de la tradition jacobine). Certains auteurs ont vu le pouvoir jacobin dans les structures politiques qu'elle mit en place. Le jacobinisme pour eux se trouve à l’origine des États totalitaires.
Le Jacobinisme se situant donc au centre d'un débat idéologique qui n'a pas cessé depuis bientôt deux siècles.
Le Jacobinisme est donc tout d'abord l'histoire d'un Club, d'un Parti mais il s'agit surtout d'une idéologie marquée par la figure de Robespierre du moins de 1792 à sa mort le 9 Thermidor An II (27 juillet 1794). Ainsi le Club suivra le destin de Robespierre puisqu'il ne lui survivra que quelques mois jusqu'au 12 novembre 1794. Robespierre étant un personnage controversé qui a fait l'objet d'études et de biographies, il est donc logique que le Club au sein duquel il a eu une si grande influence ait subi de nombreuses controverses.
De plus, il faut noter le contraste entre la doctrine du Jacobinisme et ses actes. On parle souvent des Jacobins comme d'une minorité agissante, quelquefois fanatique qui utilise la Terreur (épurations, exécutions). Mais on loue tout autant son héroïsme quand il a dû faire face aux forces coalisées et quand il a su vaincre. Toute une série de paradoxes jalonnent l'histoire du Jacobinisme.
Finalement ce que nous pouvons dire c'est que le Jacobinisme a été une grande force politique et même le premier Parti constitué (ses membres cotisent, ses leaders sont puissants dans l'opinion, et il a un programme). C'est pour cela qu'il a marqué les mémoires et qu'il reste aujourd'hui encore un objet de polémique.
Il est révélateur que lors du bicentenaire de la Révolution, la France ait fêté avec tant d'éclat 1789 mais pas les événements de 1793 où les Jacobins ont joué un si grand rôle.
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