Histoire du Zimbabwe Article, Signification, Explication
L'histoire coloniale du Zimbabwe commence au XVIe siècle avec les Portugais, mais c'est après 1855 et la « découverte » par l'explorateur anglais David Livingstone des chutes Victoria que la colonisation britannique va débuter.
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2 La Rhodésie sous le régime de l'UDI (1965-1980) : 3 Le Zimbabwe de 1980 à 2000 4 Le Zimbabwe depuis 2000 : un pays en crise |
En 1888, le roi ndébélé Lobengula « concède » à l'homme d'affaires et Premier ministre du Cap, Cecil Rhodes, des droits miniers sur les territoires au sud du fleuve Zambèze.
La Rhodésie du sud de 1890 à 1965
Rhodes a obtenu du gouvernement britannique une charte qui permet à sa société, la British South Africa Company (BSAC), d'administrer les territoires conquis en Afrique australe et centrale.
C'est en 1890 avec l'installation de la Pioneer Column conduite par Leander Starr Jameson que commence la colonisation britannique des territoires situés au nord du Transvaal. Fort Salisbury est créé et en devint le chef lieu.
En 1895, la BSAC, dont le siège est à Salisbury annexe les royaumes du Mashonaland et du Matabeleland. Vaincus, les Ndébélés et les Shonas sont relégués dans des « réserves ». Les territoires gérés par la BSAC furent divisés en amont et en aval du fleuve Zambèze et baptisés Nyassaland (au nord-est), Rhodésie du nord, et Rhodésie du sud, en l’honneur de Cecil Rhodes initiateur de cette conquête territoriale.
Jusque dans les années 1920, les territoires sont restés contrôlés par la BSAC chargée de leur exploitation alors que les populations autochtones étaient parquées dans des sortes de réserves indigènes servant de réservoir de main d’œuvre à bon marché. En 1922, les Blancs qui souhaitent s'affranchir de la BSAC réclament l'autonomie politique. Consultés par référendum, ils écartent le rattachement à l'Afrique du Sud et, en 1923, la Rhodésie du Sud devient colonie de la Couronne britannique avec la mise en place d’un gouvernement autonome. Un régime ségrégationniste comparable à ce qui sera l'apartheid est instauré. La Rhodésie du nord, moins « européanisée » restait quant à elle sous le contrôle du Colonial Office. Le but de cet affranchissement des colons de la Rhodésie du sud était d'encourager l'immigration vers ce territoire afin d'en faire un dominion comparable à l'Union Sud-Africaine, ce qui n'était pas envisageable pour la Rhodésie du nord et le Nyassaland qui n’avaient pas drainé suffisamment de colons.
Durant les années 20, 30 et 40, la Rhodésie du sud connut une lente mais constante colonisation axée autour des terres cultivables et des villes. Certaines émergèrent en tant que capitales régionales. Un certain antagonisme culturel naquit d’ailleurs entre Salisbury, la capitale coloniale et Bulawayo, capitale du Matabéléland au sud qui, en plus de son développement industriel, connaissait une vie intellectuelle et artistique supérieure à la cité mère de Rhodésie.
Les chutes Victoria, à la frontière des 2 colonies rhodésiennes , permirent le développement d'un tourisme de luxe pour les européens de passage, et un lieu de vacances pour les rhodésiens et sud-africains aisés.
Jusqu'en 1964, l'histoire de la Rhodésie du nord et du Nyassaland va se confondre avec celle de la Rhodésie du sud particulièrement sous l’administration de la Fédération d'Afrique centrale (ou Fédération de Rhodésie et du Nyassaland). En effet, le gouvernement britannique eut l'idée, pour permettre un plus grand développement de ses colonies d'Afrique australe, de les réunir sous le contrôle d'un gouvernement fédéral. Cela lui permettait de faire reculer les velléités indépendantistes manifestées par les africains.
En 1953, une fédération avec une constitution provisoire regroupant les colonies du Nyassaland, de Rhodésie du nord et de Rhodésie du sud fut mise en place. Si la Rhodésie du sud conservait son gouvernement autonome pour les affaires intérieures, la politique étrangère et tous les rapports des colonies de la fédération avec l'extérieur était réglée par le gouvernement fédéral.
Son premier 1er ministre fut d'ailleurs l'ancien premier ministre de Rhodésie du sud depuis 1933, Sir Godfrey Huggins (anobli sous le titre de Lord Malvern). Cette nomination indiquait déjà le poids important dans la fédération des colons blancs de Rhodésie du sud. À la tête de cette dernière, c'était Garfield Todd qui prenait la direction du gouvernement autonome. C'était un libéral, né en Nouvelle Zélande et partisan de la fédération et de l'accession au pouvoir en douceur de la majorité noire. Refusant la discrimination raciale et encore plus la politique d'apartheid, ses rapports avec Lord Malvern furent quelquefois tendus.
Le but de la Fédération n'était pas d'instaurer l'apartheid mais le maintien de la domination économique des blancs. Les noirs pouvaient voter mais les conditions pour accéder au droit de vote étaient telles que moins de mille d'entre eux possédaient une carte d'électeur dans les années 50 (conditions de salaires, exigence de savoir lire et écrire...). Les gouvernements rhodésiens d'ailleurs convenaient que d'ici quelques décennies les noirs pouvaient même devenir majoritaires dans les parlements que ce soit au niveau de la fédération ou de la Rhodésie du sud (4 000 africains inscrits sur 80 000 électeurs en 1961).
En 1955, Lord Malvern fut remplacé par Roy Welensky, un nord-rhodésien, à la tête du gouvernement fédéral.
En 1958, jugé trop libéral, Garfield Todd fut contraint par son parti, le parti fédéral uni (United Federal Party - UFP), de démissionner de son poste de premier ministre de Rhodésie du sud. Il était remplacé par un partisan de la ségrégation, Edgar Whitehead, qui emporta les élections dans la foulée. Welensky et Whitehead s'accordaient totalement. Leur volonté affichée était de réprimer violemment les agitations politiques des nationalistes noirs. Si elles avaient été relativement pacifiques en Rhodésie du sud, elles avaient été plus virulentes dans les 2 autres colonies. La victoire de Whitehead signifiait pour les africains une volonté des blancs d'aller vers un système d'apartheid, violent et répressif.
Dès 1959, l'état d'urgence fut proclamé dans chacune des 3 colonies.
En 1960, une révision de la constitution provisoire de 1953 devait être négociée entre le gouvernement britannique, le gouvernement fédéral de Roy Welensky et les leaders noirs africains. Ces derniers quittèrent la conférence constitutionnelle pour protester contre l'obstination des colons blancs de Rhodésie du sud à vouloir maintenir leur domination. A partir de ce moment, la fédération était condamnée sur le court terme et les nationalistes noirs, conformément à la constitution de 1953, engageait des pourparlers avec le gouvernement britannique pour se retirer du processus de révision. Bien que le gouvernement sud rhodésien de Whitehead eut adopté une politique libérale vis à vis des noirs, mettant fin aux mesquines discriminations raciales dans les lieux publics, les nationalistes noirs exigèrent des droits plus substantiels.
En juillet 1961, une nouvelle constitution fut proposée par référendum à la population sud rhodésienne (80 000 électeurs). Boycottés par les 4000 électeurs africains, elle fut approuvée par les électeurs blancs, satisfaits de voir l'Angleterre renoncer à ses pouvoirs réservés qui l'autorisait à intervenir pour défendre les intérêts africains. La constitution entrait en vigueur le 6 décembre 1961. Ce fut à la fin de l'année 1961 que les premiers troubles violents eurent lieu. C’est d’ailleurs cette année là que le leader nationaliste noir, Joshua Nkomo, créait la Zimbabwe African People's Union (ZAPU) alors que l’année suivante, un autre leader noir, Robert Mugabe, fondait la Zimbabwe African National Union (ZANU), lesquels réclamaient l’égalité racial, le droit de vote et l’indépendance du pays qu’ils appelleraient Zimbabwé en référence à des ruines pré-coloniales découvertes dans le sud de la Rhodésie.
En mars 1962 des dissidents de l'UFP dont Ian Smith, des membres du parti du dominion et quelques groupuscules racistes créèrent le front rhodésien.
En décembre 1962, ce nouveau parti remporta les élections générales sud-rhodésienne. Les électeurs avaient manifestement été effrayés par les déclarations de Whitehead qui tentait de courtiser les 10 mille électeurs noirs en promettant l'abolition de toutes les discriminations raciales dont la loi de répartition des terres mais ceux-ci boycottèrent le scrutin.
Le but du nouveau gouvernement du front rhodésien était de conduire la Rhodésie du sud vers l'indépendance et d'y assurer la pérennité de la domination blanche. Au lendemain des élections sud- rhodésiennes de décembre 1962, la Grande Bretagne reconnaissait le droit au Nyassaland de quitter la fédération. La même décision fut prise pour la Rhodésie du nord le 29 mars 1963. Dès ce moment, la Rhodésie du sud réclamait à son tour son indépendance laquelle fut refusée en état par le gouvernement britannique.
Au Nyassaland, le nationaliste noir Kamuzu Banda, premier ministre du nouveau gouvernement autonome, refusait toute tentative de résurrection de la fédération et préparait l'indépendance de son pays fixée au 1er juillet 1964.
En Rhodésie du nord, son homologue, Kenneth Kaunda, adoptait la même position et préparait l'indépendance.
Le 31 décembre 1963, la fédération de Rhodésie et de Nyassaland était dissoute.
En 1964, la Rhodésie du sud reprenait son ancien statut de colonie jouissant d'un gouvernement autonome dirigé depuis les élections de 1962 par Winston Field. Mais jugé trop timoré par son parti face à la métropole britannique, il fut remplacé par Ian Smith le 13 avril 1964 au poste de premier ministre. Dès sa prise de fonction, Smith réclama le droit à l’indépendance et accentua la répression contre les mouvements nationalistes noirs dont la ZANU (Union Nationale Africaine de Zimbabwe).
Le 1er juillet 1964, le Nyassaland rebaptisé Malawi accédait à l'indépendance suivi de la Rhodésie du nord sous le nouveau nom de Zambie. Dans les 2 cas, la faible proportion de colons blancs avait facilité les négociations. Mais cela n'était pas le cas en Rhodésie du sud.
Le 5 novembre 1964, Smith organisait son propre référendum sur l'indépendance; l'électorat majoritairement blanc l'approuvait. Puis il convoqua les grands chefs de tribus lesquels lui donnèrent leur accord en tant que représentant de la population noire pour réclamer l'indépendance à la Grande Bretagne.
Le 7 mars 1965, les élections générales amenèrent une victoire éclatante de Ian Smith et du front rhodésien qui remporta la totalité des 50 sièges de députés à pourvoir. Les négociations étaient de plus en plus difficiles entre le gouvernement britannique, exigeant la mise en place d'un régime non-raciale, et le gouvernement rhodésien, revendiquant une solution rhodésienne au problème racial pour préserver les privilèges des blancs. Ce fut alors que les Nations Unis semblèrent vouloir interférer dans les discussions pour faire respecter les droits des africains, cristallisant la rigidité des colons. Devant la fermeté du gouvernement britannique et pour éviter une indépendance imposée par Londres selon ses termes, le gouvernement colonial prit alors l’initiative en novembre 1965.
Le 11 novembre 1965, Ian Smith, 1er ministre de Rhodésie du sud, déclarait l'indépendance unilatérale de son pays, la Rhodésie (Unilateral Declaration Of Independance - UDI).
Jusque-là , seule une colonie britannique avait osé proclamer unilatéralement son indépendance : les États-Unis d'Amérique, en 1776.
Pourtant, la séparation d'avec la métropole décrétée par Ian Smith, qui prend la tête d'un gouvernement de grands propriétaires terriens blancs et racistes, n'a rien d'une libération.
Le gouvernement britannique non seulement déclara l'UDI illégale mais il prononça la dissolution du gouvernement rhodésien considéré et la reprise directe du contrôle de l’administration de sa colonie par le gouverneur général mais ses décisions n'eurent aucun effet à l’intérieur des frontières de la Rhodésie.
Le Royaume-Uni s'en remit alors à l'ONU et prôna des sanctions économiques « non punitives ».
En dépit des belles paroles de Diallo Tlli, son secrétaire général (« Si plus de 200 millions d'Africains libres ne parviennent pas à riposter efficacement à 200 000 colons, alors nous n'aurons pas mérité la confiance de nos peuples »), le plan d'action de la toute jeune Organisation de l’Unité Africaine - OUA restera lettre morte.
De fait, après le 11 novembre, seule l'Afrique du Sud reconnaît la colonie sécessionniste, qui peut néanmoins compter sur le soutien indirect du Portugal colonialiste de Salazar. La ZAPU et la ZANU sont interdites, et leurs dirigeants emprisonnés.
Aux Nations Unis, les résolutions se succédèrent condamnant fermement l'UDI et enjoignant les gouvernements à ne pas reconnaître le nouvel État. De recommandations, les sanctions économiques devinrent l’objet de résolutions à caractère obligatoire.
En 1968, la 1ère résolution imposant des sanctions obligatoires totales fut votée par le conseil de sécurité mais certains États passèrent outre. L'Afrique du sud et le Portugal salazariste ouvrèrent même des représentations diplomatiques à Salisbury. Quant aux sanctions économiques, elles furent sans cesse contourner.
Les pourparlers entre la Rhodésie et la Grande Bretagne ne cessèrent jamais bien que toujours au bord de la rupture.
Toute référence à l’Union Jack dans les couleurs nationales fut supprimée et le drapeau bleu ciel de la colonie céda la place en 1968 à un nouveau drapeau aux couleurs verticales vert, blanc, vert au centre duquel était représenté les armoiries du nouveau pays. La devise demeurait « Qu'elle soit digne de son nom ».
En 1969, la Loi fondamentale adoptée par les Blancs excluait toute possibilité d'accession au pouvoir pour la majorité noire
Le 3 mars 1970, la république était proclamée en Rhodésie, après un référendum parmi les blancs. Clifford Dupont en était le premier président et Smith en demeura le premier ministre.
C'était un régime parlementaire sur le modèle de Westminster retenant des critères très stricts pour être électeur. Par conséquent, à cette date, seulement 8 000 africains (sur 5 millions) pouvaient user du droit de vote afin d’élire seulement 16 députés noirs alors que 82 300 blancs (sur 256 000) élisaient 50 députés blancs. Un sénat était institué où les blancs prédominaient largement.
La politique de Smith tendait de plus en plus vers l'apartheid. En cette année 1970, 49% du territoire (dont les meilleurs terres du pays) étaient détenus par les colons blancs (7% de la population) ou par l'administration, alors que les noirs (92% de la population) se partageaient les 51% restant au titre de réserves indigènes.
La Rhodésie était devenu un État policier pour ses opposants; les mouvements noirs de libération étaient interdits et leurs leaders régulièrement emprisonnés.
Les Nations Unis continuaient d’organiser l'isolement international de la Rhodésie. Si certains États et des sociétés internationales contournaient discrètement les sanctions, certains comme la RSA ou le Portugal défiaient ouvertement les résolutions onusiennes. Les liaisons entre Pretoria, Lourenço-Marquès (capitale du Mozambique portugais) et Salisbury étaient maintenues. On évoqua même un axe Lisbonne – Tel Aviv – Salisbury – Pretoria pour contourner les sanctions internationales.
Les USA également les transgressèrent en important du chrome rhodésien. En effet, la richesse de son sous-sol en métaux rares et particulièrement utiles pour les industries occidentales était un atout pour la Rhodésie. L'amendement Byrd, du nom du congressiste démocrate américain à l'initiative de cette mesure, permit aux USA d'importer des matériaux de Rhodésie nécessaire au développement des industries américaines dont le chrome.
Quant aux autres pays africains à la pointe du combat contre l'apartheid en RSA et contre le « gouvernement raciste » de Rhodésie, ils ne purent s'empêcher eux-même de commercer avec ces parias, étant trop souvent dépendant de leurs voies de communication construits à l'époque de la colonisation et qui en avaient fait les centres de toutes les voies de communication d'Afrique australe.
En 1971, un accord semblait intervenir entre la Grande Bretagne et la Rhodésie concernant le statut du territoire. Ce projet prévoyait la diminution progressive de la ségrégation raciale jusqu'à son abolition complète, l'extension rapide du droit de vote aux africains et leur participation progressive aux affaires politiques du pays. Avec un tel système, il aurait fallu attendre encore 50 ans pour que les noirs deviennent prédominants au parlement. En contrepartie, la Grande Bretagne reconnaissait l'indépendance du territoire, la légalité du gouvernement de Smith et mettait fin aux sanctions économiques. Il resterait à faire reconnaître par l'ONU le bien-fondé de cet accord.
Mais un problème se posait pour le gouvernement rhodésien favorable à ce projet. En effet, il était prévu qu'un référendum d’approbation soit organisé pour tout le peuple de Rhodésie y compris les noirs. Il fallu trouver un compromis.
Une commission royale fut instituée en janvier 1972, chargée de vérifier si le projet recevait l'accord de toute la population. Dans son rapport publié en mai 1972, la commission reconnaissait que 98% de la population blanche était favorable à l'accord anglo-rhodésien de même la quasi-totalité des chefs tribaux reconnus par Salisbury. Mais la commission exposait également que l'accord était rejeté par la grande majorité des noirs qui n'avaient pas confiance dans le gouvernement blanc et trouvaient injustes la plupart des termes y figurant. Le projet se trouvait alors enterrer.
En 1972, bien que la Rhodésie se soit conformée aux exigences du comité national olympique en se présentant avec une équipe multiraciale et en acceptant de défiler sous son ancien drapeau colonial, elle est exclue des jeux olympiques de Munich à quelques jours de l’ouverture.
En 1975, John Vorster, premier ministre de RSA et Kenneth Kaunda, pour des raisons divergentes, entreprenaient une rencontre au sommet entre Smith et les leaders noirs des mouvements de guérillas dont la lutte s'était intensifiée depuis 1972.
Le 25 août 1975, dans un wagon sud-africain sur un pont situé au-dessus des chutes Victoria à la frontière entre la Zambie et la Rhodésie, la rencontre eu lieu entre Smith et les chefs des mouvements noirs, Abel Muzorewa (ANC), Joshua Nkomo (Union des Peuples Africains de Zimbabwe - ZAPU) et le pasteur Sitholé (ZANU), en présence de Vorster et de Kaunda. La rencontre fut un échec en dépit d’un rapprochement semblant se dessiner entre Smith et Nkomo, considéré comme un modéré et le représentant de la bourgeoisie noire.
Alors que la lutte des mouvements de guérilla s'intensifiait, au congrès du front rhodésien en septembre 1975 à Umtali, Smith envisageait pour la première fois un gouvernement noir en Rhodésie avec Nkomo.
En cette même année 1975, les anciennes colonies portugaises accédaient à l'indépendance portant au pouvoir des gouvernements d'inspirations marxistes et offrant des bases arrières aux mouvements de guérillas.
En 1976, Vorster, inquiet de voir des gouvernements marxistes au frontière de son pays, au Mozambique notamment, souhaitait voir la situation se calmer en Rhodésie quitte à y laisser s'installer un gouvernement noir modéré. Il poussa alors Smith vers les négociations le garantissant du soutien sud-africain.
Tout en finançant les rebelles au gouvernement marxiste du Mozambique, Ian Smith commençait à négocier avec certains mouvements africains de Rhodésie. Alors que Nkomo s’était radicalisé, il accentuait ses contacts avec Abel Muzorewa en disgrâce auprès des autres mouvements africains.
En 1978, Smith annonçait la possibilité d’un règlement interne du conflit avec la promulgation d'une nouvelle constitution et la formation d'un gouvernement issu d'élections générales ouvertes aux noirs.
Les accords de Salisbury du 3 mars 1978, signés entre Smith et 3 leaders africains modérés, Abel Muzorewa, le révérend Sitholé et le Chef Chirau, prévoyaient la formation d'un gouvernement multiracial intérimaire chargé de mettre en place une nouvelle constitution.
Le 21 mars 1978, ce 1er gouvernement multiracial était formé avec un conseil exécutif réunissant les signataires de l'accord de Salisbury.
En janvier 1979, Smith fit ratifier la nouvelle constitution par les blancs. Elle prévoyait la formation d'un régime parlementaire où 28 sièges de députés sur 100 seraient réservés aux Blancs. La constitution fut négociée avec Muzorewa mais celui-ci fut désavoué par tous les autres mouvements noirs; les Nations Unis et la Grande Bretagne ne reconnurent aucune validité à cette constitution et aux élections qui s'ensuivirent.
En avril 1979, les premières élections multiraciales eurent lieu et furent massivement suivies par la population noire. Le parti de Muzorewa remporta 51 des 100 sièges. Quant au front rhodésien, sans surprise, il remportait les 28 sièges réservés aux blancs (3% de la population).
Les couleurs du drapeau national furent totalement modifié et l’oiseau national de Zimbabwé y pris une place prédominante.
Le pays lui-même fut rebaptisé du nom de Zimbabwe-Rhodésie, malgré les objections de Muzorewa et Sitholé qui avaient souhaité que le nom honni de l'ancienne colonie soit totalement supprimé.
Le 1er juin 1979, Abel Muzorewa devenait le premier 1er ministre noir de l'ancienne Rhodésie du sud; Smith restait ministre dans le nouveau gouvernement qui comprenait 12 ministre noirs et 5 ministres blancs; la totalité des mesures discriminatoires furent abolies. Le premier président noir nommé fut Josiah Gumede et succéda au dernier président blanc du pays.
Pour la RSA, il s'agissait d'un gouvernement noir modéré mais pour les Nations Unis, ces élections ne furent qu'une mascarade et le nouveau régime immédiatement discrédité sans aucune reconnaissance internationale.
L'absence à ces élections des autres partis noirs d'opposition empêcha le nouveau gouvernement d'asseoir sa légitimité d'autant plus que Smith restait, au sein du gouvernement, l'homme fort du régime. La guérilla augmenta alors sa pression.
Durant l'année 1979, le gouvernement de Muzorewa était acculé. Son absence de reconnaissance internationale devenait un échec pour les projets de constellation d'États amis concoctés par la RSA.
Le gouvernement de Pieter Botha, depuis peu au pouvoir à Pretoria, poussa alors Muzorewa et Smith à s'installer de nouveau à la table des négociations avec la Grande Bretagne, quitte à revenir sur l'UDI et retourner sous le contrôle britannique.
Si les sanctions n'eurent pas fait plier la Rhodésie, elles l'avaient considérablement affaiblie au bout de 15 ans. De plus, le harcèlement des mouvements de guérilla avait fini par lasser une population blanche dont le solde migratoire était devenu négatif depuis 1975.
En septembre 1979 s'ouvrirent des négociations en Grande Bretagne entre le gouvernement anglais, le gouvernement de Smith et Muzorewa et les mouvements de libération noir (ZANU, ZAPU...).
Le 12 décembre 1979, dix ans après le début de la guérilla et vingt mille mort depuis, l’ex-colonie rebelle accepta qu’un nouveau gouverneur soit nommé par la Grande Bretagne mettant fin à 14 années d’indépendances convulsives.
Le gouvernement anglais nomma Lord Soames gouverneur général de la colonie de Rhodésie du sud avec les pleins pouvoirs. L'Union Jack était de nouveau hissé à Salisbury en lieu et place du drapeau de Zimbabwé-Rhodésie marquant le retour effectif de la souveraineté anglaise sur sa colonie rebelle.
Les négociations constitutionnelles ouvertes à Lancaster house en Angleterre sous l’égide de Lord Carrington, ministre de Margareth Thatcher, aboutissaient à un accord entre Smith, Muzorewa et les leaders de la ZANU et du ZAPU.
Le 21 décembre 1979, les accords de Lancaster house furent signés. Ils prévoyaient l'instauration d'un régime parlementaire, le maintien au parlement pendant 7 ans de 20 sièges sur 100 réservés aux blancs, et l' interdiction pendant 10 ans de procéder à une nationalisation forcée de la propriété privée. Cependant, une redistribution pacifique des terres avec indemnisation conséquente était encouragée, laquelle aurait lieu sous l’égide de la Grande Bretagne.
Aux élections des 27-29 février 1980, à l'étonnement général, le parti le plus radical chez les noirs, la ZANU de Robert Mugabe, remportait 62,9 % des voix laissant loin derrière la ZAPU de Nkomo (25%) et l'ANC de Muzorewa (8% et 3 sièges). Les blancs élisaient 20 représentants du front rhodésien dont Ian Smith, pour les 20 sièges qui leur étaient réservés.
Le 18 avril 1980, l'ancienne Rhodésie accédait une nouvelle fois à l'indépendance sous le nouveau nom de Zimbabwe. Le nouvel État fut accueilli chaleureusement par la communauté internationale.
Le premier 1er ministre du Zimbabwe fut Robert Mugabe, un chrétien marxiste qui avait pour modèle les États marxistes. Le nouveau président de la république était Canaan Banana, un modéré.
En septembre 1980, les zimbabwéens noirs déboulonnèrent les 2 statues de Cecil Rhodes érigées jusque là devant le parlement de Salisbury et dans le centre de Bulawayo.
Une fièvre anti-colonisatrice s'empara de tout le pays.
Pour bien marquer sa rupture avec le passé, le gouvernement fit rebaptiser toutes les villes du pays dès 1982.
Salisbury fut renommée Harare, Que Que ré-orthographié Kwe Kwe, Umtali devint Mutare, Gweru devint Gwelo et Fort Victoria fut rebaptisé Nyanda. Seules Bulawayo, dont le nom était antérieur à la colonisation, et Victoria Falls, dont le patronyme était mondialement connu et constituait la destination touristique du pays, échappèrent à une nouvelle dénomination.
Parallèlement, les noms des rues et des écoles furent changés faisant disparaître les noms coloniaux (Rhodes, Jameson, Victoria, Salisbury...); tous les bâtiments publics et autres lieues furent aussi rebaptisés à l'instar du square Cecil de Salisbury qui devint le square de l'unité africaine à Harare.
Mais ce fut avec les ndébélés du ZAPU que les tensions furent les plus fortes. Mugabe (un shona comme ses 62,9% d'électeurs) n’hésita pas à massacrer des civils pour faire régner l’ordre de son régime durant les 8 premières années de son gouvernement. Après des années de confrontations, la réconciliation avec Nkomo, le leader du ZAPU, mit fin aux exactions.
Les rapports avec les blancs restèrent formels. Si 2 ministres blancs, anciens du front rhodésien, participèrent effectivement au 1er gouvernement noir ; que l’ancien 1er ministre libéral Garfield Todd, emprisonné sous Smith, fut nommé sénateur par Mugabe ; la minorité blanche n’eu pas le droit de pouvoir réellement peser sur la vie politique du pays puisqu’il lui était interdit de participer à toute tentative visant à sanctionner le gouvernement au parlement.
En 1987, les blancs de la Conservative Alliance of Zimbabwe (CAZ), l'ex-front rhodésien, perdirent leur représentation assurée de 20 députés et furent éliminés du parlement. La coalition gouvernementale se retrouvait alors avec le soutien de 99 députés sur 100 grâce à la réconciliation ZANU-ZAPU.
Si quelques blancs avaient rejoint les partis noirs, ils n’en étaient pas moins désormais hors-jeu politiquement. Néanmoins, bien que représentant 1% de la population, ils dirigeaient encore l'économie et assuraient 80 % du PNB.
Détenant les pleins pouvoirs au Parlement, Robert Mugabe fit ensuite rapidement modifié la constitution afin d'instituer un régime présidentiel, supprimant le poste de 1er ministre et reprenant le titre de président à son compte.
Dans les années 90, le caractère autoritaire du régime de Mugabe s'accentua contre toux ceux suceptible de'animer un mouvement d'opposition, qu'ils soient blancs ou noirs. .
Mugabe sera ainsi réélu en 1995 à la présidence de la république par les électeurs sans opposition.
En 1996, conformément à une loi votée en 1992, Mugabe décida de mettre en œuvre sa réforme agraire et de nationaliser la moitié des terres des 4500 fermiers blancs qui possédaient à cette date encore 30 % des terres cultivables dans le but officiel de les redistribuer aux centaines de milliers d'africains démunis.
Cependant, seuls les grands domaines pouvaient être rentables pour un pays comme le Zimbabwe et lui permettre son auto suffisance alimentaire. De plus la mesure de Mugabe risquait d'être pénalisante pour l'économie du pays car les fermiers blancs réalisaient plus de la moitié du PIB et avaient droit à de justes indemnités selon la loi et la constitution du pays.
Une campagne de terreur urbaine et rurale allait cependant finir par submerger le Zimbabwe et conduire le pays à sa plus grave crise politique, économique et sociale de son histoire.La Rhodésie sous le régime de l'UDI (1965-1980) :
Le Zimbabwe de 1980 Ă 2000
Entre 1980 et 1985, la population blanche passa de 225 000 à moins de 100 000 personnes ce qui symbolize l'échec de la réconcilation raciale.
Si les 4500 fermiers blancs du pays qui possédaient 49 % des terres agricoles permettaient au pays de garder son auto suffisance alimentaire, il n’en restait pas moins que plus de 200 000 fermiers noirs réclamaient des terres à cultiver. Dans les 1ères années de l'indépendance, des manifestations anti-blancs, réclamant la redistribution des terres, étaient organisés dans le pays.
