Histoire de la pensée économique Article, Signification, Explication
Les plus anciennes traces d’une réflexion économique remontent à la Grèce antique, d’où nous vient d’ailleurs le mot économie (de oikos, la maison notamment en tant qu’unité sociale et économique, et nomos, l’ordre, la loi). Parmi ces penseurs, souvent philosophes, qui se sont intéressés à l’économie, Platon et son élève Aristote sont probablement les plus connus. Les philosophes grecs subordonnent l’économie à la politique : c’est l’art d’administrer ses biens ou sa cité. La science économique n’existe pas, au contraire de la politique, qui se rapporte à la cité et est considérée par bien des Grecs comme la première des sciences, l’économie, centrée sur l’individu, est souvent vu de façon suspecte, et comme une activité servile. On peut observer la place de l’économie dans la société antique et comment elle était perçue à ses débuts à partir de quatre figures : Thalès, Xénophon, Platon et Aristote.
Sur la fin de sa vie, Xénophon écrira également Les Revenus, ouvrage où il propose de multiplier les exploitations agricoles et industrielles dans l’Attique, et notamment d’exploiter à plein rendement les mines d’argent. À cette occasion il aborde (mais de façon peu approfondie) des concepts comme ceux de demande et de valeur des biens, et du rapport qu’ils entretiennent entre eux
A l'époque médiévale, des penseurs arabes ont réfléchis aux problèmes économiques. Notamment Ibn Khaldun (1332 - 1406) a écrit une théorie économique et politique dans Prolegomena montrant par exemple, comment la densité de la population est liée à la division du travail qui conduit à la croissance économique. Cette dernière contribue à accroître la population et formant ainsi un cercle vertueux.
En Occident, la réflexion à porté sur la détermination du juste prix d'un bien. Les guerres de religion à la suite de la Réforme ont fait émerger l'idée du libre échange qui sera formulé plus tard par Hugo de Groot (Grotius).
L'économie en tant que science à part entière, séparée de la philosophie, de la théologie ou de l'histoire ne naît véritablement qu'au XVIe siècle.
Dans un contexte de capitalisme commercial, marqué par la multiplication des transports, les Grandes Découvertes et les monarchies absolues de France et d'Espagne se développe le courant mercantiliste.
Jusqu'au Moyen Âge les questions économiques étaient traitées sous l'angle de la religion. Antoine de Montchrestien publie en 1615 son Traité d'économie politique et utilise pour la première fois l'expression d'économie politique.
Avec lui, les plus célèbres mercantilistes sont le français Jean Bodin et l'espagnol Luis de Ortiz.
La théorie élaborée par les mercantilistes fait du commerce la source de la richesse. D'autre part, elle prend pour objectif le renforcement de la puissance de l'État, représenté par le monarque absolu.
Dans ce sens est prônée une « guerre commerciale », se basant sur le protectionnisme et l'interventionnisme. Les mercantilistes veulent une conquête des marchés extérieurs (ventes à l'extérieur des produits manufacturés) mais une préservation (ou une extension) du marché intérieur (restriction aux importations).
En opposition aux mercantilistes vont s'engager les physiocrates, au XVIIIe siècle.
Le plus célèbre d'entre eux est François Quesnay, qui publie en 1758 son fameux Tableau économique.
La théorie physiocratique voit dans la terre la source de toute richesse, et s'élève contre les politiques qui la délaisse au profit de l'industrie naissante.
Au contraire des mercantilistes, les physiocrates s'oppose à l'intervention de l'État.
On trouve dans leurs théories l'amorce d'un ordre naturel existant aussi en économie, qui sera par la suite un point central de la conception classique libérale.
La conception classique de l'économie marque vraiment l'avènement de l'économie moderne.
On y distingue la pensée classique libérale et la conception marxiste. Ces deux conceptions bien qu'opposées partagent un certain nombre de bases communes, comme l'idée du travail comme source de la richesse (c'est la théorie de la valeur travail).
Cette pensée est historiquement développée en France mais surtout en Angleterre au XVIIIe et XIXe siècle.
Adam Smith fut le premier économiste à l'énoncer, et il est considéré pour cela comme le père de l'économie moderne.
Les principaux économistes classiques libéraux et leurs ouvrages phares:
Plusieurs principes et postulats sont au centre de la pensée de cette école.
Tout d'abord, il existe un ordre social universel déterminé par la nature, dont les lois sont immuables et doivent être découvertes par les économistes. Toute intervention de l'État ne ferait qu'empêcher d'être cet ordre universel et parfait, les libéraux prônent donc le « laisser-faire, laisser-aller ».
L'État ne doit plus être qu'un État gendarme n'assurant que les fonctions régaliennes, tandis que le marché est auto-régulé et n'a pas besoin d'être guidé.
Le moteur de l'activité économique est l'intérêt individuel : en ce sens, le libéralisme économique est un individualisme. Pour Adam Smith, l'intérêt de la collectivité est la somme des intérêts individuels : il en découle que les individus, en poursuivant leur propre intérêt, concourent à l'intérêt général sans que ce soient leur objectif initial. Cette idée d'Adam Smith est celle de la « main invisible ».
Un postulat à la base de ces conception est celui de la rationnalité individuelle. L'indivu est rationnel, il recherche la réalisation intérêt par l'enrichissement et permet donc l'accumulation des richesses, moteur de la société. Le marché harmonise de façon quasi-spontanée cette rationnalité individuelle.
Outre les apports de John Maynard Keynes (macroéconomie) dans les années 30, on note une grande diversification des courants de pensée économiques de nos jours, notamment par l'application de nouvelles approches techniques :
Les précurseurs de l'économie
La pensée économique de l'Antiquité orientale et grecque
Thalès
Thalès de Milet (environ 625 – 547 av. J.-C.) n’a lui jamais écrit sur l’économie, mais son histoire montre un des premiers exemples de spéculation économique. Alors qu’on lui reprochait l’inutilité de la philosophie qui ne permettait aucune application avantageuse et que l’on raillait sa pauvreté constante, il se livra à différents calculs astronomiques. Ceux-ci lui permirent de prévoir une période particulièrement chaude et ensoleillée, durant laquelle vraisemblablement l’on ferait une abondante récolte d’olives. Il loua donc tous les pressoirs à olives des régions de Milet et de Chios à bas prix, quand ils n’intéressaient personne. Ses prévisions s’avérèrent, et quand advint le moment de la récolte, la demande en pressoirs se fit extrêmement importante. Thalès, qui détenait un monopole régional, pu sous-louer les pressoirs aux conditions qu’il demandait, se plaçant par là à la tête d’une certaine fortune. Xénophon
Il est nécessaire d’évoquer Xénophon (environ 430 – 355 av. J.-C.), qui comme Platon fut élève de Socrate, à propos de l’histoire de la pensée économique : non seulement parce qu’il est le premier à employer ce mot, mais également parce qu’il y consacrera tout un ouvrage, L’Économique (qui consiste en un dialogue entre Socrate et Ischomaque), autour d’un thème unique, celui de l’administration d’un domaine agricole. On peut ainsi se rendre compte combien dans l’antiquité le terme est lié à l’idée de l’administration domestique ; cependant le dialogue en vient presque à porter sur des stratégies d’accroissement des richesses, le père d’Ischomaque achetant par exemple des terres à bas prix pour les revendre bien plus cher après les avoir défrichées. En vérité, celui qui connaît l’art – ou la science – de l’économie est de facto un bon gestionnaire, et ce dans toute situation. Le bon père de famille peut ainsi savoir ce qui est bon pour l’administration d’une cité. C’est toutefois à la femme que revient le rôle de l’entretien de la maison (oikos), de même la politique est elle l’affaire des hommes, et le travail, réservé aux seuls esclaves ; dans L’Économique Ischomaque enseigne cet art à son épouse. L’économie selon Xénophon se révèle donc essentiellement domestique, bien que ses enseignements soient applicables ailleurs ; on peut la voir comme l’art de satisfaire les besoins d’une société.Platon
Platon (427 – 348 av. J.-C.) qui à travers son dialogue La République expose sa vision de l’utopie, de la cité idéale, se trouve donc entraîné à aborder l’économie comme gestion des biens et des personnes de la façon la plus juste possible dans celle-ci.
Il défend ainsi l’idée d’une société divisée en trois classes (philosophes, gardiens et travailleurs) où le droit de posséder n’est réservé qu’à la classe inférieure des « producteurs » : les autres ne doivent pas être tentées par le lucre et l’accumulation des richesses. Le philosophe sait que la cité est supérieure à l’individu, pour préserver l’équilibre de la cité et parvenir au plus haut degré de la vertu politique, il est nécessaire de poser une limitation de la fortune et des biens de chacun, d’autant plus que pour Platon et son époque la quantité totale de richesse est imaginée comme à peu près fixe. Il expose de cette façon une forme d’organisation sociale basée sur la communauté des biens et propose dans Les Lois un partage égalitaire de la terre. L’économie platonicienne cherche ainsi à régir la répartition des ressources, et ce à une fin politique et philosophique. Moins qu’un art, l’économie pour Platon se rapprocherait donc plutôt de ces savoir-faire décris dans Gorgias.Aristote
Chez Aristote (384 environ – 322 av. J.-C.) on trouve une place beaucoup plus importante consacrée à l’économie. L’apport d’Aristote est tout d’abord une distinction fondamentale qu’il établi entre économie naturelle (économique) et économie d’argent (chrématistique).
La chrématistique (de khréma, la richesse, la possession) est l'art de s'enrichir, d’acquérir des richesses. Selon Aristote l'accumulation de la monnaie pour la monnaie était une activité contre nature et qui déshumanise ceux qui s'y livrent : suivant l’exemple de Platon, il condamne ainsi le lucre et l’accumulation des richesses. Le commerce substitue l’argent aux biens ; l’usure créée de l’argent à partir de l’argent ; le marchand ne produit rien : tous sont condamnables. Aristote traitera cependant de la chrématistique comme ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses pour permettre un accroissement du pouvoir politique, mais la condamnera toujours en tant que telle.
Au contraire, l’agriculture et le « métier » permettent de fonder une économie naturelle où les échanges et la monnaie servent uniquement à satisfaire les besoins de chacun, ce qu’il valorise. Aristote garde toujours le soucis d’agir conformément à la nature. Celle-ci fourni « la terre, la mer et le reste » : l’économique est ainsi l’art d’administrer, d’utiliser les ressources naturelles, totalement à l’opposé de l’art d’acquérir et de posséder. Y est inclut l’idée d’un rapport de réciprocité : Aristote ne sépare pas l’économique du social, établissant l’échange comme un « retour sur équivalence » ; on comprend donc qu’il condamne la chrématistique, qui substitue l’objet à la relation sociale puis l’argent à l’objet.
Un autre résultat original et remarquable des réflexions d’Aristote est la différenciation qu’il fait entre valeur subjective et valeur commerciale d’un bien, que l’on peut facilement rapprocher des notions de valeur d’usage et de valeur d’échange qui apparaissent chez les néoclassiques (fin du XIXe siècle).
Les œuvres principales d’Aristote sur le sujet sont Les économiques, l'Éthique à Nicomaque, et La politique.La pense économique à l'époque médiévale
La théorie économique de la Réforme
La naissance de l'économie
Le mercantilisme
La théorie physiocratique
Les classiques
La pensée classique libérale
Il existe entre ces auteurs une grande communauté de pensée. Contemporains de la Révolution Industrielle en Grande-Bretagne ils assitent à la naissance du capitalisme industriel et en sont les défenseurs fervents. Diversification actuelle de la pensée économique
Par ailleurs, l'essor des sciences de gestion (management, marketing, organisation, relations humaines, technologies de l'information) a perfusé en économie, aboutissant en particulier à la reconnaissance du savoir, de la compétence et de l'information comme facteur essentiel (économie de la connaissance) de production et de développement, en plus des trois « classiques » : ressources naturelles, travail et capital.
