Harcèlement psychologique Article, Signification, Explication
On nomme harcèlement psychologique sur le lieu de travail (1), ou harcèlement moral, un enchaînement de propos et d'agissements hostiles qui, pourraient sembler anodins si on les prend isolément, mais dont la répétition et le caractère synergique peut parfois « briser » psychologiquement la personne qui en est la cible et la victime.
Il est considéré comme maladie organisationnelle rongeante qui dégrade les conditions de travail, la santé mentale des individus et envenime les rapports sociaux au travail, en produisant ses effets de destruction psychologique.
À la différence d'autres types de violence au travail, le harcèlement psychologique n'est pas ponctuel. Il s'agit d'un processus dynamique constitué de différents types d'agissements qui se développent dans le temps. Lorsque l'on analyse chaque acte séparément, on risque de banaliser cette forme sournoise de violence, car ils peuvent nous sembler inoffensifs.
Ce phénomène a été popularisé, dès l'an 2000, par la psychanaliste et « victimologue », Marie-France Hirigoyen, et son concept a suscité un vaste phénomème d'identification et d'appropriation; les victimes ont enfin pu utiliser un terme pour nommer, décrire et expliquer leurs souffrances au travail.
Cependant, pour analyser le harcèlement psychologique au travail, il est nécessaire d'utiliser deux méthodes de mesure :
Typologie
Depuis la travailleuse précaire en passant par les agents de maîtrise et les cadres, quelque soit l'âge (jeunes ou plus âgés), le sexe (homme ou femme) personne n'est à l'abri du harcèlement psychologique. Sans nul doute, comme l'a souligné le philosophe Michel Foucault : « Ce sont là des faits d'une extrême banalité, que tout le monde connaît. Mais ce n'est pas parce qu'ils sont banals qu'ils n'existent pas », ou qu'ils n'ont pas la force de briser psychologiquement une personne.
- (1) Article initial écrit à partir d'une étude du département d'organisation et ressources humaines, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal.
Traitement judiciaire en France
Le harcèlement moral est devenu en France un délit spécifique depuis 2002. Il a souvent été invoqué depuis dans les affaires jugées par les prud'hommes, en particulier procédures de licenciement; nombre de salariés décrivent leur licenciement comme l'aboutissement d'un processus de harcèlement moral. Ils se présentent devant les juges comme des victimes; les avertissements réçus de la direction faisant figure de preuves des pressions subies. Dans certains cas, les pièces sont flagrantes : suppression de téléphone, d'armoire de rangement, voire même de bureau ! D'autres sont plus délicats à apprécier.
Certains juges et certains avocats se sont fait une spécialité de ces dossiers sensibles. Des avocats encouragent même leurs clients dans cette procédure en avançant des accusations de harcèlement moral dans le but
- de discréditer les sanctions décidées par l'entreprise,
- et d'obtenir des dédommagements plus importants.
Au final, en 2003, seuls la moitié des 200 000 affaires portées à la connaissance de prud'hommes ont été jugées. Lorsque le harcèlement moral a été démontré, les salariés ont obtenu en moyenne l'équivalent de six mois de salaire en dommages et intérêts, par le jugement ou par la transaction. Cependant les juges sont restés en général plutôt prudents sur ces affaires et ont montré une appréciation restrictive de ce phénomène, écartant d'emblée cette qualification quand les faits avancés n'étaient pas précis ou non répétés; le plaignant doit matérialiser la persécution par des témoignages, comme une expertise du médecin du travail ou des courriers du harceleur... et, au bilan les condamnations sont restées peu nombreuses, en moyenne 1 sur 1600 dossiers, en 2003.
Finalement, les juges ont validé l'idée qu'une mauvaise ambiance au travail ou un différend avec son employeur ne constituent pas en soi du harcèlement moral, au grand soulagement des entreprises qui avaient craint, après le vote de la loi sur le harcèlement moral, que la pression professionnelle ne devienne un motif de recours en justice.
Cependant selon Tiennot Grumbach, spécialiste du droit social, qui estime que toute souffrance au travail n'est pas nécessairement du harcèlement : « Il existe une confusion entre le harcèlement moral, qui est l'œuvre d'un individu, (...) souvent pratiqué à l'insu de l'employeur, de façon secrète, dans une relation personnelle vraiment destructrice (...) et le harcèlement professionnel qui existe dans certaines entreprises. (...) Le premier est une faute réprésensible au civil ou au pénal. Le second relève d'une mauvaise gestion de l'entreprise. Les deux peuvent produire la même souffrance chez les salariés (...) mais ils imposent des réponses différentes. (..) le transfert de responsabilité vers les employés et les cadres, la rémunération par prime, le stress, entraînent des pathologies lourdes. C'est un phénomène social, lié à la pression accrue qui pèse sur les entreprises dans un monde plus compétitif. (...) Il existe parfois une gestion disciplinaire de l'emploi. Certains licenciements sont préparés (...) Les sanctions s'inscrivent alors dans un processus managérial de décision. (...) Dans d'autres cas, il est évident que les salariés contestent de plus en plus l'autorité dans l'entreprise, perçue comme une souffrance illégitime. »
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