article sur le Druide, Explication sur le Druide

Druide Article, Signification, Explication

  

Introduction

Le druide était un personnage omnipotent et omniscient de la société, chez les Celtes de l'Antiquité, au point qu'il était à la fois ministre du culte, philosophe, gardien du Savoir et de la Sagesse, historien, juriste et aussi conseiller militaire du roi et de la classe guerrière. Il est en premier lieu l'intermédiaire entre les dieux et les hommes.
Selon le récit de L'Ivresse des Ulates « Nul ne parle avant le roi, mais le roi ne parle pas avant son druide ».
Il avait en charge la célébration des cérémonies sacrées et lui seul avait le droit de pratiquer les sacrifices. Ce qui fait du druidisme, non seulement la religion des peuples celtes, mais aussi le fondement de toute leur civilisation.

Un seul nom de druide historique nous est connu, c'est Diviciacos dont Jules César nous apprend qu'il gouvernait le peuple des Eduens. Les autres, dont il est question dans les textes, relèvent de la mythologie celtique ; mention particulière au très célèbre Panoramix, un druide de fiction imaginé par René Goscinny dans la bande dessinée Astérix.

Nota : Il est ici question des druides et du druidisme de l'Antiquité et non du mouvement néo-druidique contemporain.

Sources et Etymologie

Comme pour tout ce qui concerne la civilisation celtique, nous ne disposons d’aucun texte d’origine interne. Les druides eux-mêmes sont à l'origine de cette lacune : considérant que la parole écrite est morte, ils ont privilégié l'oralité et la mémoire pour la transmission du Savoir. Néanmoins, les Celtes connaissaient l'écriture et l'ont utilisée de façon marginale. De plus, ils ont inventé les ogam ou écriture oghamique dont 300 inscriptions à vocation funéraire nous sont parvenues gravées dans la pierre.

Deux types de sources nous permettent d'appréhender le sujet : les témoignages antiques et la consignation par des clercs, de traditions orales au moyen âge en Irlande. Pour la première catégorie, il faut citer notamment Diodore de Sicile (Histoires), Strabon (Géographie), Pomponius Mela (De Chorographia), Lucain (La Pharsale), Pline l'Ancien (Histoire naturelle), et surtout César qui, avec ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, nous apporte de nombreuses et importantes informations sur la société gauloise ainsi que sur la religion et ceux qui en ont la conduite. Une deuxième source vient corroborer la première et l'enrichir d'une origine différente, il s'agit d'un ensemble de textes irlandais, pour l'essentiel, écrits du VIIIe au XVe siècle. Ils retranscrivent les mythes et épopées de l'Irlande celtique qui se sont transmis oralement de générations en générations. Les collecteurs transcripteurs les ont affublé d'un vernis chrétien, sous lequel l'étude découvre l'original. De cette littérature, on peut citer : le Cath Maighe Tuireadh (Bataille de Mag Tured), le Tochmarc Etaine (Courtise d’Etain), le Tain Bo Cualnge (Razzia des Vaches de Cooley), le Lebor Gabala (Livre des Conquêtes) et les Mabinogion gallois.

On a longtemps pensé (depuis Pline) que le mot druide était associé au chêne, à cause des rites associés à cet arbre. Les linguistes et philologues ont maintenant établi que ce terme spécifiquement celtique, présent tant dans le texte de césar que ceux du moyen âge, provenait de « dru-wid-es » qui signifie « très savants ».

La classe sacerdotale

     

Structure de la société celtique

César, relatant ses opérations militaires, avait noté que les Gaulois (la plèbe) étaient dirigés par deux classes d'hommes, les druides et les chevaliers (equites). On retrouve cette hiérarchie dans la structure de la société divine des Tuatha De Danann, les dieux de l'Irlande, qui reproduit le schéma de l'idéologie tripartite des Indo-européens, telle qu’elle a été exposée par Georges Dumézil.
  • La classe sacerdotale qui possède le Savoir et fait la Loi ; elle administre le sacrĂ© et le religieux
  • La classe guerrière qui gère les affaires militaires sous le commandement du roi
  • La classe des producteurs (artisans, agriculteurs, Ă©leveurs, etc.) qui doit subvenir aux besoins de l’ensemble de la sociĂ©tĂ© et en prioritĂ© ceux des deux autres classes

     

Hiérarchie et structure de la classe sacerdotale

La classe sacerdotale est elle-même hiérarchisée, et ses membres possèdent des « spécialités ».
  • le mot druide est un terme gĂ©nĂ©rique qui s’applique Ă  tous les membres de la classe sacerdotale, dont les domaines d’attribution sont la religion, le sacrifice, la justice, l’enseignement, la poĂ©sie, la divination, etc.
  • le barde est spĂ©cialisĂ© dans la poĂ©sie orale et chantĂ©e, son rĂ´le est de faire la louange, la satire ou le blâme.
  • le vate est un devin, il s’occupe plus particulièrement du culte, de la divination et de la mĂ©decine. Les femmes participent Ă  cette fonction de prophĂ©tie (telles les Gallisenae de l’île de Sein).
Dans la tradition irlandaise le file (pl. filid) est un devin, il a remplacé le barde dont il possédait aussi les attributions. En fonction de leurs spécialité, les filid sont sencha (historien, professeur), brithem (juge et juriste), scelaige (conteur), cainte(satiriste), liaig (médecin), dorsaide (portier), cruitire (harpiste), deogbaire (échanson). Le devin est le faith, la prophétesse est banfaith ou banfile. Ollamh est le titre le plus élevé (le sens du mot est docteur, savant) devant l' anruth (brillant), l'oblaire étant l’étudiant.

     

Le rôle du druide dans la société

En tant que ministre de la religion, le druide procède à tous les rites cultuels, et en particulier aux sacrifices. Si les sacrifices humains de prisonniers de guerre sont attestés, il semble cependant qu’ils étaient réservés à des circonstances exceptionnelles, les sacrifices animaux (chevaux, taureaux) ou symboliques était plus courants.
L’enseignement, c’est-à-dire la transmission orale du savoir, fait aussi parti de ses responsabilités. C’est encore César qui nous apprend « qu’un grand nombre de jeunes gens viennent s’instruire chez eux » et que les études peuvent durer 20 ans ; on cite le chiffre de 150 élèves pour le druide mythique Cathbad, dans la tradition irlandaise.
Dans le contexte celtique, le domaine juridique fait parti de la théologie et relève donc de la religion. C’est donc tout naturellement que les druides sont à la fois juristes et juges. Le non-respect d'un contrat est sanctionné par des peines qui sont codifiées selon la nature de la faute et le rang des parties dans la hiérarchie sociales. Si c’est le roi qui prononce la sanction, c’est le druide qui conseille.
Compte tenu de la primauté de son statut, du prestige attaché à sa fonction, et aussi de sa qualité de juriste, il a aussi la charge des relations diplomatiques pour prévenir la guerre ou régler les compensations après l’agression. Notons au passage qu’un druide peut participer à la guerre, il n’y a pas d’interdit ni d’obligation, le druide-guerrier est un personnage assez courant. Ainsi, à titre d’exemple, le druide Cathbad, dont le nom signifie « Tueur au combat ».
En tant que Savant et garant du savoir, il est logique que les domaines de l’histoire, de la généalogie, de la toponymie soient de son ressort, étant entendu que ce que nous appelons mythologie avait une réalité à cette époque. Pour des raisons de légitimité et de souveraineté, ces disciplines se devaient d’être les plus précises possible.
Les Tuatha De Danann (Gens de la déesse Dana – les dieux de l'Irlande) ont un dieu-médecin, Diancecht qui est un expert dans la magie et la médecine, il soigne et rétablit les blessés, il ressuscite les morts en les immergeant dans la Fontaine de Santé, il fabrique une prothèse au roi Nuada qui a eu le bras arraché. Les épopées sont pleines de ces guérisons, où les plantes, les incantations et les breuvages magiques sont utilisées.
Leur grande connaissance de astronomie leur aura permit de conceptualiser le temps, dont nous avons une idée grâce au calendrier de Coligny, qui date de l’époque gallo-romaine.

Le roi ne prend pas la parole avant le druide, mais ils forment une sorte de binôme indispensable et antagoniste. Si le roi exerce la Souveraineté, il le fait sous l’inspiration du druide qui lui doit le conseil, il y a dépendance du pouvoir politique au spirituel.

     

Les pratiques

Certains textes irlandais font état de l'intervention des druides au moment de la naissance, pour donner un nom à l’enfant et pratiquer une lustration, que l’on assimile à une forme de baptême.
L’attention portée aux présages est générale, car ils sont l’expression des volontés divines et donc les présages et la divination ne peuvent relever que du religieux dans la mesure où le druide est l'intermédiaire et sa parole sacrée. C’est donc un domaine illimité dés l'instant qu’il est question de l'avenir.
Le mot irlandais geis (pluriel geasa) désigne un interdit qui peut être négatif, sens d’interdiction, ou positif, sens d’obligation ; la geis a force de loi. Elle s’adresse principalement au roi et aux membres de la classe guerrière et recouvre l'ensemble des activités de la vie quotidienne.
La magie, dont la médecine est un prolongement, fait appel à des techniques rituelles. Les plantes médicinales en sont un élément important, il faut aussi noter l'élixir d’oubli qui affecte la mémoire, la musique, la Fontaine de Santé qui guérit les blessés dans les batailles et ressuscite les morts, la pomme, symbole celtique par excellence de l’immortalité et du savoir, la cueillette du gui accompagné du sacrifie de taureaux, et bien d’autres.
Les éléments aussi participent à cette religion : l'eau par son pouvoir de lustration, le feu qui sert aux sacrifices ou à la purification des troupeaux, le vent qui a le pouvoir d'égarer ou d’anéantir, le brouillard qui permet de se déplacer de manière invisible.
Les incantations sont aussi une pratique très usitée. La littérature irlandaise parle notamment du glam dicinn qui est une malédiction, de l'imbas forosnai qui a le sens d’illumination, le dichetal do chennaib cnâime dont la signification nous est inconnue, mais semble être une improvisation. La louange est de la responsabilité du barde, c’est une forme de poésie qui consiste à mettre en valeur les qualité d’un personnage. Le blâme est de même nature avec l'objectif contraire, à ne pas confondre avec la satire qui est une incantation religieuse et légale qui entraîne généralement la mort.

     

Les fĂŞtes

L'année celtique comporte quatre grandes fêtes au caractère obligatoire, l’absence étant punie de mort.
  • Samain dont le sens est « rĂ©union » a lieu le 1er novembre. Plus que le nouvel an, c’est le passage d’une annĂ©e Ă  l’autre, sa cĂ©lĂ©bration dure une semaine qui est hors du temps, ce qui favorise les contacts avec l'Autre Monde. Elle se caractĂ©rise par des festins et des beuveries rituelles.
  • Imbolc qui signifie « lustration » est le 1er fĂ©vrier. C'est la purification qui marque la fin de la pĂ©riode hivernale.
  • Beltaine les « feux de Bel » au 1er mai est une fĂŞte sacerdotale en rapport avec Belenos et de sa parèdre Belisama, qui marque le passage de la saison sombre Ă  la saison claire avec le changement d’activitĂ©s que cela implique. Les druides allument de grands feux pour protĂ©ger le bĂ©tail, essence mĂŞme de la richesse.
  • Lugnasad est l' « assemblĂ©e de Lug» le 1er aoĂ»t. Cette fĂŞte est consacrĂ©e au roi dans son rĂ´le de redistributeur des richesses et de protecteur. C’est l’occasion de conclure des contrats de toutes sortes (commerciaux, matrimoniaux, juridiques) et de se mesurer dans des compĂ©titions (joutes littĂ©raires, sports).

Le Druidisme

Selon le Lebor Gabala (Livre des Conquêtes) Le druidisme a été inventé par les Partholoniens, arrivés en Irlande 312 ans après le déluge et qui vont l’occuper pendant 5000 ans. César aussi pense qu'il est originaire de l'île de Bretagne, puis s’est répandu en Gaule ; d’ailleurs il affirme que nombre d’étudiants vont se perfectionner là-bas.
Tout ce que l’on peut dire à ce propos ne peut être qu’une émanation de ce que nous savons de ses ministres. Plus qu'une religion, au sens où nous le comprenons aujourd’hui, le druidisme est le fondement même de la civilisation celtique, et le règlement de l'ensemble de la société. Toute la vie des Celtes est sous le contrôle des druides.

Les Celtes étaient convaincus de l'immortalité de l'âme, c’est la raison pour laquelle les guerriers n’éprouvaient aucune peur de la mort lors des batailles. Des confusions dans la lecture des textes ont suggéré la notion de réincarnation, mais celle-ci est inexistante.
Le Sidh est le nom gaélique qui désigne l'Autre Monde celtique, il se situe à l’ouest, au-delà de l’horizon de la mer, dans des îles magnifiques ; sous la mer, dans les lacs et les rivières où se situent de somptueux palais de cristal aux entrées mystérieuses ; sous les collines et les tertres. C’est le séjour des dieux.

Le culte se pratiquait dans des aires sacrées appelées Nemeton en langue gauloise (et nemed en gaélique) dont on trouve la trace, par exemple, dans le toponyme de la forêt de Nevet près de Locronan (Finistère), dont la Troménie, procession chrétienne, perpétue le souvenir d’une cérémonie druidique. Il est fort probable que des monuments mégalithiques, tels Carnac ou Stonehenge, aient été récupérés par les druides. Si à l'origine le Nemeton fut probablement un endroit ouvert, il a considérablement évolué pour devenir un enclos, de forme généralement quadrangulaire, comprenant des édifices en bois et un puit à offrandes.

Les filid irlandais ont élaboré un système de notation, les ogam (parfois appelée écriture oghamique), qui n’a jamais servi à la rédaction de textes, mais à des inscriptions funéraires (dont 300 nous sont parvenues) ou incantatoires gravées dans la pierre ou le bois. Attribué par la tradition à Ogme le dieu de la magie et de l'éloquence, cet alphabet composé d’encoches et dérivé de l’alphabet latin en association avec des noms d’arbres, resta cantonné à l'Irlande, l'Ecosse et le Pays de Galles.

La thèse d'une origine chamanique préhistorique fut avancée, mais elle ne résista pas à l’analyse, et fut rapidement abandonnée. Par ailleurs, si le sanglier est l’animal emblématique de la classe sacerdotale, la notion de totémisme est totalement à exclure, ne correspondant pas dans sa définition aux conceptions celtiques.

Bibliographie

  • Les druides de Christian-J. Guyonvarc'h & Françoise Le Roux (Ed. Ouest-France)
  • La civilisation celtique de Christian-J. Guyonvarc'h & Françoise Le Roux (Ed. Ouest-France)
  • La sociĂ©tĂ© celtique de Christian-J. Guyonvarc'h & Françoise Le Roux (Ed. Ouest-France)
  • Les fĂŞtes celtiques de Christian-J. Guyonvarc'h & Françoise Le Roux (Ed. Ouest-France)
  • Magie, mĂ©decine et divination chez les Celtes de Christian-J. Guyonvarc'h
    (Bibliothèque scientifique Payot)
  • Le Dialogue des deux Sages de Christian-J. Guyonvarc'h (Bibliothèque scientifique Payot)
  • Les Celtes, histoire et dictionnaire de Venceslas Kruta (Ed. Robert Laffont, coll Bouquins)
  • Dictionnaire de mythologie celtique de Jean-Paul Persigout (Ed. du Rocher)
  • Les druides de Gwenc'hlan Le ScouĂ«zec (Ed. Beltan) – volume 1 : Des origines Ă  l'Empire romain

Voir aussi

mythologie celtique
antiquité
philosophie
barde
vate
Gaulois
Gaule
histoire
religion
nationalisme druidique

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