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Donald Winnicott Article, Signification, Explication

Donald Woods Winnicott (1896 à Plymouth, Angleterre)- 28 janvier 1971) était un médecin, pédiatre et psychanalyste anglais.

Outre une pratique clinique enthousiaste de son métier dont il témoigne dans de nombreux ouvrages, on doit également à Winnicott d'importantes notions telles que celle d'objet transitionnel.

Table of contents
1 Vie de D. Winnicot
2 Å’uvre de Winnicott
3 Éléments de théorie

Vie de D. Winnicot

D. Winnicott est né en Angleterre, dans le Devon, en 1896, dans une famille de la bourgeoisie britannique,

« ...avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à une époque où les gens croyaient profondément que les choses continueraient à progresser dans la mesure où les hommes deviendraient de plus en plus éclairés. » M. Davis & D. Wallbridge, ''Winnicott, Introduction à son œuvre'', Paris, P.U.F., 1992, p.13. .

Son père, Sir Fréderick Winnicott, est le maire de Plymouth. Il grandit dans un foyer stable et heureux, « ... adoré de ses parents et de ses deux sœurs aînées. » M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La consultation thérapeutique et l'enfant'', Paris, Gallimard, 1971, p. XXXIII. . Son choix de devenir médecin est très lié à son tempérament particulièrement indépendant. C'est notamment à la suite d'une fracture qui le rend dépendant d'autres personnes qu'il se décide définitivement pour cette profession :

« Je ne pouvais pas imaginer que, pendant tout le reste de ma vie, je serais obligé de dépendre des médecins, au cas où je me blesserais ou tomberais malade. Le meilleur moyen de m'en tirer, c'était de devenir médecin moi-même. » D. Winnicott, cité dans M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 19. .

Athlète remarquable (ce sont les bouleversements dus à la Première Guerre mondiale qui l'empêchent d'atteindre un niveau olympique. M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La consultation thérapeutique et l'enfant'', op. cit., p. XXXIII), élève brillant, il fait donc médecine. Pendant la guerre, il est chirurgien-stagiaire sur un destroyer. La physiologie, qu'il étudie, le déçoit, il la trouve froide, éliminant les émotions. Il s'oriente finalement vers la pédiatrie qui lui permet « ... de traiter l'individu entier et de situer l'enfant dans le contexte familial et social. » (D. Winnicott, « The Association for Child Psychology and Psychiatry Observed as a Group Phenomenon (President's Address) », cité dans M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 20).

Nouvellement diplômé et déjà conscient des limites et des impasses d'une approche purement médicale (c'est-à-dire qui ne prend en compte que le physique), D. Winnicott découvre l'œuvre de S. Freud qui lui semble permettre de les franchir. Il débute sa formation d'analyste en 1923, en même temps qu'il commence à tenir des consultations en pédiatrie. De nouveau des limites se présentent : à l'époque, la psychanalyse s'adresse à des adultes cultivés et non pas à des enfants.

Il s'agit d'un moment particulier dans l'histoire de la psychanalyse, notamment en Angleterre, et la psychanalyse d'enfants n'en est qu'à ses balbutiements. S. Freud ne s'y est guère intéressé. La seule psychanalyse de l'œuvre freudienne est celle du « petit Hans », que S. Freud n'a pas rencontré. Le « petit Hans » a été analysé par son père, qui, lui, échangeait avec S. Freud. Le champ d'investigations a été laissé à sa fille Anna Freud, institutrice de formation. Elle publie en 1927 Le traitement psychanalytique des enfants et poursuit dans cette voie en Autriche. Lorsqu'elle est contrainte de fuir son pays en 1938, elle rejoint Londres où travaille depuis 1925 Mélanie Klein.

Cette dernière est venue en Grande-Bretagne en 1925, sur l'invitation de Ernst Jones, président de la Société Britannique de Psychanalyse, et va rapidement devenir une psychanalyste importante.

« Ses aptitudes exceptionnelles à comprendre les fantasmes inconscients du jeune enfant en recourant à des techniques de jeu saisirent l'imagination de ses collègues britanniques [...] pendant dix ans un dialogue authentique se poursuivit au sein de la Société britannique, et les recherches de Melanie Klein influencèrent la pensée de tous. » (M. Khan, « Une certaine intimité », préface à La consultation thérapeutique et l'enfant, op. cit., p. XII). .

Les deux femmes, parmi les premières psychanalystes de premier plan, défrichant le terrain de la psychanalyse des enfants, chacune figure de proue d'un groupe de psychanalystes (les annafreudiens et les kleiniens), vont polariser un affrontement aux enjeux théoriques et institutionnels (influence relative des deux courants, formation des nouveaux analystes, etc.). Le conflit avait débuté alors que aucune des deux femmes n'était en Angleterre, il s'amplifia à l'arrivée de M. Klein à Londres et atteignit son paroxysme lorsqu'à son retour A. Freud quitta le continent pour l'île. (E. Roudinesco & M. Plon, « Groupe des indépendants », dans Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 2000, p. 514.) .

D. Winnicott entamera sa formation avec James Strachey, freudien, la poursuivra avec Joan Riviere, kleinienne (elle a co-écrit avec M. Klein le livre ''L'amour et la haine''). M. Klein elle-même participera à la formation de D. Winnicott en tant que superviseur. Ce dernier en garda un souvenir admiratif, M. Klein parvenant à mieux connaître ses patients que lui-même. D. Winnicott n'a pas été proprement kleinien. Au choix du parti et à l'affrontement, il a préféré une troisième voie, personnelle.

Ils ont été un certain nombre, en Angleterre, à ne pas prendre parti, constituant ainsi ce qui a été nommé le « middle group », ou groupe des « Indépendants » (E. Rayner, ''Le groupe des « Indépendants » et la psychanalyse britannique'', Paris, P.U.F., 1994),(comprenant aussi, par exemple, le couple Balint). S'il en est devenu la figure la plus prestigieuse, D. Winnicott n'en est jamais devenu l'idéologue, ni le leader. On peut remarquer que, grand parmi les grands, il en est le seul à ne pas avoir fait école (au contraire de S. Freud, de M. Klein ou de J. Lacan).

D. Winnicott va très rapidement suivre sa propre voie, en présentant ses avancées comme complémentaires de celles de S. Freud et de M. Klein et il « ... ne tarda pas à apparaître aux analystes comme un collègue révolutionnaire et plutôt embarrassant, ce qu'avaient déjà pensé les pédiatres... » (M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La consultation thérapeutique et l'enfant'', op. cit., p. XIII). .

Il semble que l'on peut trouver chez le fondateur de la psychanalyse les points qu'il n'a fait qu'évoquer et que D. Winnicott a ensuite développé.

À propos du jeu et de la créativité, S. Freud écrit en 1908 :

« Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d'une façon qui lui plaît... Il joue sérieusement. Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le sérieux, mais la réalité. » (S. Freud, cité par Maud Mannoni, ''La théorie comme fiction'', Paris, Seuil, 1979, p. 62). .

M. Mannoni voit là le point de départ du travail de D. Winnicott qui « ... ouvre une troisième voie à partir du texte de Freud. » (M. Mannoni, La théorie comme fiction, op. cit., p. 62) et qui le mènera jusqu'à l'espace potentiel.

Quant à la prise en compte de l'environnement et alors que la psychanalyse pense avant tout en termes de conflit intra-psychique, J.-B. Pontalis suggère que D. Winnicott s'appuie sur une note de S. Freud (où ce dernier évoque de prendre en compte la mère) pour développer toute sa théorie de l'environnement. Cf. la note bien connue des « Formulations concernant les deux principes du fonctionnement psychique » (1912). Freud s'y fait l'objection qu'une organisation totalement régie par le principe de plaisir et ignorant ainsi de la réalité extérieure ne pourrait subsister pour un laps de temps, si court soit-il. Mais il ajoute: « Le recours à une fiction de cet ordre se justifie néanmoins si l'on considère que le petit enfant — pour peu qu'on tienne compte aussi des soins de sa mère — réalise, presque, en fait, un système mental de ce type. » On pourrait dire que c'est sur ce passage entre tirets que D. Winnicott s'appuie pour développer sa théorie de la relation, du couplage mère-nourrisson. « Cette chose qu'on appelle un nourrisson n'existe pas », a-t-il pu écrire, J.-B. Pontalis, « Naissance et reconnaissance du » soi « », dans ''Entre le rêve et la douleur, Paris, Gallimard'', 1977, note p. 183. . Si on peut convenir avec J.-B. Pontalis que la théorie du développement de D. Winnicott peut trouver sa « légitimité freudienne », sa continuité d'avec l'œuvre de Freud dans la note à laquelle il fait référence, il est peu probable que D. Winnicott ait ressenti besoin d'une « caution freudienne » pour oser avancer ses propres élaborations.

Cependant, D. Winnicott cite lui-même cette note qui pour lui indique que

« Freud rendait ainsi pleinement hommage au rôle joué par les soins maternels, et on peut supposer que s'il n'a pas abordé ce sujet, c'est qu'il ne se sentait pas prêt à analyser ses implications. » D. Winnicott, « La théorie de la relation parent-nourrisson », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 326. .

Ce n'est pas pour trouver une légitimité quelconque puisque ce texte a été écrit en 1960, vers la fin de sa vie. Cela illustre simplement ce qu'il a toujours dit : son travail est en complémentarité de celui de S. Freud.

À propos de M. Klein qui l'a précédé dans le travail auprès de jeunes enfants mais qui n'a pas pris en compte la mère, D. Winnicott déclare que c'est parce qu'elle n'en était pas capable, « par tempérament » (D. Winnicott, cité par M. Mannoni, ''La théorie comme fiction'', op. cit., p. 61.) .

Sa théorie, qu'il a élaborée progressivement et qui est devenue de plus en plus complexe, est directement issue de son travail clinique. Dans un entretien avec A. Clancier, J.-B. Pontalis remarque qu'en France, bien souvent, un analyste crée un concept qu'il tente ensuite d'utiliser dans sa pratique. Rien n'est plus étranger à cette démarche que celle de D. Winnicott pour qui « ... les faits, c'était la réalité ; les théories, le balbutiement humain dans son effort pour saisir les faits. » (M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La consultation thérapeutique et l'enfant'', op. cit., p. X.) . En effet, D. Winnicott, comme l'ensemble des « Indépendants », s'inscrit dans la tradition philosophique de l'empirisme britannique, avec parmi ses caractéristiques le rejet de l'esprit de système.

S'il a commencé comme pédiatre et même s'il a conservé cette activité jusque très tard, D. Winnicott est également devenu analyste d'adultes, il a suivi des personnes psychotiques et s'est également occupé de jeunes placés en foyer, qui avaient été évacués de Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. De par son immense expérience de pédiatre, qui dura près de quarante années, il put retrouver des patients, à l'âge adulte, qu'il avait reçu en tant que nourrissons, permettant une confrontation de ses intuitions et élaborations avec la réalité d'une vie vécue.

Toute sa vie, il a communiqué ses idées, à ses confrères pédiatres, psychanalystes, mais aussi aux parents, aux éducateurs, aux infirmiers, aussi bien qu'à des hommes de loi. Un de ses derniers textes est un hommage à un éducateur avec lequel il travailla pendant la Seconde Guerre mondiale.

Å’uvre de Winnicott

L'œuvre de D. Winnicott est principalement composée de courts textes, de compte-rendus de communications à des sociétés de psychanalystes, des transcriptions de chroniques qu'il donna à la B.B.C, des conférences faites devant des publics variés (éducateurs, infirmiers, etc.). Aucun de ses livres n'a été composé comme tel, il s'agit de recueils de textes, certains ayant éventuellement été réécrits (comme pour Jeu et réalité par exemple), avec quelques parties inédites. Le livre, en tant que tel, D. Winnicott s'y est essayé et l'a laissé inachevé (La nature humaineD. Winnicott, La nature humaine, Paris, Gallimard, 1990. ). C'est loin d'être une exception en psychanalyse. En effet, bien qu'ayant écrit des livres en tant que tels et même volumineux (L'interprétation des rêves, ''Totem et tabou, Psychopathologie de la vie quotidienne'', L'homme Moïse et le monothéisme), S. Freud est l'auteur de beaucoup de textes plus courts, regroupés ensuite. De même, le seul livre que J. Lacan ait écrit, c'est sa thèse.

Ainsi, son œuvre est de fragments qui ponctuent sur une période d'une quarantaine d'années son expérience et sa théorisation qui s'accroissent et s'affinent. Chacune de ces ponctuations, abordant un point précis de sa pensée, est formulée en fonction du public spécifique auquel D. Winnicott la destine.

Pour ce qui nous intéresse ici, nous pouvons considérer que le travail de D. Winnicott se distribue selon trois axes : Clinique: En tant que pédiatre et psychanalyste, il travaille à soigner les effets les plus pathogènes des faillites de l'environnement des personnes qu'il rencontre en consultation car sa préoccupation majeure, c'est la santé mentale de la personne. Celle-ci est « ...le résultat des soins ininterrompus qui permettent une continuité du développement affectif personnel. » (D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans ''De la pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 188).

Le développement affectif va être inlassablement théorisé, dans un va-et-vient d'avec le travail clinique. Le développement affectif, de la naissance, voire avant, jusqu'à la vieillesse car :

« En fait, la plupart des processus qui prennent naissance au premier âge ne sont jamais complètement établis et la croissance qui se poursuit tout au long de l'enfance au cours de la vie adulte et même de la vieillesse, continue à les fortifier. » (D. Winnicott, « L'enfant en bonne santé et l'enfant en période de crise : quelques propos sur les soins requis » , dans Processus de maturation chez l'enfant, Paris, Payot, 1970, p. 25.) . Théorique : Il va préciser, affiner, les caractéristiques de ce qu'il appelle « l'environnement », de ce qui le rend convenablement bon ou non ainsi que les conséquences de telle ou telle de ses faillites, c'est-à-dire lorsqu'il n'a pas été convenablement bon, du point de vue de l'enfant. Il va également décrire l'ensemble des processus à l'œuvre dans le développement de l'enfant qui l'amènent progressivement vers l'état d'une personne indépendante ayant le sentiment d'être réelle et « ... que la vie vaut la peine d'être vécue. » (D. Winnicott, Jeu et réalité, op.cit., p. 91.). Parmi ses importantes contributions à la théorie, on peut souligner le dégagement des phénomènes transitionnels, à l'origine de l'espace potentiel, lieu de la créativité et de l'expérience culturelle, c'est-à-dire en fin de compte, le lieu qui signe l'humanité de l'humain.

 

Prophylactique : Tout au long de sa carrière, Winnicott n'a cessé de diffuser des idées : à ses collègues, à toutes les personnes travaillant auprès d'enfants, afin de prévenir les faillites pathogènes de l'environnement dont il peut observer les conséquences dans son activité clinique. Il s'agit d'une action lucide et délibérée. D. Winnicott semble avoir toujours était soucieux d'élargir le plus possible le champ d'intervention de la psychothérapie. Il fait à plusieurs reprises allusion à des « cas » soignés par l'intermédiaire des parents parce qu'il n'était pas possible à l'enfant de suivre une thérapie (habitant trop loin, celle-ci étant trop chère...). Comme il le rappelle : « Il ne faut pas oublier qu'il n'y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d'être soignés. Ainsi, diffuser ses idées participe d'une volonté de réduire le nombre de personnes ayant besoin de psychothérapie, d'apporter sa contribution personnelle à la société.

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Éléments de théorie

Présentation

Soit un nouveau-né sans troubles physiques, ni neurologiques. Il possède une tendance innée à se développer jusqu'à devenir une personne totale, créatrice, qui croit en la vie. Pour que cette tendance puisse s'exprimer, il est nécessaire et suffisant que l'environnement dans lequel va évoluer, grandir et se développer le nouveau-né se montre convenablement bon, de son point de vue à lui.

Durant la période post-natale, l'unité, ce n'est pas le bébé, mais l'ensemble « individu-environnement » (D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans ''De la pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 190.) C'est la mère de l'enfant qui est la mieux à même de lui fournir un environnement convenablement bon. À ce stade, le terme « mère » est équivalent à « environnement » et englobe donc le père si celui-ci s'occupe du nouveau-néLe père intervient de deux manières : en tant que mère, lorsqu'il s'occupe du nouveau-né et également en préservant la mère et l'enfant de ce qui pourrait venir s'immiscer entre les deux. Pour que la mère soit effectivement capable de fournir une telle chose, il est nécessaire qu'elle ait pu et puisse toujours bénéficier elle-même d'un environnement d'une certaine qualité,

« Pour remplir ce rôle, il faut que sa relation avec le père du bébé et aussi sa relation avec sa famille et les cercles de plus en plus étendus qui entourent sa famille et constituent la société donnent à la mère le sentiment de sécurité, le sentiment d'être aimée. » (D. Winnicott, « La première année de la vie », dans ''De la pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 310.)

Au cours de la grossesse, elle acquiert la capacité (la « préoccupation maternelle primaire ») de se dévouer totalement à son futur nouveau - né, capacité qu'elle perdra ensuite progressivement, à la mesure du développement du bébé.

« Au début, le fœtus et le nourrisson dépendent entièrement de ce que leur offre la mère vivante, qu'il s'agisse de son utérus ou de ses soins maternels. » (D. Winnicott, « Le passage de la dépendance à l'indépendance dans le développement de l'individu », dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit. p. 45.)

Sous réserves des conditions sus-décrites, la tendance à se développer suivra les caractéristiques suivantes. Ce sont différents processus contemporains les uns des autres, bien évidemment liés entre eux, mais ayant leur propre temporalité.

D'un état où le bébé n'a même pas conscience d'être dépendant (ce que D. Winnicott appelle la dépendance absolue ou bien la double dépendance), celui-ci va ensuite connaître une situation de dépendance, dont il a conscience pour aboutir, ou plutôt tendre vers l'indépendance.

Au départ, l'environnement doit manifester une adaptation parfaite telle que le nourrisson soit soutenu dans son développement, que son « sentiment continu d'exister » soit préservé. Des empiétements ou des faillites de la part de son environnement forceraient le nourrisson à réagir, et non plus à agir, ce qui briserait sa continuité d'existence. À la dépendance absolue, « ...tout se ramène à une question essentielle : l'envahissement ou le non-envahissement de la vie du nourrisson... » (Ibid., p. 47.). L'environnement doit être comme l'air que le bébé respire : ce dernier ne s'aperçoit pas que l'air est là, mais qu'il vienne à manquer...

Pendant cette période de dépendance absolue, la mère montre une adaptation très sensible aux besoins du bébé qui fait alors l'expérience (illusoire) de l'omnipotence.

Progressivement, le bébé prend la mesure de sa dépendance et acquiert la capacité de faire savoir à son environnement lorsqu'il a besoin de lui. Cette progressive acquisition de l'indépendance n'est pas monotone, au sens mathématique, les mêmes dépendances sont surmontées plusieurs fois, réapparaissent, c'est un progrès « chaotique ».

L'adaptation de l'environnement, la mère, cesse d'être exactement adaptée à la mesure que se développe les capacités de l'enfant d'y suppléer.

Selon le même schéma « chaotique », c'est vers l'âge d'un an qu'il y a intégration de la personnalité qui reste partielle, précaire, en devenir. Cette intégration se fait à partir d'un état non-intégré. « Au début, le nourrisson est fait de perceptions sensorielles et d'un certain nombre de phases de motricité. » (D. Winnicott, « La première année de la vie », dans ''De la pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 313.)

Cet état de non-intégration, le bébé peut le retrouver lorsqu'il est au repos, sans angoisse ni frayeur. Si l'environnement est convenable, et soutient le bébé, l'ensemble de ces sensations va peu à peu s'intégrer en une unité.

C'est le développement de l'intellect qui permet la progressive désadaptation de l'environnement, dans le sens que le bébé compense alors par sa compréhension ce qui serait sinon vécu comme une adaptation insuffisante. Par exemple, le bébé a faim, il ne mange pas encore mais il entend sa mère s'y apprêter, et il sait que c'est le début du repas ; plus jeune, il n'aurait pas été capable de comprendre et aurait vécu cette attente comme une faillite.

D'autres étapes sont franchies, et, progressivement, « ...l'enfant devient capable de vivre une existence personnelle satisfaisante alors qu'il s'engage dans les affaires de la société. » (D. Winnicott, « Le passage de la dépendance à l'indépendance dans le développement de l'individu », dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit., p. 54.)

Parmi tout ce qu'a observé et théorisé D. Winnicott, il est nécessaire maintenant de s'attarder sur deux de ses contributions les plus importantes (avec la prise en compte de l'environnement), qui ont trait aux : phénomènes transitionnels, vrai self et faux self.

Phénomènes transitionnels

Définition

Le complexe d'activités appelé phénomène transitionnel, désigne l'expérience du bébé lorsque, dans son développement, il commence à intégrer des objets « autre-que-moi » à ses activités « main-bouche ». Il est à la base des activités de penser et de fantasmer.

Le phénomène transitionnel désigne :

« ...l'aire d'expérience qui est intermédiaire entre le pouce et l'ours, entre l'érotisme orale et la relation objectale vraie, entre l'activité créatrice primaire et la projection de ce qui a déjà été introjecté, entre l'ignorance primaire de la dette et la reconnaissance de celle-ci. » (D. Winnicott, « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels », dans ''De la pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 170.).

De l'ensemble des phénomènes transitionnels, l'enfant extrait parfois un fragment particulier avec lequel il aura un rapport électif, c'est l'objet transitionnel. Il faut souligner que c'est bien moins l'objet en lui-même qui importe que son usage. Il peut s'agir d'un bout de tissu, comme d'une petite mélodie, comme de la mère elle-même.

D. Winnicott présente les particularités de la relation de l'enfant avec cet objet :

  1. L'enfant s'arroge des droits sur l'objet et nous sommes d'accord pour cette prise de possession. Néanmoins, dès le début, on note une certaine annulation de la toute-puissance.
  2. L'objet est affectueusement câliné, il est aussi aimé avec passion et mutilé.
  3. L'objet ne doit jamais changer à moins que ce ne soit l'enfant lui- même qui le modifie.
  4. L'objet doit survivre à l'amour instinctuel et aussi à la haine, et si c'est le cas, à l'agressivité pure.
  5. Pourtant, il faut que, pour l'enfant, l'objet paraisse communiquer de la chaleur, ou être capable de mouvement, ou avoir une certaine texture, ou pouvoir faire quelque chose qui témoignerait d'une vitalité ou d'une réalité qui lui serait propre.
  6. De notre point de vue, l'objet vient de l'extérieur, mais il n'en est pas de même du point de vue de l'enfant. Pour lui, il ne vient pas non plus du dedans ;ce n'est pas une hallucination.
  7. Cet objet est voué au désinvestissement progressif, de sorte qu'avec les années il n'est pas tant oublié que relégué dans les limbes. J'entends par là qu'au cours du développement normal, l'objet transitionnel n'entre pas « dedans » (go inside) et que le sentiment qui s'y rapporte n'est pas nécessairement refoulé. Il n'est pas oublié, et on ne porte pas son deuil. Il perd sa signification, et ce, parce que les phénomènes transitionnels sont devenus diffus, se sont répandus sur tout le territoire intermédiaire qui se situe entre « la réalité psychique intérieure » et le « monde extérieur dans la perception commun à deux personnes »; autrement dit, parce qu'ils recouvrent tout le domaine de la culture. »Ibid., p. 174..

Genèse des phénomènes transitionnels

Au départ, la mère suffisamment bonne...

« ...commence par s'adapter presque totalement aux besoins de l'enfant ; à mesure que le temps passe, progressivement elle s'adapte de moins en moins étroitement, suivante la capacité croissante qu'acquiert l'enfant de s'accommoder de cette défaillance maternelle. »Ibid., p. 180..

Lorsque l'enfant commence à avoir faim, la mère s'en aperçoit et lui propose le sein. Le bébé a alors l'illusion que c'est précisément ça qu'il lui fallait et qu'il l'a lui-même créé. Le sein est à la fois créé et trouvé, ce qui donne à l'enfant « ...l'illusion qu'il existe une réalité extérieure qui correspond à sa propre capacité de créer. »Ibid., p. 182.. Progressivement, la mère s'adapte moins parfaitement, devient défaillante, à mesure que l'enfant devient capable de le supporter. L'inadaptation progressive de l'environnement et la frustration qui en résulte lui permettent de faire l'expérience de la réalité : « L'expérience de la frustration rend les objets réels, c'est-à-dire, aussi bien haïs qu'aimés. »Ibid., p. 180..

C'est dans ce contexte que vont pouvoir apparaître et se développer les phénomènes transitionnels.

Il s'agit de phénomènes qui n'appartiennent ni à la réalité intérieure ni à la réalité extérieure, c'est une des raisons pour lesquelles ils sont qualifiés de transitionnels. On pourrait dire en même temps qu'ils appartiennent en même temps à la réalité extérieure et à la réalité intérieure et que c'est justement pour cela qu'ils n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre. N'appartenant ni à l'une ni à l'autre et aux deux à la fois, personne ne pose la question de leur réalité.

« L'objet et les phénomènes transitionnels donnent dès le départ à chaque individu quelque chose qui restera toujours important pour lui, à savoir une aire d'expérience neutre qui ne sera pas contestée. » (Ibid., p. 183.).

Le bébé dont la mère aura été « convenablement bonne », fera l'expérience, illusoire, de l'omnipotence, et par la suite des phénomènes transitionnels. Dans cette aire intermédiaire d'expérience se situera progressivement ce qui « ...est éprouvé intensément dans le domaine des arts, de la religion, de la vie et de son imaginaire, de la création scientifique. »Ibid., p. 186.. C'est également dans cette aire que peut être relâchée la tension suscitée par l'acceptation de la réalité extérieure, qui « ...est une tâche inachevée... », dans sa mise en rapport avec la réalité intérieure.

L'enfant, en grandissant, saura que la vie vaut la peine d'être vécue et aura un mode de vie créatif qui est :

« ...la coloration de toute une attitude face à la réalité extérieure [...] il s'agit avant tout d'un mode créatif de perception qui donne à l'individu le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue ; ce qui s'oppose à un tel mode de perception, c'est une relation de complaisance soumise envers la réalité extérieure : le monde et tous ses éléments sont alors reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut s'ajuster et s'adapter. La soumission entraîne chez l'individu un sentiment de futilité, associé à l'idée que rien n'a d'importance. Ce peut être même un réel supplice pour certains êtres que d'avoir fait l'expérience d'une vie créative juste assez pour s'apercevoir que, la plupart du temps, ils vivent de manière non créative, comme s'ils étaient pris dans la créativité de quelqu'un d'autre ou dans celle d'une machine.

Cette seconde manière de vivre dans le monde doit être tenue pour une maladie, au sens psychiatrique du terme. » (D. Winnicott, Jeu et réalité, op. cit., pp. 91-92.).

La créativité peut être détruite si la personne est contrainte de vivre dans des conditions particulièrement difficiles. Par exemple, chez les personnes ayant vécu dans les camps de concentrations ou sous des régimes totalitaires.

« ...quelques-unes de ces victimes parviennent à rester créatives et, bien entendu, ce sont elles qui souffrent. Tout se passe comme si tous les autres, ceux qui continuent d'exister (mais ne vivent pas) dans de telles communautés pathologiques, avaient si totalement renoncé à tout espoir qu'ils ne souffrent plus ; sans doute ont-ils perdu ce qui faisait d'eux des êtres humains : ils ne peuvent plus voir le monde de manière créative. » (Ibid., pp. 95-96.).

L'opposition entre les deux modes de vie découle de la relation entre le vrai self et le faux self, entre avoir le sentiment d'être vivant, de croire en la vie et la voir de manière créative d'une part, et d'entretenir une relation de soumission complaisante, sans créativité, avec son environnement d'autre part.

Vrai self, faux self

À la mesure des capacités de l'enfant qui progressent, la mère cesse d'être parfaite. Des inadaptations se produisent, progressivement, mais qui sont en partie rattrapées, compensées par les capacités intellectuelles grandissantes de l'enfant.

L'enfant fait tout d'abord l'expérience illusoire de l'omnipotence. En effet, sa mère s'adapte parfaitement à lui. Lorsque surviennent une tension ou un besoin, la mère fournit au nourrisson de quoi le soulager. Ce dernier a alors l'illusion d'avoir créé, précisément lorsqu'il en avait besoin, ce qui allait le satisfaire. Il prend ainsi confiance en une réalité extérieure dans laquelle se trouvent les moyens de répondre à ses besoins. Le monde vaut la peine d'être connu et la vie vaut la peine d'être vécue puisque (à ce stade), ils répondent à ses besoins, ils participent magiquement à son bien-être.

On peut dire qu'après qu'elle se soit activement adaptée à assurer un environnement parfait, la mère « good enough » s'adapte activement à assurer un environnement imparfait, mais pas trop, l'imperfection progressant en fonction des capacités croissantes de l'enfant. C'est - à - dire que, après avoir appris que, dans le monde, il existe de quoi rendre la vie le coup d'être vécue, le bébé apprend la réalité : la vie vaut la peine d'être vécue, mais tout ne survient pas magiquement dès qu'on le désire.

Origine du vrai self et du faux self

L'origine du faux self se situe a une période alors que le bébé ne différencie pas encore « moi » et « non-moi » et qu'il est la plupart du temps non intégré, et lorsqu'il y est, il n'y est jamais complètement. Il arrive parfois qu'alors, le bébé esquisse un geste spontané (qui « ...exprime une pulsion spontanée... » (D. Winnicott, « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux » self « », dans ''Processus de maturation chez l'enfant'', op. cit., p. 121.)), celui-ci manifeste qu'existe un vrai self, potentiel. Selon la manière qu'a la mère de jouer son rôle, elle favorisera l'établissement du vrai self ou, au contraire, du faux self.

Le vrai self

Si la mère répond à ce qui se manifeste comme l'expression de l'omnipotence du nourrisson, à chaque occasion, elle lui donne une signification et participe à l'établissement du vrai self. On peut dire aussi, qu'ainsi, elle permet à son bébé de faire l'expérience de l'illusion, de l'omnipotence. Cette expérience de l'illusion, qui a comme condition de possibilité l'adaptation active de la mère, est le préalable à l'expérience des phénomènes transitionnels, d'où s'origine la créativité.

Le vrai self est défini comme :

« ...position théorique d'où provient le geste spontané et l'idée personnelle. Le geste spontané est le vrai « self » en action. Seul le vrai « self » peut être créateur et seul le vrai « self » peut être ressenti comme réel. » (Ibid., pp. 125-126.).

C'est celui-ci dont D. Winnicott se préoccupe en séance, qu'il vise. Seul le vrai self est à même de faire l'expérience de l'espace potentiel. C'est dans celui-ci qu'il est possible de jouer (playing), ce qui, pour D. Winnicott, correspond à la santé et qui se développe jusqu'à englober toute l'aire culturelle, toute activité créatrice. Le faux self

Si, au contraire, la mère est incapable de répondre à cette manifestation, elle substitue au geste spontané du bébé le sien, auquel ce dernier est alors contraint de se soumettre. Cette situation maintes fois répétée participe à ce qu'un faux self se développe.

« Il y a séduction du nourrisson qui en vient à se soumettre et un faux « self » soumis réagit aux exigences de l'environnement que le nourrisson semble accepter. »(Ibid., p. 123.).

L'enfant, au lieu de pouvoir faire l'expérience de l'action libre et spontanée qui trouve un écho dans la réalité extérieure est contraint à la réaction. L'environnement le détermine. En grandissant, il s'adapte et peut ressembler à la personne qui occupe alors le premier plan. On comprend que l'expérience des phénomènes transitionnels, puis de toute expérience créative, soit compromise. En effet, ceux-ci s'originent d'un complexe d'activités [geste spontané - fragment de la réalité extérieure]. En s'adaptant, le nourrisson ne peut alors pas faire l'expérience des phénomènes transitionnels, puisqu'il s'est constitué en s'adaptant à son environnement. Ne faisant pas, ou trop peu l'expérience illusoire de l'omnipotence, le bébé ne pourra pas connaître l'aire intermédiaire, lieu de la créativité.

Il convient de garder à l'esprit que « Le faux self a une fonction positive très importante : dissimuler le vrai « self », ce qu'il fait en se soumettant aux exigences de l'environnement. » (Ibid., p. 124.).

Le faux self

Le faux self a une fonction d'adaptation et de protection du vrai self. Ce qui compte c'est le rapport entre les deux. Il ne s'agit pas de l'opposition normal / pathologique. Ce sont plutôt les rapports entre les deux qui peuvent indiquer un état pathologique, lorsqu'une scission s'est instaurée.

D. Winnicott distingue cinq degrés d'organisation du faux self :

  1. À l'extrême, c'est le faux self que l'on prend pour la personne, le vrai self étant dissimulé. Cependant, il manque au faux self « ...quelque chose d'essentiel. » (Ibid., p. 121.).
  2. Le faux self protège le vrai self qui reste virtuel. C'est « ...l'exemple le plus clair d'une maladie clinique organisée dans un but positif : la préservation de l'individu en dépit des conditions anormales de l'environnement. » (Ibid.).
  3. Plus proche de la santé, le faux self prend en charge la recherche des conditions qui permettront au vrai self de « recouvrer son bien » (Ibid.).
  4. Encore plus proche de la santé, le faux self « ...s'établit sur la base d'identifications... »(Ibid.).
  5. Chez une personne en bonne santé, le faux self est constitué de ce qui organise « ...une attitude sociale polie, de bonnes manières et une certaine réserve. » (Ibid.).

Dans le cas d'un faux self établi chez une personne avec un potentiel intellectuel important, l'esprit tend à devenir le siège du faux self. On peut ainsi observer des réussites scolaires brillantes qui sont l'œuvre de faux selfs. La souffrance de l'individu, pour être difficile à croire, n'en est pas moins réelle. Il est possible même qu'elle s'accroisse à la mesure de la réussite académique et sociale, avec un sentiment de « fausseté ». Il arrive un moment, inévitable, où ces personnes alors se détruisent.

Ce point, que D. Winnicott rappelle à plusieurs reprises est difficile à comprendre puisque, par ailleurs, il affirme qu'une caractéristique du faux self est une faible capacité à employer des symboles. Pourrait-il y avoir des personnes avec un intellect brillant, réussissant un parcours académique brillant, tout en ne pouvant que faiblement employer des symboles et en ayant une vie culturelle pauvre ? Ou bien, peut-être s'agit-il de plusieurs modalités d'organisations possibles d'un faux self. Par ailleurs, une grande intelligence permettrait de compenser beaucoup de faillite de l'environnement et ainsi, même dans un environnement assez peu convenable, d'assurer un développement affectif satisfaisant. Une piste de réponse se trouve peut-être dans La nature humaine où il écrit :

« Le clinicien a affaire à l'enfant dont l'intellect est mû par l'angoisse et sursollicité, ce qui, là encore, est le résultat d'un trouble émotionnel (menace de confusion), et dont le Q.I. élevé chute lorsque -résultat de la psychothérapie ou modification contrôlée et réussie de l'environnement-, la peur du chaos qui était imminente, recule. » (D. Winnicott, La nature humaine, op. cit., p. 26.).

Dans une conférence, il indique de plus que lorsque l'environnement n'est pas suffisamment adapté,

« Le bébé survit au moyen de l'esprit. La mère exploite le pouvoir du bébé de penser à des choses, de les colliger, et de les comprendre. Si le bébé possède un bon dispositif mental, cette pensée devient un substitut pour les soins et l'adaptation de la mère. Le bébé « se materne » lui-même au moyen de la compréhension, c'est-à-dire en comprenant trop. Il s'agit d'un cas typique de « Cogito, ergo dans mea potestate sum » (je pense, donc je suis en possession de mon pouvoir). A l'extrême, l'esprit et la pensée ont permis au bébé, qui maintenant grandit et suit le modèle développemental, de se passer de l'aspect le plus important de soins maternels dont tous les bébés ont besoin, à savoir la fiabilité et l'adaptation [de la mère] aux besoins fondamentaux. »Introductory Lecture for « New Light on Children's Thinking » (conférence au Devon Center for Further Education), cité dans ''Winnicott, Introduction à son œuvre'', M. Davis & D. Wallbridge, op. cit., p. 96. .

Ainsi D. Winnicott envisage qu'une grande intelligence puisse résulter de l'environnement. Il y aurait au moins deux types de faux self, certains ne pouvant que faiblement employer des symboles et d'autres avec une grande intelligence, résultat d'une sursollicitation du cerveau afin de compenser les trop importants défauts de l'environnement. Par suite, il y aurait au moins deux types d'intelligence : saine ou bien pathologique.

Si une organisation de faux self se met en place très tôt dans la vie, il convient de garder à l'esprit que sa relation d'avec le vrai self est susceptible d'évoluer, notamment en fonction de l'environnement de la personne considérée et des soins adaptés qu'elle reçoit ou non. Ainsi, le travail thérapeutique de D. Winnicott qui visait, en premier lieu, à établir un contact avec le vrai self de son patient. Dans un autre cadre, celui d'un établissement sanitaire, le psychiatre P. Charazac, s'appuyant sur les travaux de D. Winnicott, montre que la vie en établissement (dans son cas pour personnes âgées) peut conduire au renforcement du faux self des personnes accueillies. Ainsi, alors que leur état de santé s'aggrave, ces personnes, du fait même de leur bonne adaptation (une des principales caractéristiques d'un faux self), sont au contraire considérées comme se portant bien (P. Charazac, « Sur le renforcement tardif du faux self chez certains vieillards », dans ''Psychanalyse à l'université'', Paris, n° 67, 1992). Quand à D. Winnicott : « La créativité chez l'individu est détruite par des facteurs de l'environnement intervenant tardivement dans la croissance personnelle. » (dans Jeu et réalité, op. cit., p. 96)..

Remarques

Quant à la « plate-forme philosophique » de D. Winnicott

D. Winnicott (comme les autres membres du « middle group ») s'inscrit dans la tradition philosophique britannique de l'empirisme, ce qui n'a pas été sans conséquence, tant sur sa démarche que dans ses avancées théoriques.

On pourrait relier la grande inventivité clinique de ces psychanalystes à l'importance de l'expérimentation dans la tradition empiriste (« Les empiristes ne sont pas des théoriciens, ce sont des expérimentateurs. » G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1977, p. 69. ), à l'attention portée aux questions de l'environnement précoce du nourrisson.

De même, on pourrait penser que la logique de relations complexes souvent présente chez les « Indépendants » découle de « La » question des empiristes, à savoir, précisément, la question des relations (G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, op. cit., p. 69.). Il ne s'agit pas bien sûr des mêmes relations. Cependant il est permis de supposer que les héritiers d'une philosophie attentive, non seulement aux termes mais avant à leur relation, soient, dans leur effort de théorisation, également attentifs aux relations.

Quant à la forme « topologique » qu'a pris la découverte de D. Winnicott des phénomènes transitionnels, à savoir celle d'un « espace potentiel », lieu de la fantaisie et de la créativité, on peut le rapprocher de ce que, notamment pour Hume, l'imagination est moins une faculté qu'un lieu (G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, Paris, P.U.F., 1953, p. 3.).

On ne peut, par ailleurs, négliger l'importance qu'a eu, pour D. Winnicott, la lecture de C. Darwin dont la théorie repose sur un jeu d'interactions individu / milieu / espèce dans lequel la question de l'adéquation entre le milieu et l'individu est centrale (l'adaptation).

Quant aux concepts de vrai self et de faux self

Bien qu'il ne s'agisse pas ici d'un mémoire de psychanalyse, il est à préciser que, d'un point de vue de la théorie psychanalytique, les propositions de vrai self et de faux self de D. Winnicott ne sont pas acceptées sans réserves. Le premier obstacle, pour les français tout au moins, tient à la référence au « self », au « soi », qui est étranger à la théorie française. J.-B. Pontalis (J.-B. Pontalis, « Naissance et reconnaissance du soi », dans Entre le rêve et la douleur, op. cit.) a bien montré que la difficulté peut être située au niveau culturel lui-même.

Une discussion du point de vue théorique dépasserait le propos. Notons simplement que pour D. Winnicott lui-même, la différence entre « moi » et « soi » (self) n'était pas assurée, cependant il tenait à cette distinction, déclarant que l'utilisation du terme « self » concernait directement le fait de vivre.

Quand à la distinction du vrai self et du faux self, J.-B. Pontalis comme M. Mannoni (M. Mannoni, La théorie comme fiction, op. cit., p. 63) sont très réservés quant à sa validité théorique, mais en reconnaissent la justesse et la nécessité d'un point de vue clinique.

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