Donald Winnicott Article, Signification, Explication
Donald Woods Winnicott (1896 à Plymouth, Angleterre)- 28 janvier 1971) était un médecin, pédiatre et psychanalyste anglais.
Outre une pratique clinique enthousiaste de son métier dont il témoigne dans de nombreux ouvrages, on doit également à Winnicott d'importantes notions telles que celle d'objet transitionnel.
| Table of contents |
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2 Œuvre de Winnicott 3 Éléments de théorie |
D. Winnicott est né en Angleterre, dans le Devon, en
1896, dans une famille de la bourgeoisie britannique,
« ...avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, à une époque où les gens croyaient
profondément que les choses continueraient à progresser
dans la mesure où les hommes deviendraient de plus en
plus éclairés. » M. Davis & D. Wallbridge, ''Winnicott, Introduction à son
œuvre'', Paris, P.U.F., 1992, p.13.
.
Son père, Sir Fréderick Winnicott, est le maire de
Plymouth. Il grandit dans un foyer stable et heureux, «
... adoré de ses parents et de ses deux sœurs aînées. » M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La
consultation thérapeutique et l'enfant'', Paris,
Gallimard, 1971, p. XXXIII.
. Son choix de devenir médecin est très lié à son
tempérament particulièrement indépendant. C'est
notamment à la suite d'une fracture qui le rend
dépendant d'autres personnes qu'il se décide
définitivement pour cette profession :
« Je ne pouvais pas imaginer que, pendant tout le reste
de ma vie, je serais obligé de dépendre des médecins,
au cas où je me blesserais ou tomberais malade. Le
meilleur moyen de m'en tirer, c'était de devenir
médecin moi-même. » D. Winnicott, cité dans M. Davis & D. Wallbridge,
Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 19.
.
Athlète remarquable (ce sont les bouleversements dus Ã
la Première Guerre mondiale qui l'empêchent d'atteindre
un niveau olympique. M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La
consultation thérapeutique et l'enfant'', op. cit., p. XXXIII), élève brillant, il fait donc médecine. Pendant la
guerre, il est chirurgien-stagiaire
sur un destroyer. La physiologie, qu'il étudie, le
déçoit, il la trouve froide, éliminant les émotions. Il
s'oriente finalement vers la pédiatrie qui lui permet «
... de traiter l'individu entier et de situer l'enfant
dans le contexte familial et social. » (D. Winnicott, « The Association for Child Psychology and Psychiatry Observed as a Group Phenomenon (President's Address) », cité dans M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 20).
Nouvellement diplômé et déjà conscient des limites et
des impasses d'une approche purement médicale
(c'est-Ã -dire qui ne prend en compte que le physique), D.
Winnicott découvre l'œuvre de S. Freud qui lui semble
permettre de les franchir. Il débute sa formation
d'analyste en 1923, en même temps qu'il commence Ã
tenir des consultations en pédiatrie. De nouveau des
limites se présentent : à l'époque, la psychanalyse
s'adresse à des adultes cultivés et non pas à des enfants.
Il s'agit d'un moment particulier dans l'histoire de la
psychanalyse, notamment en Angleterre, et la
psychanalyse d'enfants n'en est qu'Ã ses balbutiements. S.
Freud ne s'y est guère intéressé. La seule psychanalyse
de l'œuvre freudienne est celle du « petit Hans », que S.
Freud n'a pas rencontré. Le « petit Hans » a été analysé
par son père, qui, lui, échangeait avec S. Freud. Le
champ d'investigations a été laissé à sa fille Anna Freud, institutrice de formation. Elle publie en 1927
Le traitement psychanalytique des enfants et poursuit
dans cette voie en Autriche. Lorsqu'elle est contrainte
de fuir son pays en 1938, elle rejoint Londres où
travaille depuis 1925 Mélanie Klein.
Cette dernière est venue en Grande-Bretagne en 1925,
sur l'invitation de Ernst Jones, président de la Société
Britannique de Psychanalyse, et va rapidement devenir
une psychanalyste importante.
« Ses aptitudes exceptionnelles à comprendre les
fantasmes inconscients du jeune enfant en recourant Ã
des techniques de jeu saisirent l'imagination de ses
collègues britanniques [...] pendant dix ans un
dialogue authentique se poursuivit au sein de la
Société britannique, et les recherches de Melanie Klein
influencèrent la pensée de tous. » (M. Khan, « Une certaine intimité », préface à La
consultation thérapeutique et l'enfant, op. cit., p. XII).
.
Les deux femmes, parmi les premières psychanalystes de
premier plan, défrichant le terrain de la psychanalyse
des enfants, chacune figure de proue d'un groupe de
psychanalystes (les annafreudiens et les kleiniens),
vont polariser un affrontement aux enjeux théoriques et
institutionnels (influence relative des deux courants,
formation des nouveaux analystes, etc.). Le conflit avait débuté alors que aucune des deux femmes n'était en Angleterre, il s'amplifia à l'arrivée de M. Klein à Londres et atteignit son paroxysme lorsqu'à son retour A. Freud quitta le continent pour l'île. (E. Roudinesco & M. Plon, « Groupe des indépendants », dans Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, 2000, p. 514.)
.
D. Winnicott entamera sa formation avec James Strachey,
freudien, la poursuivra avec Joan Riviere, kleinienne
(elle a co-écrit avec M. Klein le livre ''L'amour et la
haine''). M. Klein elle-même participera à la formation de D.
Winnicott en tant que superviseur. Ce dernier en garda
un souvenir admiratif, M. Klein parvenant à mieux
connaître ses patients que lui-même. D. Winnicott n'a
pas été proprement kleinien. Au choix du parti et Ã
l'affrontement, il a préféré une troisième voie,
personnelle.
Ils ont été un certain nombre, en Angleterre, à ne pas
prendre parti, constituant ainsi ce qui a été nommé le
« middle group », ou groupe des « Indépendants » (E. Rayner, ''Le groupe des « Indépendants » et la psychanalyse
britannique'', Paris, P.U.F., 1994),(comprenant aussi, par exemple, le couple Balint).
S'il en est devenu la figure la plus prestigieuse, D.
Winnicott n'en est jamais devenu l'idéologue, ni le
leader. On peut remarquer que, grand parmi les grands,
il en est le seul à ne pas avoir fait école (au
contraire de S. Freud, de M. Klein ou de J. Lacan).
D. Winnicott va très rapidement suivre sa propre voie,
en présentant ses avancées comme complémentaires de
celles de S. Freud et de M. Klein et il « ... ne tarda pas
à apparaître aux analystes comme un collègue
révolutionnaire et plutôt embarrassant, ce qu'avaient
déjà pensé les pédiatres... » (M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La
consultation thérapeutique et l'enfant'', op. cit., p. XIII).
.
Il semble que l'on peut trouver chez le fondateur de la
psychanalyse les points qu'il n'a fait qu'évoquer et
que D. Winnicott a ensuite développé.
À propos du jeu et de la créativité, S. Freud écrit en
1908 :
« Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain,
dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou
plutôt arrange ce monde d'une façon qui lui plaît... Il
joue sérieusement. Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le
sérieux, mais la réalité. » (S. Freud, cité par Maud Mannoni, ''La théorie comme
fiction'', Paris, Seuil, 1979, p. 62).
.
M. Mannoni voit là le point de départ du travail de D.
Winnicott qui « ... ouvre une troisième voie à partir du
texte de Freud. » (M. Mannoni, La théorie comme fiction, op. cit., p. 62) et qui le mènera jusqu'à l'espace potentiel.
Quant à la prise en compte de l'environnement et alors
que la psychanalyse pense avant tout en termes de
conflit intra-psychique, J.-B. Pontalis suggère que D.
Winnicott s'appuie sur une note de S. Freud (où ce
dernier évoque de prendre en compte la mère) pour
développer toute sa théorie de l'environnement. Cf. la note bien connue des « Formulations concernant
les deux principes du fonctionnement psychique » (1912).
Freud s'y fait l'objection qu'une organisation
totalement régie par le principe de plaisir et ignorant
ainsi de la réalité extérieure ne pourrait subsister
pour un laps de temps, si court soit-il. Mais il
ajoute: « Le recours à une fiction de cet ordre se
justifie néanmoins si l'on considère que le petit
enfant — pour peu qu'on tienne compte aussi des soins de
sa mère — réalise, presque, en fait, un système mental
de ce type. » On pourrait dire que c'est sur ce passage
entre tirets que D. Winnicott s'appuie pour développer
sa théorie de la relation, du couplage mère-nourrisson.
« Cette chose qu'on appelle un nourrisson n'existe pas »,
a-t-il pu écrire, J.-B. Pontalis, « Naissance et
reconnaissance du » soi « », dans ''Entre le rêve et la
douleur, Paris, Gallimard'', 1977, note p. 183.
. Si on peut convenir avec J.-B. Pontalis que la théorie
du développement de D. Winnicott peut trouver sa «
légitimité freudienne », sa continuité d'avec l'œuvre
de Freud dans la note à laquelle il fait référence, il
est peu probable que D. Winnicott ait ressenti besoin
d'une « caution freudienne » pour oser avancer ses
propres élaborations.
Cependant, D. Winnicott cite lui-même cette note qui
pour lui indique que
« Freud rendait ainsi pleinement hommage au rôle joué
par les soins maternels, et on peut supposer que s'il
n'a pas abordé ce sujet, c'est qu'il ne se sentait pas
prêt à analyser ses implications. » D. Winnicott, « La théorie de la relation
parent-nourrisson », dans De la pédiatrie à la
psychanalyse, op. cit., p. 326.
.
Ce n'est pas pour trouver une légitimité quelconque
puisque ce texte a été écrit en 1960, vers la fin de sa
vie. Cela illustre simplement ce qu'il a toujours dit :
son travail est en complémentarité de celui de S. Freud.
À propos de M. Klein qui l'a précédé dans le travail
auprès de jeunes enfants mais qui n'a pas pris en
compte la mère, D. Winnicott déclare que c'est parce
qu'elle n'en était pas capable, « par tempérament » (D. Winnicott, cité par M. Mannoni, ''La théorie comme
fiction'', op. cit., p. 61.)
.
Sa théorie, qu'il a élaborée progressivement et qui est
devenue de plus en plus complexe, est directement issue
de son travail clinique. Dans un entretien avec A.
Clancier, J.-B. Pontalis remarque qu'en France, bien
souvent, un analyste crée un concept qu'il tente
ensuite d'utiliser dans sa pratique. Rien n'est plus
étranger à cette démarche que celle de D. Winnicott pour
qui « ... les faits, c'était la réalité ; les théories,
le balbutiement humain dans son effort pour saisir les
faits. » (M. Khan, « Une certaine intimité », préface à ''La
consultation thérapeutique et l'enfant'', op. cit., p. X.)
. En effet, D. Winnicott, comme l'ensemble des « Indépendants », s'inscrit dans la tradition philosophique de
l'empirisme britannique, avec parmi ses
caractéristiques le rejet de l'esprit de système.
S'il a commencé comme pédiatre et même s'il a conservé
cette activité jusque très tard, D. Winnicott est
également devenu analyste d'adultes, il a suivi des
personnes psychotiques et s'est également occupé de
jeunes placés en foyer, qui avaient été évacués de
Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. De par son
immense expérience de pédiatre, qui dura près de
quarante années, il put retrouver des patients, à l'âge
adulte, qu'il avait reçu en tant que nourrissons,
permettant une confrontation de ses intuitions et
élaborations avec la réalité d'une vie vécue.
Toute sa vie, il a communiqué ses idées, à ses
confrères pédiatres, psychanalystes, mais aussi aux
parents, aux éducateurs, aux infirmiers, aussi bien
qu'Ã des hommes de loi. Un de ses derniers textes est
un hommage à un éducateur avec lequel il travailla
pendant la Seconde Guerre mondiale.
L'œuvre de D. Winnicott est principalement composée de
courts textes, de compte-rendus de communications à des
sociétés de psychanalystes, des transcriptions de
chroniques qu'il donna à la B.B.C, des conférences
faites devant des publics variés (éducateurs,
infirmiers, etc.). Aucun de ses livres n'a été composé comme tel, il s'agit de recueils de
textes, certains ayant éventuellement été réécrits
(comme pour Jeu et réalité par exemple), avec quelques
parties inédites. Le livre, en tant que tel, D.
Winnicott s'y est essayé et l'a laissé inachevé (La
nature humaineD. Winnicott, La nature humaine, Paris, Gallimard,
1990.
). C'est loin d'être une exception en psychanalyse. En
effet, bien qu'ayant écrit des livres en tant que tels
et même volumineux (L'interprétation des rêves, ''Totem
et tabou, Psychopathologie de la vie quotidienne'',
L'homme Moïse et le monothéisme), S. Freud est l'auteur
de beaucoup de textes plus courts, regroupés ensuite.
De même, le seul livre que J. Lacan ait écrit, c'est sa thèse.
Ainsi, son œuvre est de fragments qui ponctuent sur
une période d'une quarantaine d'années son expérience
et sa théorisation qui s'accroissent et s'affinent.
Chacune de ces ponctuations, abordant un point précis
de sa pensée, est formulée en fonction du public
spécifique auquel D. Winnicott la destine.
Pour ce qui nous intéresse ici, nous pouvons considérer
que le travail de D. Winnicott se distribue selon trois
axes :
Clinique: En tant que pédiatre et psychanalyste, il
travaille à soigner les effets les plus pathogènes
des faillites de l'environnement des personnes qu'il
rencontre en consultation car sa préoccupation
majeure, c'est la santé mentale de la personne.
Celle-ci est « ...le résultat des soins ininterrompus
qui permettent une continuité du développement
affectif personnel. » (D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans ''De la
pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 188).
Le développement affectif va être inlassablement
théorisé, dans un va-et-vient d'avec le travail
clinique. Le développement affectif, de la naissance,
voire avant, jusqu'Ã la vieillesse car :
« En fait, la plupart des processus qui prennent
naissance au premier âge ne sont jamais complètement
établis et la croissance qui se poursuit tout au long
de l'enfance au cours de la vie adulte et même de la
vieillesse, continue à les fortifier. » (D. Winnicott, « L'enfant en bonne santé et l'enfant en
période de crise : quelques propos sur les soins requis »
, dans Processus de maturation chez l'enfant, Paris,
Payot, 1970, p. 25.)
.
Théorique : Il va préciser, affiner, les
caractéristiques de ce qu'il appelle « l'environnement »,
de ce qui le rend convenablement bon ou non ainsi que
les conséquences de telle ou telle de ses faillites,
c'est-à -dire lorsqu'il n'a pas été convenablement
bon, du point de vue de l'enfant. Il va également
décrire l'ensemble des processus à l'œuvre dans le
développement de l'enfant qui l'amènent
progressivement vers l'état d'une personne
indépendante ayant le sentiment d'être réelle et « ...
que la vie vaut la peine d'être vécue. » (D. Winnicott, Jeu et réalité, op.cit., p. 91.). Parmi ses
importantes contributions à la théorie, on peut
souligner le dégagement des phénomènes
transitionnels, Ã l'origine de l'espace potentiel,
lieu de la créativité et de l'expérience culturelle,
c'est-Ã -dire en fin de compte, le lieu qui signe
l'humanité de l'humain.
Lire la suite de l'article.
Durant la période post-natale, l'unité, ce n'est pas le
bébé, mais l'ensemble « individu-environnement » (D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans ''De la
pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 190.)
C'est la mère de l'enfant qui est la mieux à même de
lui fournir un environnement convenablement bon. À ce
stade, le terme « mère » est équivalent à « environnement » et
englobe donc le père si celui-ci s'occupe du nouveau-néLe père intervient de deux manières : en tant que mère,
lorsqu'il s'occupe du nouveau-né et également en
préservant la mère et l'enfant de ce qui pourrait venir
s'immiscer entre les deux.
Pour que la mère soit effectivement capable de
fournir une telle chose, il est nécessaire qu'elle ait
pu et puisse toujours bénéficier elle-même d'un
environnement d'une certaine qualité,
« Pour remplir ce rôle, il faut que sa relation avec le
père du bébé et aussi sa relation avec sa famille et
les cercles de plus en plus étendus qui entourent sa
famille et constituent la société donnent à la mère le
sentiment de sécurité, le sentiment d'être aimée. » (D. Winnicott, « La première année de la vie », dans ''De la
pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 310.)
Au cours de la grossesse, elle acquiert la capacité (la
« préoccupation maternelle primaire ») de se dévouer
totalement à son futur nouveau - né, capacité qu'elle
perdra ensuite progressivement, Ã la mesure du
développement du bébé.
« Au début, le fœtus et le nourrisson dépendent
entièrement de ce que leur offre la mère vivante, qu'il
s'agisse de son utérus ou de ses soins maternels. » (D. Winnicott, « Le passage de la dépendance Ã
l'indépendance dans le développement de l'individu »,
dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit. p. 45.)
Sous réserves des conditions sus-décrites, la tendance
à se développer suivra les caractéristiques suivantes.
Ce sont différents processus contemporains les uns des
autres, bien évidemment liés entre eux, mais ayant leur
propre temporalité.
D'un état où le bébé n'a même pas conscience d'être
dépendant (ce que D. Winnicott appelle la dépendance
absolue ou bien la double dépendance), celui-ci va
ensuite connaître une situation de dépendance, dont il
a conscience pour aboutir, ou plutôt tendre vers l'indépendance.
Au départ, l'environnement doit manifester une
adaptation parfaite telle que le nourrisson soit
soutenu dans son développement, que son « sentiment
continu d'exister » soit préservé. Des empiétements ou
des faillites de la part de son environnement
forceraient le nourrisson à réagir, et non plus à agir,
ce qui briserait sa continuité d'existence. À la
dépendance absolue, « ...tout se ramène à une question
essentielle : l'envahissement ou le non-envahissement
de la vie du nourrisson... » (Ibid., p. 47.). L'environnement doit être
comme l'air que le bébé respire : ce dernier ne
s'aperçoit pas que l'air est là , mais qu'il vienne à manquer...
Pendant cette période de dépendance absolue, la mère
montre une adaptation très sensible aux besoins du bébé
qui fait alors l'expérience (illusoire) de l'omnipotence.
Progressivement, le bébé prend la mesure de sa
dépendance et acquiert la capacité de faire savoir Ã
son environnement lorsqu'il a besoin de lui. Cette
progressive acquisition de l'indépendance n'est pas
monotone, au sens mathématique, les mêmes dépendances
sont surmontées plusieurs fois, réapparaissent, c'est
un progrès « chaotique ».
L'adaptation de l'environnement, la mère, cesse d'être
exactement adaptée à la mesure que se développe les
capacités de l'enfant d'y suppléer.
Selon le même schéma « chaotique », c'est vers l'âge
d'un an qu'il y a intégration de la personnalité qui
reste partielle, précaire, en devenir. Cette
intégration se fait à partir d'un état non-intégré. « Au
début, le nourrisson est fait de perceptions
sensorielles et d'un certain nombre de phases de motricité. » (D. Winnicott, « La première année de la vie », dans ''De la
pédiatrie à la psychanalyse'', op. cit., p. 313.)
Cet état de non-intégration, le bébé peut le retrouver
lorsqu'il est au repos, sans angoisse ni frayeur. Si
l'environnement est convenable, et soutient le bébé,
l'ensemble de ces sensations va peu à peu s'intégrer en
une unité.
C'est le développement de l'intellect qui permet la
progressive désadaptation de l'environnement, dans le
sens que le bébé compense alors par sa compréhension ce
qui serait sinon vécu comme une adaptation
insuffisante. Par exemple, le bébé a faim, il ne mange
pas encore mais il entend sa mère s'y apprêter, et il
sait que c'est le début du repas ; plus jeune, il
n'aurait pas été capable de comprendre et aurait vécu
cette attente comme une faillite.
D'autres étapes sont franchies, et, progressivement, «
...l'enfant devient capable de vivre une existence
personnelle satisfaisante alors qu'il s'engage dans les
affaires de la société. » (D. Winnicott, « Le passage de la dépendance Ã
l'indépendance dans le développement de l'individu »,
dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit.,
p. 54.)
Parmi tout ce qu'a observé et théorisé D. Winnicott, il
est nécessaire maintenant de s'attarder sur deux de ses
contributions les plus importantes (avec la prise en
compte de l'environnement), qui ont trait aux :
phénomènes transitionnels,
vrai self et faux self.
Le phénomène transitionnel désigne :
« ...l'aire d'expérience qui est intermédiaire entre le
pouce et l'ours, entre l'érotisme orale et la relation
objectale vraie, entre l'activité créatrice primaire et
la projection de ce qui a déjà été introjecté, entre
l'ignorance primaire de la dette et la reconnaissance
de celle-ci. » (D. Winnicott, « Objets transitionnels et phénomènes
transitionnels », dans ''De la pédiatrie à la
psychanalyse'', op. cit., p. 170.).
De l'ensemble des phénomènes transitionnels, l'enfant
extrait parfois un fragment particulier avec lequel il
aura un rapport électif, c'est l'objet transitionnel.
Il faut souligner que c'est bien moins l'objet en
lui-même qui importe que son usage. Il peut s'agir d'un
bout de tissu, comme d'une petite mélodie, comme de la
mère elle-même.
D. Winnicott présente les particularités de la relation
de l'enfant avec cet objet :
Au départ, la mère suffisamment bonne...
« ...commence par s'adapter presque totalement aux
besoins de l'enfant ; Ã mesure que le temps passe,
progressivement elle s'adapte de moins en moins
étroitement, suivante la capacité croissante
qu'acquiert l'enfant de s'accommoder de cette
défaillance maternelle. »Ibid., p. 180..
Lorsque l'enfant commence à avoir faim, la mère s'en
aperçoit et lui propose le sein. Le bébé a alors
l'illusion que c'est précisément ça qu'il lui fallait
et qu'il l'a lui-même créé. Le sein est à la fois créé
et trouvé, ce qui donne à l'enfant « ...l'illusion qu'il
existe une réalité extérieure qui correspond à sa
propre capacité de créer. »Ibid., p. 182.. Progressivement, la mère
s'adapte moins parfaitement, devient défaillante, Ã
mesure que l'enfant devient capable de le supporter.
L'inadaptation progressive de l'environnement et la
frustration qui en résulte lui permettent de faire
l'expérience de la réalité : « L'expérience de la
frustration rend les objets réels, c'est-à -dire, aussi
bien haïs qu'aimés. »Ibid., p. 180..
C'est dans ce contexte que vont pouvoir apparaître et
se développer les phénomènes transitionnels.
Il s'agit de phénomènes qui n'appartiennent ni à la
réalité intérieure ni à la réalité extérieure, c'est
une des raisons pour lesquelles ils sont qualifiés de
transitionnels. On pourrait dire en même temps qu'ils
appartiennent en même temps à la réalité extérieure et
à la réalité intérieure et que c'est justement pour
cela qu'ils n'appartiennent ni à l'une ni à l'autre.
N'appartenant ni à l'une ni à l'autre et aux deux à la
fois, personne ne pose la question de leur réalité.
« L'objet et les phénomènes transitionnels donnent dès
le départ à chaque individu quelque chose qui restera
toujours important pour lui, Ã savoir une aire
d'expérience neutre qui ne sera pas contestée. » (Ibid., p. 183.).
Le bébé dont la mère aura été « convenablement bonne »,
fera l'expérience, illusoire, de l'omnipotence, et par
la suite des phénomènes transitionnels. Dans cette aire
intermédiaire d'expérience se situera progressivement
ce qui « ...est éprouvé intensément dans le domaine des
arts, de la religion, de la vie et de son imaginaire,
de la création scientifique. »Ibid., p. 186.. C'est également dans
cette aire que peut être relâchée la tension suscitée
par l'acceptation de la réalité extérieure, qui « ...est
une tâche inachevée... », dans sa mise en rapport avec la
réalité intérieure.
L'enfant, en grandissant, saura que la vie vaut la
peine d'être vécue et aura un mode de vie créatif qui
est :
« ...la coloration de toute une attitude face à la
réalité extérieure [...] il s'agit avant tout d'un mode
créatif de perception qui donne à l'individu le
sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue ; ce
qui s'oppose à un tel mode de perception, c'est une
relation de complaisance soumise envers la réalité
extérieure : le monde et tous ses éléments sont alors
reconnus mais seulement comme étant ce à quoi il faut
s'ajuster et s'adapter. La soumission entraîne chez
l'individu un sentiment de futilité, associé à l'idée
que rien n'a d'importance. Ce peut être même un réel
supplice pour certains êtres que d'avoir fait
l'expérience d'une vie créative juste assez pour
s'apercevoir que, la plupart du temps, ils vivent de
manière non créative, comme s'ils étaient pris dans la
créativité de quelqu'un d'autre ou dans celle d'une machine.
Cette seconde manière de vivre dans le monde doit être
tenue pour une maladie, au sens psychiatrique du terme. » (D. Winnicott, Jeu et réalité, op. cit., pp. 91-92.).
La créativité peut être détruite si la personne est
contrainte de vivre dans des conditions
particulièrement difficiles. Par exemple, chez les
personnes ayant vécu dans les camps de concentrations
ou sous des régimes totalitaires.
« ...quelques-unes de ces victimes parviennent à rester
créatives et, bien entendu, ce sont elles qui
souffrent. Tout se passe comme si tous les autres, ceux
qui continuent d'exister (mais ne vivent pas) dans de
telles communautés pathologiques, avaient si totalement
renoncé à tout espoir qu'ils ne souffrent plus ; sans
doute ont-ils perdu ce qui faisait d'eux des êtres
humains : ils ne peuvent plus voir le monde de manière créative. » (Ibid., pp. 95-96.).
L'opposition entre les deux modes de vie découle de la
relation entre le vrai self et le faux self, entre
avoir le sentiment d'être vivant, de croire en la vie
et la voir de manière créative d'une part, et
d'entretenir une relation de soumission complaisante,
sans créativité, avec son environnement d'autre part.
À la mesure des capacités de l'enfant qui progressent,
la mère cesse d'être parfaite. Des inadaptations se
produisent, progressivement, mais qui sont en partie
rattrapées, compensées par les capacités
intellectuelles grandissantes de l'enfant.
L'enfant fait tout d'abord l'expérience illusoire de
l'omnipotence. En effet, sa mère s'adapte parfaitement
à lui. Lorsque surviennent une tension ou un besoin, la
mère fournit au nourrisson de quoi le soulager. Ce
dernier a alors l'illusion d'avoir créé, précisément
lorsqu'il en avait besoin, ce qui allait le satisfaire.
Il prend ainsi confiance en une réalité extérieure dans
laquelle se trouvent les moyens de répondre à ses
besoins. Le monde vaut la peine d'être connu et la vie
vaut la peine d'être vécue puisque (à ce stade), ils
répondent à ses besoins, ils participent magiquement Ã
son bien-être.
On peut dire qu'après qu'elle se soit activement
adaptée à assurer un environnement parfait, la mère «
good enough » s'adapte activement à assurer un
environnement imparfait, mais pas trop, l'imperfection
progressant en fonction des capacités croissantes de
l'enfant. C'est - à - dire que, après avoir appris que,
dans le monde, il existe de quoi rendre la vie le coup
d'être vécue, le bébé apprend la réalité : la vie vaut
la peine d'être vécue, mais tout ne survient pas
magiquement dès qu'on le désire.
L'origine du faux self se situe a une période alors que
le bébé ne différencie pas encore « moi » et « non-moi
» et qu'il est la plupart du temps non intégré, et
lorsqu'il y est, il n'y est jamais complètement. Il
arrive parfois qu'alors, le bébé esquisse un geste
spontané (qui « ...exprime une pulsion spontanée... » (D. Winnicott, « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux » self « », dans ''Processus de maturation chez
l'enfant'', op. cit., p. 121.)), celui-ci manifeste qu'existe un vrai self,
potentiel. Selon la manière qu'a la mère de jouer son
rôle, elle favorisera l'établissement du vrai self ou,
au contraire, du faux self.
Si la mère répond à ce qui se manifeste comme
l'expression de l'omnipotence du nourrisson, Ã chaque
occasion, elle lui donne une signification et participe
à l'établissement du vrai self. On peut dire aussi,
qu'ainsi, elle permet à son bébé de faire l'expérience
de l'illusion, de l'omnipotence. Cette expérience de
l'illusion, qui a comme condition de possibilité
l'adaptation active de la mère, est le préalable Ã
l'expérience des phénomènes transitionnels, d'où
s'origine la créativité.
Le vrai self est défini comme :
« ...position théorique d'où provient le geste spontané
et l'idée personnelle. Le geste spontané est le vrai «
self » en action. Seul le vrai « self » peut être
créateur et seul le vrai « self » peut être ressenti
comme réel. » (Ibid., pp. 125-126.).
C'est celui-ci dont D. Winnicott se préoccupe en séance,
qu'il vise. Seul le vrai self est à même de faire
l'expérience de l'espace potentiel. C'est dans celui-ci
qu'il est possible de jouer (playing), ce qui, pour D.
Winnicott, correspond à la santé et qui se développe
jusqu'Ã englober toute l'aire culturelle, toute
activité créatrice.
Le faux self
Si, au contraire, la mère est incapable de répondre Ã
cette manifestation, elle substitue au geste spontané
du bébé le sien, auquel ce dernier est alors contraint
de se soumettre. Cette situation maintes fois répétée
participe à ce qu'un faux self se développe.
« Il y a séduction du nourrisson qui en vient à se
soumettre et un faux « self » soumis réagit aux
exigences de l'environnement que le nourrisson semble accepter. »(Ibid., p. 123.).
L'enfant, au lieu de pouvoir faire l'expérience de
l'action libre et spontanée qui trouve un écho dans la
réalité extérieure est contraint à la réaction.
L'environnement le détermine. En grandissant, il
s'adapte et peut ressembler à la personne qui occupe
alors le premier plan. On comprend que l'expérience des
phénomènes transitionnels, puis de toute expérience
créative, soit compromise. En effet, ceux-ci
s'originent d'un complexe d'activités [geste spontané -
fragment de la réalité extérieure]. En s'adaptant, le
nourrisson ne peut alors pas faire l'expérience des
phénomènes transitionnels, puisqu'il s'est constitué en
s'adaptant à son environnement. Ne faisant pas, ou trop
peu l'expérience illusoire de l'omnipotence, le bébé ne
pourra pas connaître l'aire intermédiaire, lieu de la créativité.
Il convient de garder à l'esprit que « Le faux self a
une fonction positive très importante : dissimuler le
vrai « self », ce qu'il fait en se soumettant aux
exigences de l'environnement. » (Ibid., p. 124.).
D. Winnicott distingue cinq degrés d'organisation du
faux self :
Ce point, que D. Winnicott rappelle à plusieurs reprises
est difficile à comprendre puisque, par ailleurs, il
affirme qu'une caractéristique du faux self est une
faible capacité à employer des symboles. Pourrait-il y
avoir des personnes avec un intellect brillant,
réussissant un parcours académique brillant, tout en ne
pouvant que faiblement employer des symboles et en
ayant une vie culturelle pauvre ? Ou bien, peut-être
s'agit-il de plusieurs modalités d'organisations
possibles d'un faux self. Par ailleurs, une grande
intelligence permettrait de compenser beaucoup de
faillite de l'environnement et ainsi, même dans un
environnement assez peu convenable, d'assurer un
développement affectif satisfaisant. Une piste de
réponse se trouve peut-être dans La nature humaine où
il écrit :
« Le clinicien a affaire à l'enfant dont l'intellect
est mû par l'angoisse et sursollicité, ce qui, lÃ
encore, est le résultat d'un trouble émotionnel (menace
de confusion), et dont le Q.I. élevé chute lorsque
-résultat de la psychothérapie ou modification
contrôlée et réussie de l'environnement-, la peur du
chaos qui était imminente, recule. » (D. Winnicott, La nature humaine, op. cit., p. 26.).
Dans une conférence, il indique de plus que lorsque
l'environnement n'est pas suffisamment adapté,
« Le bébé survit au moyen de l'esprit. La mère exploite
le pouvoir du bébé de penser à des choses, de les
colliger, et de les comprendre. Si le bébé possède un
bon dispositif mental, cette pensée devient un
substitut pour les soins et l'adaptation de la mère. Le
bébé « se materne » lui-même au moyen de la
compréhension, c'est-à -dire en comprenant trop. Il
s'agit d'un cas typique de « Cogito, ergo dans mea
potestate sum » (je pense, donc je suis en possession de
mon pouvoir).
A l'extrême, l'esprit et la pensée ont permis au bébé,
qui maintenant grandit et suit le modèle
développemental, de se passer de l'aspect le plus
important de soins maternels dont tous les bébés ont
besoin, à savoir la fiabilité et l'adaptation [de la
mère] aux besoins fondamentaux. »Introductory Lecture for « New Light on Children's
Thinking » (conférence au Devon Center for Further
Education), cité dans ''Winnicott, Introduction à son
œuvre'', M. Davis & D. Wallbridge, op. cit., p. 96.
.
Ainsi D. Winnicott envisage qu'une grande intelligence
puisse résulter de l'environnement. Il y aurait au
moins deux types de faux self, certains ne pouvant que
faiblement employer des symboles et d'autres avec une
grande intelligence, résultat d'une sursollicitation du
cerveau afin de compenser les trop importants défauts
de l'environnement. Par suite, il y aurait au moins
deux types d'intelligence : saine ou bien pathologique.
Si une organisation de faux self se met en place très
tôt dans la vie, il convient de garder à l'esprit que
sa relation d'avec le vrai self est susceptible
d'évoluer, notamment en fonction de l'environnement de
la personne considérée et des soins adaptés qu'elle
reçoit ou non. Ainsi, le travail thérapeutique de D.
Winnicott qui visait, en premier lieu, à établir un
contact avec le vrai self de son patient. Dans un autre
cadre, celui d'un établissement sanitaire, le
psychiatre P. Charazac, s'appuyant sur les travaux de D.
Winnicott, montre que la vie en établissement (dans son
cas pour personnes âgées) peut conduire au renforcement
du faux self des personnes accueillies. Ainsi, alors
que leur état de santé s'aggrave, ces personnes, du
fait même de leur bonne adaptation (une des principales
caractéristiques d'un faux self), sont au contraire
considérées comme se portant bien (P. Charazac, « Sur le renforcement tardif du faux self
chez certains vieillards », dans ''Psychanalyse Ã
l'université'', Paris, n° 67, 1992). Quand à D. Winnicott : «
La créativité chez l'individu est détruite par des
facteurs de l'environnement intervenant tardivement
dans la croissance personnelle. » (dans Jeu et réalité,
op. cit., p. 96)..
Quant à la « plate-forme philosophique » de D. Winnicott
D. Winnicott (comme les autres membres du « middle group »)
s'inscrit dans la tradition philosophique britannique
de l'empirisme, ce qui n'a pas été sans conséquence,
tant sur sa démarche que dans ses avancées théoriques.
On pourrait relier la grande inventivité clinique de
ces psychanalystes à l'importance de l'expérimentation
dans la tradition empiriste (« Les empiristes ne sont pas
des théoriciens, ce sont des expérimentateurs. » G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion,
1977, p. 69.
), à l'attention portée aux questions de
l'environnement précoce du nourrisson.
De même, on pourrait penser que la logique de relations
complexes souvent présente chez les « Indépendants »
découle de « La » question des empiristes, à savoir,
précisément, la question des relations (G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, op. cit., p. 69.). Il ne s'agit
pas bien sûr des mêmes relations. Cependant il est
permis de supposer que les héritiers d'une philosophie
attentive, non seulement aux termes mais avant à leur
relation, soient, dans leur effort de théorisation,
également attentifs aux relations.
Quant à la forme « topologique » qu'a pris la découverte de D.
Winnicott des phénomènes transitionnels, à savoir celle
d'un « espace potentiel », lieu de la fantaisie et de la
créativité, on peut le rapprocher de ce que, notamment
pour Hume, l'imagination est moins une faculté qu'un lieu (G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, Paris, P.U.F.,
1953, p. 3.).
On ne peut, par ailleurs, négliger l'importance qu'a
eu, pour D. Winnicott, la lecture de C. Darwin dont la
théorie repose sur un jeu d'interactions individu / milieu /
espèce dans lequel la question de l'adéquation entre le
milieu et l'individu est centrale (l'adaptation).
Quant aux concepts de vrai self et de faux self
Bien qu'il ne s'agisse pas ici d'un mémoire de
psychanalyse, il est à préciser que, d'un point de vue
de la théorie psychanalytique, les propositions de vrai
self et de faux self de D. Winnicott ne sont pas
acceptées sans réserves. Le premier obstacle, pour les
français tout au moins, tient à la référence au « self »,
au « soi », qui est étranger à la théorie française. J.-B. Pontalis (J.-B. Pontalis, « Naissance et reconnaissance du soi », dans Entre le rêve et la douleur, op. cit.) a bien montré que la difficulté peut être située au niveau culturel lui-même.
Une discussion du point de vue théorique dépasserait le
propos.
Notons simplement que pour D. Winnicott lui-même, la
différence entre « moi » et « soi » (self) n'était pas
assurée, cependant il tenait à cette distinction,
déclarant que l'utilisation du terme « self »
concernait directement le fait de vivre.
Quand à la distinction du vrai self et du faux self, J.-B.
Pontalis comme M. Mannoni (M. Mannoni, La théorie comme fiction, op. cit., p. 63) sont très réservés quant à sa validité théorique, mais en reconnaissent la justesse
et la nécessité d'un point de vue clinique. C'est un article concernant le Donald Winnicott. La page contient la signification du Donald Winnicott , Description et explication au sujet de Donald Winnicott Vie de D. Winnicot
Å’uvre de Winnicott
Prophylactique : Tout au long de sa carrière, Winnicott n'a cessé de diffuser des idées : à ses collègues, à toutes les personnes travaillant auprès d'enfants, afin de prévenir les faillites pathogènes de l'environnement dont il peut observer les conséquences dans son activité clinique. Il s'agit
d'une action lucide et délibérée. D. Winnicott semble
avoir toujours était soucieux d'élargir le plus
possible le champ d'intervention de la psychothérapie. Il fait à plusieurs reprises allusion à des « cas » soignés par l'intermédiaire des parents parce qu'il n'était pas possible à l'enfant de suivre une thérapie (habitant trop loin, celle-ci étant trop chère...). Comme il le rappelle : « Il ne faut pas
oublier qu'il n'y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d'être soignés. Ainsi, diffuser ses idées participe d'une volonté de réduire le nombre de personnes ayant besoin de psychothérapie, d'apporter
sa contribution personnelle à la société.Éléments de théorie
Présentation
Soit un nouveau-né sans troubles physiques, ni
neurologiques. Il possède une tendance innée à se
développer jusqu'à devenir une personne totale,
créatrice, qui croit en la vie. Pour que cette tendance
puisse s'exprimer, il est nécessaire et suffisant que
l'environnement dans lequel va évoluer, grandir et se
développer le nouveau-né se montre convenablement bon,
de son point de vue à lui.Phénomènes transitionnels
Définition
Le complexe d'activités appelé phénomène transitionnel,
désigne l'expérience du bébé lorsque, dans son
développement, il commence à intégrer des objets « autre-que-moi
» à ses activités « main-bouche ». Il est à la base des
activités de penser et de fantasmer. Genèse des phénomènes transitionnels
Vrai self, faux self
Origine du vrai self et du faux self
Le vrai self
Le faux self
Le faux self a une fonction d'adaptation et de
protection du vrai self. Ce qui compte c'est le rapport
entre les deux. Il ne s'agit pas de l'opposition normal /
pathologique. Ce sont plutôt les rapports entre les
deux qui peuvent indiquer un état pathologique,
lorsqu'une scission s'est instaurée.
Dans le cas d'un faux self établi chez une personne
avec un potentiel intellectuel important, l'esprit tend
à devenir le siège du faux self. On peut ainsi observer
des réussites scolaires brillantes qui sont l'œuvre de
faux selfs. La souffrance de l'individu, pour être
difficile à croire, n'en est pas moins réelle. Il est
possible même qu'elle s'accroisse à la mesure de la
réussite académique et sociale, avec un sentiment de « fausseté
». Il arrive un moment, inévitable, où ces personnes
alors se détruisent.Remarques
