article sur le Crise moderniste, Explication sur le Crise moderniste

Crise moderniste Article, Signification, Explication

  • La crise moderniste qui agita le christianisme depuis le milieu du XIXe jusqu'au début du XXe siècle offre-t-elle encore un intérêt pour d'autres raisons qu'historiques ?
  • Est-elle encore susceptible de porter des enseignements qu'on pourrait qualifier de politiques, voir géopolitiques en un temps où l'on parle de retour du religieux comme on parle de retour du refoulé ?
  • Est-il vrai qu'elle n'a atteint que le christianisme ?

Le terme modernisme fut imposé par Pie IX et ne fut jamais reconnu par ceux qu'il voulait stigmatiser. La crise moderniste affecte durablement les pays d'Europe occidentale à majorité catholique. Toutefois, Le Syllabus et l'essai de Darwin reconfigurèrent l'ensemble de l'intelligentsia européenne.

Table of contents
1 Petite chronologie
2 L'affaire Loisy
3 l'Affaire Lagrange
4 La lecture de la Bible en Europe au XIXe siècle
5 Les hautes études ecclésiastiques
6 Cinq encycliques anti-modernistes
7 Voir aussi
8 Textes connexes

Petite chronologie

Légende des couleurs

  publications de sciences religieuses
  publications ou évènements philosophiques
  évènements politiques
  publications ou évènements ecclésiastiques

Tableau chronologique

Vie de Jésus de Reimarus
Hypothèse de Griesbach sur la généalogie des évangiles
Révolution Française
  • Constitution Civile du Clergé
  • Être Suprême et Déesse Raison
  • Concordat de 1802
Friedrich Ernst Daniel Schleiermacher Discours sur la religion à ceux de ses contempteurs qui sont des esprits cultivés : les dogmes ne constituent pas des vérités objectives. Ce sont des créations historiques, qui peuvent, néanmoins, servir à nourrir la piété.
Auguste Comte, père du positivisme, affirme que la religion est condamnée à disparaître avec l'avènement du stade positif de l'humanité, celui où les hommes renoncent à chercher l'essence des choses pour se concentrer sur la découverte des lois qui régissent l'univers par l'observation et le raisonnement.
Quête du Jésus historique selon l'école rationaliste Heinrich Eberhard Gottlob Paulus (Das Leben Jesu als Grundlage einer reinen Geschichte des Urchristentums) qui pense avoir trouvé de bonnes raisons pour écrire que Jésus pourrait bien avoir survécu à la crucifixion.
Grégoire XVI Mirari Vos qui condamne les catholiques libéraux
Hypothèse des deux sources sur la généalogie des évangiles (Christian Hermann Weisse).
Ludwig Feuerbach publie L'Essence du christianisme.
Arthur Schopenhauer Le Monde comme volonté et comme représentation, qui présente le christianisme comme une faiblesse de l'esprit.
Paulus, der Apostel Jesu Christi, sein Leben und Wirken, seine Briefe und seine Lehre, Ferdinand Christian Baur distingue les épîtres proto-pauliniennes des deutéro-pauliniennes.
Kritische Untersuchungen über die kanonischen Evangelien, ihr Verhältniss zu einander, ihren Charakter und Ursprung, Ferdinand Christian Baur, propose une approche hégélienne des évangiles, avec une thèse, une antithèse et une synthèse.
Marx et Engels publient Le Manifeste du Parti communiste, qui annonce la disparition de la religion .
Proclamation du dogme de l'Immaculée Conception. Le pape définit lui-même, sans réunir de concile, un article de foi qui ne se trouve pas explicitement dans l'Écriture. Cela laisse déjà présager l'« infaillibilité pontificale ».
Affaire Mortara
Charles Darwin, Sur l'origine des espèces.
Le pape perd la grande majorité des États pontificaux. Seules les troupes de Napoléon III empêchent le roi du Piémont Victor-Emmanuel de s'emparer de Rome.
Ernest Renan, Vie de Jésus
Pie IX publie simultanément l'encyclique Quanta Cura et le Syllabus, une liste de 80 « erreurs modernes ». Il condamne le libéralisme sous toutes ses formes et donc la civilisation moderne.
Le Christ de la foi et le Jésus de l'histoire de David Friedrich Strauss Selon lui, les évangiles n'ont aucun fondement historique et relèvent de la mythologie. À la fin de sa vie, il affirmera en effet que la Résurrection est une mystification à l'échelle mondiale.
Le roi d'Italie Victor-Emmanuel II s'empare de Rome.
Concile Vatican I Pastor Æternus, encyclique de l'infaillibilité pontificale. Celle-ci se limite toutefois aux questions « sur la foi ou les mœurs » et à la parole ex cathedra. Ceci exclut une partie du Syllabus du champ de ladite infaillibilité.
Le Kulturkampf, lancé en Allemagne par Otto von Bismarck qui, outre des mesures de laïcisation de l'enseignement, exige un minimum de niveau d'études sanctionnées par des diplômes universitaires pour les prêtres et les évêques, et interdit la création de diocèses catholiques sans consultation du gouvernement.
Naissance de l'Église vieille-catholique, église Catholique chrétienne et église gallicane qui sont trois versions nationales d'un même phénomène la création du catholicisme, ne reconnaissant pas l'infaillibilité et récusant l'ultramontanisme.
Histoire des dogmes de Adolph von Harnack : le dogme chrétien est une construction de la métaphysique grecque plaquée au cours des siècles sur les paroles simples de Jésus.
Début de l'école hollandaise de critique radicale qui travaille radicalement sur Paul de Tarse, jusqu'en 1899.
Création de l'Armée du Salut.
Louis-Auguste Sabatier De la vie intime des dogmes et de leur puissance d'évolution
Léon XIII, encyclique Rerum Novarum. C'est la naissance de la doctrine sociale de l'Église catholique.
Premier parlement mondial des religions, réuni à Chicago à l'instigation de Swami Vivekananda (1863-1902) et Jenkin Lloyd Jones, (1843-1918).
Début de l'Affaire Dreyfus.
Theodor Herzl développe le concept de sionisme dans son livre L'État juif.
Das Wesen des Christentums, Adolphe von Harnack.
L'Évangile et l'Église, Alfred Loisy.
Autour d'un petit livre, Alfred Loisy.
France, loi de séparation des Églises et de l'État
L'histoire des recherches sur la vie de Jésus, Albert Schweitzer (jamais traduit en français, n'existe qu'en allemand et en anglais depuis 1907)
Pie X, Pascendi Dominici Gregis, sur les erreurs du modernisme.
Lamentabili sane exitu
Excommunication de Loisy.
Jésus et la tradition évangélique, Alfred Loisy.
Motu proprio ou serment anti-moderniste (en vigueur jusque 1961).

commentaires

À voir le tableau chronologique ci-dessus on comprend que la panique saisisse la Curie.

L'unification de l'Italie et sa constitution en Royaume sous la poussée : prive le pape de ses états et de sa souveraineté temporelle.

Dans cette période, le Saint-Siège est soupçonné de soutenir l'empire austro-hongrois, régime autoritaire imprégné de catholicisme. Il cherche à rétablir sa position dans des sociétés où monte l'anticléricalisme et la sécularisation.

Au milieu de la période, le pape Léon XIII tâche d'organiser les relations entre l'Église et les états à l'aide d'une série d'encycliques où il reconnaît les gouvernements en place (Sapientiae Christianae, 1890) non sans avoir affirmé son autorité sur lesdits gouvernements (Diuturnum Illud, 1881) et l'indépendance de l'Église (Immortale Dei, 1885). Suite au Ralliement tenté par Léon XIII, en Belgique et en France (avec Albert de Mun) se créent des partis religieux catholiques et républicains qui seront un échec.

Pie IX renforce la congrégation de l'Index qui jouera un grand rôle dans sa lutte contre le libéralisme et le modernisme.

  • Sur le plan théologique,

L'activité dynamique des exégètes protestants ne permet plus de considérer les évangiles comme un texte unique non plus que comme un témoignage historique. Les quêtes du Jésus historique conduisent une partie d'entre eux à s'interroger sur le point de savoir si la divinité de Jésus doit être prise au pied de la lettre ou si elle doit être renvoyée à sa dimension symbolique.

La publication de l'essai sur l'Origine des Espèces (1859) par Charles Darwin clive l'intelligentsia européenne et même mondiale et ruine la théorie du créationnisme. Encore en 1911, Pierre Teilhard de Chardin est accueilli aux États-Unis d'Amérique comme le jésuite qui dit que l'homme descend du singe et une cabale s'ensuit.

Un hindou et un chrétien unitarien se mêlent de fomenter la paix entre les religions. Leur initiative perdure.

Aucun produit de l'esprit moderne ne pouvait éviter de provoquer la résistance des Églises :

L'affaire Loisy

le détonateur

La crise moderniste ne se comprend pas sans un résumé de l'affaire
Loisy dont l'exposé se fera dans l'article dédié à cet auteur. Elle commence comme une mauvaise farce un peu à la façon de celle narrée par Milan Kundera dans Le Malentendu.

Alfred Loisy, professeur d'exégèse à l'institut catholique de Paris voit sa candidature à l'épiscopat soutenue par le prince de Monaco. À la suite d'une tournée européenne de conférences qui donnera lieu à la publication d'un livre, Adolphe von Harnack, professeur à l'université de Tübingen, connaît une notoriété qui dépasse le cercle cultivé des lecteurs allemands de théologie. Sa plaquette Das Wesen des Christentums (1901; traduction anglaise : What is Christianity ? 1901, traduction française L'essence du christianisme, assez mauvaise chez Fischbacher en mai 1902) est un phénomène éditorial : 75 000 exemplaires vendus en 1903 pour 15 langues traduites.

Dans sa correspondance privée, avant l'affaire, s'adressant à Albert Houtin, un autre moderniste ultérieurement condamné, Alfred Loisy admet avoir 2 objectifs :

  • l'envie de ridiculiser le professeur Harnack
  • la nécessité de défendre l'Église

C'est ce qu'il fait en publiant L'évangile et l'Église dont la première parution sort en 1902. De cet ouvrage qui fut réédité 4 fois entre 1902 et 1919 et plus réédité jusque 2000 (chez Noesis), ne reste dans l'esprit de chacun qui s'intéresse à l'histoire du christianisme qu'une seule phrase Jésus annonçait le Royaume et c'est l'Église qui est venue. On la cite généralement à l'appui d'une critique de l'actuel courant dogmatique et autoritaire comme le fait Régis Debray dans Dieu, un itinéraire (Odile Jacob). Ce faisant, on se trompe sur la perspective de Loisy en réinterprétant une phrase isolée de son contexte. Une fois remise en contexte, on se rend compte que la petite phrase développe la position actuelle du Préfet pour la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger, à savoir, celle de l'Église (catholique romaine) comme figure du Royaume.

Dans sa thèse[1], Emile Poulat indique que les positions défendues par Loisy dans son petit livre, comme Loisy le désignait lui-même, sont passées dans les catéchismes dès la période pré-concilaire, celle à laquelle il soutient sa thèse. La réalité est probablement moins euphorique que ne le dit Poulat. Si les thèses de Loisy sont partagées par une partie des théologiens catholiques à l'époque du concile (suivant en cela le journal de Congar [2]), elles sont toujours combattues par ce qui semblait une arrière-garde dans les années 1970, limitée à la Fraternité Saint-Pie X, elles (et leur postérité) demeurent inconnues du grand public catholique à l'exception des catholiques réformateurs et des plus engagés qui suivent les cours du Centre Sêvre.

Notes

  • [1] Émile Poulat, Histoire, Dogme et critique dans la crise moderniste, 1962, Albin Michel
  • [2] Yves Congar o.p. Journal du Concile Vatican II, Cerf, 2000

La condamnation de Loisy

A posteriori, on est donc fondé à se demander les raisons de la condamnation de Loisy. Outre les raisons politiques évoquées sous la chronologie, On lui reproche dans les deux premiers chapitres de l'Évangile et l'Église :

  1. d'avoir réintroduit l'histoire dans l'histoire sainte, en particulier d'avoir rendu son humanité à Jésus et même son judaïsme, contre la volonté qu'il suppose à A. von Harnack de l'helléniser ;
  2. d'envisager que la foi, tout du moins les croyances au travers desquelles elles s'exprime, a évolué entre la période des contemporains de Jésus, la période post-pascale, la période des conciles christologiques. À l'appui de cette thèse, il donne les nombreuses hérésies qui se développent avant qu'on ne songe à fixer une orthodoxie,
  3. de présenter succinctement la théorie des 2 sources à l'origine des évangiles synoptiques.

Comme il sépare le Jésus de l'histoire du Christ de la foi à l'instar de David Friedrich Strauss et, spécificité catholique, le dogme de sa formulation, il est vite accusé de remettre en cause l'autorité de l'Église (entendre le monopole interprétatif que revendique le l'Église catholique). En cette période de la haine oubliée [1], on l'accuse d'être crypto-protestant.
[citation]
Forcément, cela ne peut que mal tourner, ce qui est dommage pour un ouvrage qui se révèle avant tout un ouvrage d'apologie de l'institution dès qu'on a passé les deux premiers chapitres où il pratique une synthèse de ce qu'on connaissait, à son époque, de l'exégèse historico-critique des évangiles pour le lecteur cultivé en passant sur les questions spécialisées (ce qu'on ne manquera pas de lui reprocher également).

Ses détracteurs verront une dogmatique là où il n'y a que de l'histoire : ses juges transposent systématiquement des affirmations historiques en propositions doctrinales, prenant, à l'inverse, les affirmations concilaires pour des événements historiques (Poulat). L'état d'esprit des autorités ecclésiastiques est assez bien rendu dans le passage suivant d'un article de Arthur Loth dans la Vérité française, cité par Poulat (op. cit.)

« D'après cela on serait obligé de croire au fameux dualisme élohiste et jéohviste de la Genèse et d'abandonner les jours-périodes aussi bien que les jours solaires de la création ; il faudrait mettre le déluge au nombre des fables chaldéo-assyriennes ; on ne pourrait plus dire que le Pentateuque soit de Moïse, ni les Psaumes de David, mais par contre, il faudrait admettre deux Isaïe ; on devrait aussi tenir pour pieux romans les livres de Judith et d'Esther, et l'on ne paraîtrait pas sérieux si l'on ne convenait point que le livre des Juges est postérieur à la captivité ; il ne serait plus permis d'adopter l'ordre originaire des évangiles, et même, avant Marc qui est passé le premier, il faudrait admettre un protévangéliste inconnu; on serait naïf de continuer à croire à l'authenticité du verset des trois témoins célestes dans saint Jean »

Note [1] Valentine Zuber, Jean Baubérot, La haine oubliée, L'Anti-protestantisme français avant le « pacte laïque », 1870-1905 Albin Michel-2000

En 1907, l'encyclique Lamentabili Sane Exitu condamne les propositions des modernistes en général mais celles de Loisy en particulier. En 1908, l'ordinaire (l'évêque de son diocèse) monseigneur Richard l'excommunie en se fondant sur un dossier nourri de dénonciations tendant à démontrer que Loisy veut ruiner l'Église Catholique.

À la suite de son exclusion de l'Institut catholique de Paris, Alfred Loisy est élu à la chaire de Histoire comparée des Religions du Collège de France, celle-là même qui avait été fondée en 1880 par Albert Réville auquel son fils Jean Réville avait succédé. Au moment de sa fondation, cette chaire représentait une préoccupation d'actualité, comme en témoigne en 1879, la délibération du conseil municipal de la ville de Lyon pour l'établissement d'un musée des religions asiatiques fondé par Emile Guimet. Le débat révèle deux tendances opposées dans le courant laïc ; les uns se demandent s'il faut dépenser de l'énergie pour exposer un passé révolu tandis que les autres perçoivent la nécessité de prendre en compte le rôle des religions dans les civilisations et, par là, une possibilité de relativiser le christianisme.

l'Affaire Lagrange

Marie-Joseph Lagrange

La lecture de la Bible en Europe au XIXe siècle

  • L'Archéologie Biblique est fondée par les églises américaines néo-protestantes dans le projet de donner des preuves archéologiques aux récits bibliques et d'alimenter le concordisme. Le fleuron des ces archéologues est William A. Allbright. Les résultats théologiques ne sont pas exactement attendus mais l'archéologie du Moyen-Orient connaît un développement sans pareil sous la poussé d'équipes britanniques, américaines et allemandes.
Postérité : (biblio sous peu)

L'exégèse allemande

Il n'est pas étonnant que les
exégètes protestants, plus libres que leurs homologues catholiques, aient appliqués aux Ecritures les méthodes élaborées par Leopold von Ranke d'autant que le moyen de salut décrit par l'ablatif Sola Scriptura suggère d'en avoir une connaissance objective.

Dans ses conférences, Friedrich Schleiermacher avait montré l'importance du symbolique pour la compréhension des relations entre les hommes et le monde, entre les hommes et le divin. Selon lui, l'abandon de la doctrine de l'inspiration littérale était sans conséquence pour la foi. Il en concluait que le texte biblique pouvait être étudié comme n'importe quel texte et même que cette étude était la condition de l'expérience de la foi.

La théorie documentaire mise à jour par Wellhausen conteste la rédaction du Pentateuque par Moïse et en fait la compilation de traditions théologiques antérieures et différentes.

Le travail de Ferdinand Christian Baur (1792- 1810) concerne les Origines du Christianisme articulé en deux thèmes de recherche :

La recherche sur ces deux points lui semblent un préalable indispensable avant toute élaboration doctrinale.

David Friedrich Strauss (1808-1874) lui emboîte le pas ; il applique le concept de mythe au Nouveau Testament. En recherchant les contextes de composition des évangiles, il considère que le messianisme juif a produit Jésus de Nazareth et projeté sur lui nombre de ses attentes. De ce fait, les évangiles ne nous fournissent d'éléments historiques qu'altérés par les préoccupations de ce courant théologique. Il en conclut que la doctrine de l'Incarnation ne peut se trouver dans les évangiles : elle tient à l'expérience de la foi. Sa Vie de Jésus, publiée en 1835 fait scandale en Allemagne même.

En 1838, Edgar Quinet dans la Revue des Deux Mondes produit une recension de l'ouvrage dans laquelle il dénonce les barbares […] près d'investir la Rome sacerdotale et en appelle au pape pour repousser cette nuée de destructeurs jusque dans le désert moral où ils font leur œuvre. On retrouvera des échos de ce style dans l'encyclique Pascendi.

En 1839, Émile Littré donnera la traduction française de l'ouvrage de Strauss et elle sera plusieurs fois rééditée.

Contexte politique

Il va de soi que dans le climat politique du XIXe siècle fait de la rivalité entre les 3 empires puis des 2 guerres (1870 et 1914) avec l'Allemagne, le fait que le vent exégétique vienne de l'est n'est pas anodin.

Les hautes études ecclésiastiques

Depuis le Concordat, le catholicisme se pose la question de la formation des prêtres et, par ricochet, des hautes études ecclésiastiques. En 1806, le Cardinal Fesch, archevêque de Lyon, la lève en premier lieu en proposant la création d'une école de perfectionnement et d'application du clergé qui serait centrale et unique. Il se heurte au directeur des cultes, Portalis, qui préfère des séminaires métropolitains sélectionnant les sujets les plus doués.

L'université impériale et privée

En 1806, l'université impériale intègre 6 facultés de théologie (Paris, Toulouse, Bordeaux, Rouen, Aix-en-Provence, Lyon). La papauté leur refuse la reconnaissance canonique du fait que l'enseignement est contrôlé par l'état.
Postérité : La faculté de théologie catholique de Strasbourg, intégrée dans l'université de Sciences Humaines Marc Bloch est toujours dépourvue de reconnaissance canonique de ses diplômes pour la même raison. L'avantage au revers de ce désavantage consiste en ce qu'elle reçoit tous les doctorants qui craignent de voir leur thèse refusée par les Instituts catholiques privés qui, eux, sont universités pontificales depuis leur fondation en 1875.

L'actuelle faculté de théologie catholique de Strasbourg se sent l'héritière de l'école des hautes études théologiques fondée quelque temps auparavant, sous la Restauration par Monseigneur Le Pappe de Trevern. À l'origine tournée vers le gallicanisme et la méthode scolastique, elle évolue vers l'ultramontanisme.

Une initiative similaire mais éphémère est initiée à Besançon, durant l'épiscopat (1829-1833) de Mgr de Rohan-Chabot à l'initiative des frêres Lammenais, alors ultramontains. Le noviciat de Malestroit reçoit 54 étudiants de 1828 à 1834.

L'État veut rénover les facultés de théologie que peu d'étudiants fréquentent tandis que Mgr Affre développe son initiative privée indépendante de l'université de 1845 à 1852. Napoléon III, jouant sur les 2 tableaux tandis que Victor Cousin sonde le Vatican pour la reconnaissance canonique des facultés d'état, la soutient discrètement. Des évêques se voient gratifiés du droit de conférer baccalauréat et licence dans le séminaires (Orléans : 1855, Nancy : 1864). Des cours supérieurs sont confiés aux Carmes (l'école des Carmes qui forme des enseignants pour le secondaire confessionnel), aux jésuites de Paris en 1882, à Nancy (1860), à Lyon (Collège des Chartreux, des prêtres de Saint-Irénée).

Avec ou sans reconnaissance canonique, la faculté de théologie catholique de la Sorbonne connaît un succès grandissant sous l'impulsion du doyen Maret et d'enseignants de premier plan comme Meignan, Freppel et La Vigerie. Le Vatican tâche de la contrecarrer en attirant l'élite au Séminaire français de Rome, confié aux spiritains.

Toutefois, jusqu'à la fondation des instituts catholiques, la meilleure formation en théologie catholique est donnée au séminaire de ces Messieurs de Saint-Sulpice. (voir plus bas)

Les Instituts catholiques

Les Instituts catholiques, ainsi nommés parce que le titre d'université est réservé à l'université impériale, sont créés à Lille, Paris, Angers, Lyon et Toulouse, sont nés à l'initiative des catholiques libéraux dans le climat de l'Ordre moral.

Le séminaire Saint-Sulpice

(à suivre)

Situation de la formation théologique

Les difficultés que connaît la mise en place de ces formations révèlent la tension vécue par
l'église catholique entre la logique du refus et la logique de la transaction avec une modernité conçue comme une menace.

Aux obstacles conjoncturels s'ajoutent :

  • la tentation de l'anti-intellectualisme né du refus des Lumières,
  • la peur de la science source d'orgueil et de danger pour la foi,
  • la méfiance envers l'enseignement d'État après la rupture du Concordat.

Ce dissensus explose avec la crise moderniste dans laquelle chavire la science catholique (expression d'époque)

Cinq encycliques anti-modernistes

(a suivre)

Voir aussi

Textes connexes


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