article sur le Catharisme, Explication sur le Catharisme

Catharisme Article, Signification, Explication

      

Les Cathares, du mot grec katharos qui signifie purs, fut le nom tardif donné par les ennemis des adeptes de ce mouvement hérétique chrétien dualiste. Principalement concentré dans le midi de la France, le catharisme subit une violente répression armée à partir de 1209 lors de la croisade contre les Albigeois, puis durant un siècle la répression judiciaire toute nouvelle de l’Inquisition. Les adeptes de ce mouvement se nommaient eux-mêmes « Bons Hommes », « Bonnes Dames » ou « Bons Chrétiens », mais étaient appelés « Parfaits » par l’Inquisition, qui désignait ainsi les « parfaits hérétiques », c’est-à-dire ceux qui étaient ordonnés et faisaient la prédication, par opposition aux simples « fidèles » hérétiques.

Table of contents
1 Doctrine
2 Pratiques, sacrements et rites
3 Apparition et diffusion en Europe
4 Persécution
5 Écrits cathares
6 Bibliographie
7 Liens externes

Doctrine

La théologie cathare n'était qu'un travail de recherche scripturaire, centré sur l'Évangile selon Jean, dont les rapports avec la Gnose et le docétisme sont bien connus.

Pour Rome, les cathares sont pires que les infidèles (juifs et musulmans) car, tout en étant chrétiens, ils interprètent différemment certaines croyances et contestent la doctrine des sept sacrements que les théologiens catholiques ont fixé dès le début du XII siècle.

Les cathares poussent à l'extrême le sens du message des Écritures qui formule la croyance dans l'existence de deux mondes, l'un bon et l'autre mauvais. Le premier, le monde invisible aux créatures éternelles, est l'œuvre de Dieu le Père ; le second, visible et corruptible, est l'œuvre du diable. Désirant exempter Dieu du mal expérimenté dans le monde matériel, les cathares échafaudent leur propre système de croyances, variable selon les périodes et les aires culturelles d'implantation. Il est tout de même possible de tenter la description générale de ces croyances :

Dieu a créé uniquement le monde invisible et éternel, ainsi que les créatures qui le peuplent : les anges. Parmi eux, l'un pèche par orgueil en se révoltant contre le Père afin d'égaler sa puissance : c'est le diable. Cet ange déchu est alors expulsé du ciel, entraînant dans sa chute ceux qui l'avaient suivi dans sa révolte. Introduits dans des corps charnels fabriqués par le diable, ces anges deviennent les âmes des hommes et des femmes. Le Christ, fils de Dieu, est donc venu pour leur révéler leur origine céleste et pour leur montrer le moyen de retourner au ciel. Ainsi, le Christ est uniquement l'envoyé du Père venu porter le message du salut aux hommes. Il n'est pas, comme pour les catholiques, le rédempteur du péché. D'ailleurs, ce dernier n'a pas souffert la Passion et il n'est pas mort sur la Croix car il n'avait un corps de chair qu'en apparence.

Les principales croyances des cathares étaient donc :

  • Le dualisme : le monde matériel a été créé par Satan, ou un mauvais démiurge, comme pour les gnostiques: il procède donc du mal ; seul l'esprit a été créé par Dieu.
  • L'esprit (ou l'âme pour les théologiens classiques), était soit transmis par génération depuis le premier homme (traducianisme), soit réincarné dans un nouveau-né après la mort (métempsychose, origénisme).
  • La christologie : Jésus, fils de Dieu, ne s'est pas réellement incarné mais a pris l'apparence d'un homme. La christologie est inspirée par le docétisme.
  • Certains cathares reconnaissaient un ou deux dieux, étaient « monarchiens » ou « dyarchiens », « absolus » ou « mitigés », etc.
  • Le Dieu de l'Ancien Testament n'en était pas un ou n'était pas le bon, comme dans le marcionitisme (normal au vue des sources en Asie Mineure).
  • C’est uniquement par le Saint-Esprit que l'âme peut être libérée du monde physique, et c’est par le baptême par imposition des mains, reçu par les Apôtres et transmis par eux, que l’âme se marie au Saint-Esprit et pourra accéder au salut. S’agissant d’un acte mystique, il n’est pas donné aux enfants.

Pratiques, sacrements et rites

Refus de l’orthodoxie

Les cathares, se considérant comme les seuls vrais disciples des apôtres, avaient adopté le modèle de vie, les rites et les sacrements, des premières communautés chrétiennes. Ils s'appuyaient principalement sur les enseignements du Nouveau Testament, leur unique prière étant le Notre Père. Ils considéraient que toutes les pratiques et sacrements instaurés par l'Église romaine tout au long du Haut Moyen Âge, n’avaient aucune valeur:
  • le sacrement du baptême d'eau que les prêtres catholiques confèrent aux nouveaux-nés (incapables selon eux de comprendre l'engagement qu'est le baptême pour celui que le reçoit),
  • la médiation des saints et le culte des reliques et des morts (offrandes et messes pour les défunts).
  • le sacrement de l'Eucharistie: refusant de croire en la transformation des espèces (transsubstantiation), c'est-à-dire la transformation du pain et du vin devenant le corps et le sang du Christ lors de leur consécration par le prêtre lors de la messe. En mémoire de la dernière Cène du Christ avec ses apôtres, les cathares bénissent le pain lors du repas quotidien pris avec leurs fidèles. C’est le rituel du « pain de l’Oraison ».
  • le sacrement du mariage, celui-ci légitimant à leurs yeux l'union charnelle de l'homme et de la femme, union à l'origine du péché du premier couple selon leur interprétation de la Genèse.

De même que dans l'église chrétienne primitive, l'idéal cathare est basé sur une vie ascétique, alors que le sacrement du mariage avait été créé tardivement afin de permettre aux fidèles d'être chrétiens dans le mariage, leur donnant la possibilité d'accéder au salut sans suivre la voie monastique.

Ils n'attachent pas d'importance aux églises bâties qui ne sont pas pour eux les seuls lieux du culte car la parole du Christ peut être enseignée partout où se réunissent les fidèles.

Leur seul sacrement est le baptême, ou consolament.

Le consolament

Le sacrement du consolament (consolation, en occitan) ou « baptême d'esprit et du feu » par imposition des mains, comme pratiqué par le Christ, est le seul à apporter le salut en assurant le retour au ciel de la seule partie divine de l'homme : l'esprit. Il met en contact l'esprit divin de l'homme et le Saint-Esprit, lui permettant de reconnaître sa nature divine et d'accéder au salut. Ce sacrement joue un rôle fondamental dans les communautés cathares car il est à la fois sacrement d'ordination et de viatique (extrême-onction), alors appelé « consolament des mourants ».

Le consolament est conféré par un membre de la hiérarchie et engage celui qui le reçoit dans une vie religieuse, qui, comme toute ordination, suppose la prononciation de vœux et le respect d'une Règle : pratique de l'ascèse, abstinence de toute nourriture carnée, la pratique de la morale évangélique : interdiction de jurer, de mentir, de tuer. Il fait d'un croyant cathare un Bon Homme ou une Bonne Dame, membre du clergé, prédicateur, capable d'apporter lui-même le consolament aux mourants.

Il était donc aussi administré aux mourants qui en faisaient la demande, c'est-à-dire aux simples croyants qui n'avaient pas franchi le pas de l'ordination durant leur vie, mais souhaitaient rencontrer le Saint-Esprit, leur donnant une chance d'accéder au salut, avant de mourir. Les prières des parfaits après la mort du consolé pouvaient durer encore quatre jours (scientifiquement aujourd'hui, cela coïncide avec les dernières activités cérébrales du mort). Et si par chance, le mourant survivait, il devait alors embrasser la vie de parfait avec les contraintes associées.

La vie des « parfaits » et « parfaites »

Travail manuel et vie communautaire

Étant ordonnés, les parfaits entrent dans un ordre religieux, mais sans sortir du siècle. Ils sont en effet astreints au
travail manuel pour vivre, ce qui leur donne un avantage considérable pour leur prédication, en les maintenant au contact de la population qu'ils vont chercher à convertir. Cela leur rapportera également, tout simplement, l'argent du produit de leur travail, argent qui leur permettra par exemple de se déplacer et, avec les dons et les legs, de créer les conditions de l'existence d'une hiérarchie. Par contre la pauvreté personnelle était prescrite.

Les cathares vivaient dans des « maisons de parfait(e)s », intégrées aux villes et aux villages, qui leur permettaient de rencontrer la population et de prêcher, et leur servaient d'atelier. Des jeunes y étaient envoyés par leurs parents simples fidèles ou déjà ordonnés, pour leur formation en vue de leur propre ordination.

Tout parfait rejoignait une maison de parfaits, et y travaillait de ses mains, y compris par exemple les nombreuses épouses nobles et leur progéniture qui firent partie des rangs des cathares. Le sacrement de mariage n'étant pas reconnu, elles se séparaient simplement de leur mari, généralement lui-même simple croyant.

Le consolament des mourants pouvait être conféré dans les maisons des parfaits, dans laquelle le consolé était transporté et y mourait.

Lorsque vint le temps des persécutions, les parfaits durent se cacher chez des fidèles, mais ils y payèrent toujours leur nourriture par le travail manuel, plus le prêche et l'enseignement.

Vie apostolique

Se rapprochant des premiers chrétiens, les cathares croyaient que le salut passait par une vie de religion. Ils étaient astreints à la chasteté, et devaient constamment aller par deux personnes du même sexe : chacun avait son sòci, ou compagnon, ou sa sòcia, pour les femmes. Cette prédication au coin du feu de deux personnes de même sexe conduira à l'accusation de bougrerie (homosexualité) fréquemment enregistrée dans les registres de l'Inquisition.

Ils ne devaient pas mentir, s'abstenir de tout vice, de toute méchanceté, être simplement de Bons Chrétiens selon les Évangiles, ce qui conduisit inévitablement à l'édification des chrétiens, bien que le catharisme toucha essentiellement une population bourgeoise ou noble, sauf dans la dernière période. Les parfaits ne devaient évidemment pas tuer, mais cela s'appliquait également aux animaux.

Ils devaient également ne pas mentir, ce qui en conduisit plus d'un au bûcher. En effet, les inquisiteurs apprirent à utiliser cette règle, ainsi que l'interdiction de jurer.

Dernière obligation faite surtout aux hommes : la prédication. Les parfaits devaient prêcher le salut par l'ordination du consolament, et la morale évangélique. Cette prédication se faisait dans les maisons ateliers, mais également étant invités par des fidèles ou sur la place publique.

Finalement, trois carêmes annuels étaient pratiqués.

Apparition et diffusion en Europe

La doctrine cathare aurait pris naissance en Bulgarie à la fin du X siècle où on les nommait bogomiles. Elle s'étend chez les moines de Constantinople puis en Asie Mineure, en reprenant quelques thèmes manichéens, tel le dualisme de la création.

Des communautés cathares d'« apôtres itinérants » s'étendent en Europe vers l'an Mil sous différents noms selon les régions (manichéens, origénistes, piphles, publicains, tisserands, bougres, patarins, albigeois). On connut donc plusieurs catharismes ayant un tronc commun et quelques divergences théologiques en Allemagne, en Flandre, en Champagne, en Bourgogne, et surtout dans le Midi et l'Italie aux XII et XIII siècles. On parle donc parfois des Albigeois, du fait des deux centres d'implantation les plus durables que sont Albi et Toulouse. Le dernier cathare meurt en Italie au XIV siècle. Le mouvement subsistera en Bosnie, dont c'était la religion officielle, jusqu'à la conquête turque à la fin du XV siècle.

Dans ces régions, les Bons Hommes (seule l'Inquisition les appellera « parfaits ») s'organisent en communautés d'hommes ou de femmes dirigées par des anciens, des diacres et des évêques. Ces communautés sont constituées de plusieurs « maisons ». On y pratique souvent des métiers liés à l'artisanat local, et fréquemment le tissage, en référence aux premières communautés chrétiennes. Plusieurs communautés constituent une Église ou diocèse cathare, à la tête desquels se trouve l'évêque.

Les Églises cathares

Au milieu du XII siècle (1167) les Églises cathares sont au nombre de quatre : Albi, Toulouse, Carcassonne, Val d'Aran. Au XIII siècle, deux nouvelles Églises se constituent : celles d'Agen et du Razès, mais celle du Val d'Aran n'est plus mentionnée. Ces Églises sont indépendantes. Elles ne reconnaissent pas d'autorité supérieure à leur évêque, comme celle du pape pour l'Église romaine.

Les maisons de parfaits étaient réunies sous l'autorité d'un diacre et chacune dirigée par un ancien ou une prieure. L'évêque est lui-même assisté par un « fils majeur » et un « fils mineur », qui sont choisis parmi les diacres, et qui lui succèdent, le fils mineur remplaçant le fils majeur devenant évêque à la mort de celui-ci, ce qui arrivera fréquemment lorsque la persécution commencera. Les femmes ne font en principe pas partie de la hiérarchie et ne peuvent donc pas donner le consolament d'ordination, sauf pour en cas extrêmes, par exemple pour se choisir une sòcia.

Persécution

Causes de la persécution

Leur obstination, leur anticléricalisme intransigeant, leur opposition à la hiérarchie catholique, à laquelle ils reprochent sa richesse ostentatoire et ses abus de pouvoir, valent aux cathares de s'attirer les foudres de l'Église romaine. Ils sont condamnés comme hérétiques. Ainsi que beaucoup d'autres mouvements dissidents ou contestataires, les cathares deviennent l'objectif d'une lutte permanente. L'Église romaine tente de purifier la chrétienté occidentale en excluant systématiquement tout individu ou groupe mettant en péril le projet de société chrétienne qu'elle instruit depuis le début du X siècle.

Sur le plan politique, de nombreux seigneurs locaux ont soutenu les cathares. Ils y voyaient un moyen d'indépendance face au pouvoir du roi de France qui tenait sa légitimité de Rome et qui dès lors a engagé d'importants moyens pour les mater.

Premières tentatives d'éradication

L'Église catholique confie aux cisterciens, au XIIe siècle-XII siècle, puis, au XIII siècle, aux ordres mendiants (franciscains et dominicains) le soin de combattre ce danger supposé de la dissidence ou de l'hérésie. Les cathares sont difficiles à convaincre. La prédication ou le débat doctrinal instaurés à cette fin dans le Midi de la France par l'Église est un échec. Au contraire des autres « hérétiques », comme les vaudois, les cathares ne fuient pas la persécution mais restent où ils sont, tout en se montrant irréconciliables, préférant presque toujours le martyre à l'abjuration.

La croisade contre les Albigeois

Voir aussi Croisade des Albigeois

Face à cet échec pour tenter de faire disparaître cette hérésie, le pape Innocent III lance en 1209 contre les « albigeois », ou cathares, la première croisade à se dérouler sur le territoire de la chrétienté occidentale. La guerre durera vingt ans (1209-1229). La lutte armée se poursuivit dans le Midi et ailleurs dans l'occident chrétien tout au long du XIII siècle, relayée plus tard par l'institution de l'Inquisition, créée en 1231 pour traquer la « dépravation hérétique ». En 1243, le bûcher de Montségur sonne la fin du catharisme en France.

Pour certains, la croisade des Albigeois contre le catharisme fut en fait une guerre coloniale des princes du Nord de la France contre les princes occitans, afin d'annexer cette région prospère à la civilisation cultivée et raffinée.

En résumé

Cette lutte se déroula donc en trois temps :

  1. Arsenal judiciaire pontifical : Devant la culture religieuse des Bonshommes, la papauté répondra en créant l'ordre des frères prêcheurs (dits Dominicains, du nom de leur fondateur, Saint Dominique 1170-1221), dont la tâche sera de relever le niveau théologique des ecclésiastiques et d'éradiquer l'hérésie.
  2. Croisade (1209-1229) suivi du rattachement du Languedoc à la couronne de France (1229-1271).
  3. Inquisition (à partir de 1231), qui sera promise à un bel avenir. Elle fut menée essentiellement par des moines choisis parmi les Frères mineurs (Franciscains) et les Frères prêcheurs .

Écrits cathares

1930, découverte et la publication de textes originaux, par Antoine Dondaine o.p. La dogmatique des origénistes l'est par un Livre des deux principes italien de la première moitié du XIIIe siècle, et par un fragment latin de la fin du XIIe siècle de provenance occitane.

Le rituel cathare est attesté en occitan et en latin, ainsi qu'en vieux slavon pour un fragment.

L'historiographie est faite à partir de documents inquisitoriaux, lus en négatif et de l'étude plus précise des sources connues et publiées depuis longtemps.

Bibliographie

Liens externes


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