Canon (Bible) Article, Signification, Explication
Le mot canon, qui vient du grec ancien κανών (kanôn), lui même emprunté à l'hébreu qaneh (roseau, mesure, canne). Il désigne dans toutes les religions l'ensemble des textes considérées comme sacrés et régissant le culte : voir Canon (religion).
Introduction
Au IIe siècle, le mot passe dans le milieu chrétien et désigne :
- Kanon the aletheia : le canon de la vérité,
- Kanon the ekklesia, la règle de l'assemblée, c'est-à -dire les règles de conduite, en fait de gouvernement, propre à chaque église.
- En 363, au concile de Laodicée dans le canon 59 (concile régional)
- En 392, dans la lettre Festale d'Athanase d'Alexandrie, fréquemment et abusivement accusé d'avoir fixé le canon en 367.
Canon de la Bible hébraïque
L'idée d'un Canon de la Bible hébraïque ne s'impose qu'après Jamnia (ou Yabnah ou Yabneh), c'est-à -dire à la fin du Ier siècle. Auparavant, le concept d'une liste close des livres de la Septante est inconcevable dans le judaïsme du Ier siècle.
Le texte massorti actuel est contemporain de l'écriture de la Mishna, c'est-à -dire le fruit du travail des docteurs du IIe siècle. Jusqu'au Ier siècle, la Bible de tous est la Septante quoique de nombreux témoignages montrent qu'un original en hébreu ait longtemps persisté.
Dans les Antiquités juives, Flavius Josèphe donne une liste de 22 livres composant le canon des écritures juives. Elle comprend :
- 13 livres de prophètes,
- 4 livres de maximes, proverbes et sagesse,
- 5 livres de Moïse.
En outre, ils « font dire » des choses de plus en plus étranges à la Septante. Les controverses rabbiniques, enregistrées dans le Talmud montrent des discussions qui, sous prétexte d'exégèse imaginative, présentent des opinions sur la pertinence de tel ou tel texte (Traité Meguila, Traité Sofa). On assiste donc à un retour à l'hébreu, à une méfiance envers les textes grecs qui ne s'apaisera qu'au début du IIIe siècle.
Les témoins de cette élaboration sont nombreux. Par exemple :
- Dans la Septante, Samuel est désigné comme « nazir perpétuel depuis le sein de sa mère » tandis que le texte massorti utilisé de nos jours lui dénie cette qualité. L'interprétation traditionnelle dit que la Septante s'éloigne du texte hébreu originel. Pourtant, une discussion dans le traité Nazir (Talmud de Babylone, page 66a) s'inquiète du nazirat de Samuel. On peut donc penser que le texte de la Septante était peu différent de l'un ou l'autre des textes hébraïques alors usuellement en circulation et que l'élaboration tannaïte fut créative, en premier lieu pour éliminer tout aspect apocalyptique ou messianique, c'est-à -dire révolutionnaire.
- Une autre discussion talmudique montre le déclassement d'un texte rédigé en araméen. Il correspond à la période de méfiance envers les textes traduits du syriaque, qui est un araméen oriental. Au traité Meguila (p. 6a), Jonathan b. Uzziel déclasse le livre de Daniel de prophète (nebiim) en écrit (ketoubim) alors que Flavius Josèphe et la Septante le tenaient pour prophète.
(Voir l'article spécialisé Abraham Joshua Hershel)
Deux thèses successives sont actuellement en voie de synthèse.
Vers 200 émerge l'idée d'un catalogue des livres composant le Nouveau Testament. Font alors autorité :
Historiographie du canon du Nouveau Testament
Thèse de Adolph von Harnack et Hans Freheer Von Campenhausen
L'influence de Marcion fut déterminante dans la constitution d'un canon.
(Lire : The Old Testament of the Early Church, Harvard Theological Studies n°20)
Selon cet ouvrage, il n'y eut jamais de « canon alexandrin » de la Septante, ce que confirment les études sur la construction du Talmud, telles qu'évoquées ci-dessus.
L'opportunité d'une liste close n'interroge les chrétiens qu'à partir de la toute fin du IVe siècle. Elle n'intéresse réellement que les Occidentaux. Le canon de l'Ancien Testament, celui des Églises latines comme celui des Églises grecques, évoluent parallèlement. Jusqu'au IVe siècle, on parle de « canon ouvert » et postérieurement de « canon fermé ».
Toutefois Steinberg date le fragment de Muratori du IVe siècle et lui donne une origine orientale. Ces caractéristiques en font une liste parmi toutes les autres et lui retirent son statut de liste inaugurale. Cette conception élimine le long débat entre les Églises et attribue la fermeture du canon à une autorité ecclésiastique.
Le contenu du fragment ruine cette hypothèse sur la construction du Nouveau Testament. Le Fragment ne dit mot de l'Épître aux Hébreux, fort appréciée dans les Églises orientales car faussement attribuée à Paul de Tarse.
Pourquoi ces quatre là et non les autres ? Cette question vient immédiatement à l'esprit d'un lecteur du XXIe siècle. Elle intéressait aussi les lecteurs de l'Antiquité tardive et la réponse donnée par Irénée de Lyon dans son Adversus Hæreses ne manquera pas d'étonner le lecteur contemporain :
L'étude des Pères de l'Église et le recueil des citations qu'ils donnent dans les écrits du IIe et IIIe siècle montrent que les « paroles attribuées à Jésus » ne proviennent pas des Évangiles tels qu'ils nous sont connus.
La première hypothèse est qu'ils citent de mémoire et que celle-ci n'est pas tout à fait précise. La comparaison avec les citations de l'Ancien Testament montre moins de divergences avec les textes de la Septante. Devrait-on supposer que leur mémoire est moins fidèle pour les « dits de Jésus » que pour le textes de la Septante ? Pourtant, les hommes de l'Antiquité étaient habitués à de longues récitations de mémoire.
On formule donc une autre hypothèse. D'autres évangiles ont été écrits qui transmettent d'autres traditions sur « les dits et les faits de Jésus ». Ils mettent à profit la même tradition orale et servent de référence dans les textes des Pères anciens.
Des ouvrages comme l'évangile de Thomas, l'évangile de Pierre et le Dialogue du Sauveur conservent des traditions sur Jésus qui ne doivent rien aux Évangiles canoniques. Quelques-uns de ces textes périphériques sont couramment utilisées qui n'ont pas été conservés par la canonisation. Ainsi, Papias, évêque de Hiérapolis, qui n'est connu que par l'Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée, connaît des récits similaires à ceux rapportés dans l'évangile « selon Marc » et des éléments de récits qu'on retrouvera dans l'évangile « selon Matthieu ».
Ces quelques indications sur les connaissances des premiers pères suffisent à invalider la théorie d'Augustin d'Hippone sur la chronologie des Évangiles, telle que rapportée pour mémoire dans l'article sur le problème synoptique.
Papias a écrit des Explications sur les paroles du Seigneur, perdues depuis, à l'exception de la citation de la Préface qu'en fait Eusèbe. Ces explications portent sur les récits oraux qu'il a reçu.
(Voir l'article spécialisé Critique radicale)
Il précède le canon officiel. Il ne garde des écrits qui circulent :
Troublé par le fait qu'on retienne quatre évangiles présentant quatre témoignages différents sur « les dits et les faits de Jésus », Tatien entreprend de les fondre en un seul récit continu et cohérent, ne retenant que ce qui leur est commun, gommant par cette sélection tout ce qui est divergent qu'il considère comme dépourvu de sens autre qu'anecdotique.
Il s'inspire des quatre évangiles, canonisés depuis. La liberté avec laquelle il les utilise, semblable à celle dont usèrent les auteurs de « selon Luc » et « selon Matthieu » dans leur reprise de « selon Marc » montre qu'à l'instant où il écrit, les quatre « grands » évangiles ne sont pas encore sacralisés. Les emprunts qu'il fait à d'autres sources montrent qu'ils n'ont pas vocation à être une source exclusive.
Dans un temps où triomphe l'idée de Plotin que la vérité est une et que le dissensus est haïssable, on ne peut concevoir que chacun des évangiles réputés canoniques avait vocation à se suffire à lui-même et non à compléter les autres. Chacun d'eux, du point de vue de leurs auteurs, se proposait de devenir le seul témoignage valide de la vie et de l'enseignement de Jésus qui supplanterait tous les autres. D'ailleurs, l'intention polémique est clairement marquée dans l'incipit de l'auteur à Théophile.
Plusieurs compilations harmonisantes ont été produites. Celle de Tatien perdurera dans le corpus canonique de l'Église syriaque.
Tatien et Marcion, par le choix de leurs sources et leur entreprise de réécriture témoignent de la résistance à accepter plusieurs témoignages divergents. Le rôle de Marcion fut décisif, ne serait-ce que dans l'idée de clore une liste pour la dresser contre les autres sources, d'un corpus s'opposant à d'autres corpus disponibles.
L'Église de Marcion, discréditée sous le nom de marcionitisme, subsistera plusieurs siècle en Asie Mineure. Pour lutter contre celle-ci, les patriarcats orientaux et occidentaux utiliseront la méthode qu'elle avait inaugurée : dresser une liste où la distinction de certains livres élevés au statut « d'écriture inspirée » renvoie les autres sources au rang de fabulae, c'est-à -dire d'apocryphes.
Selon qu'elles viennent d'Orient et d'Occident, les listes de livres retenus ne sont pas les mêmes. Outre les réticences à la réception plurielle d'un témoignage « tétramorphe » (néologisme d'Irénée), certains livres reçus en Occident sont répudiés en Orient et réciproquement. Les Églises orientales fonctionneront longtemps avec un « canon de 22 livres » tandis que les Églises d'Occident tiendront pour un « canon de 27 livres ». Orientaux comme Occidentaux utilisent cependant les mêmes critères :
Selon qu'on se situe au IIe siècle, au IIIe siècle, au IVe siècle, les hérésies ne sont pas les mêmes. Il en résulte que les livres rejetés ne sont pas les mêmes. À l'exception des hérésies donatiste, mélécienne et novartienne, qui traitent des désaccords sur la conduite à tenir face aux apostats et autres relaps et posent la question du pardon, les hérésies sont majoritairement régionales et régionalement traitées jusqu'au concile de Nicée de 325.
On comprend donc qu'une liste d'hérésies qui varie avec la géographie (région) et l'histoire (le temps) conduit à des exclusions/inclusions qui relèvent de temps à autres du règlement de compte. Jusqu'au concile de Chalcédoine, tel qui est excommunié à Rome peut être relevé à Antioche ou ailleurs et réciproquement.
Deux exemples :
Elle comporte généralement des textes dont la critique textuelle contemporaine montre qu'ils sont de rédaction contemporaine ou quasi-contemporaine de ceux qui se chargent d'établir les listes. Quoique la canonisation d'un texte contemporain ne soit pas interdite, comme le montre celle du Diatessaron de Tatien dans l'Église syriaque, il semble que l'ancienneté attribuée aux textes soit un sésame.
Cette deuxième liste comporte aussi des livres « nés de père inconnu » mais reçus partout. Au bout de longues tractations, certains seront inclus dans le canon. D'autres, d'usage liturgique ans certaines communautés, seront rejetés. On n'a aucune idée de ce que signifie « pseudépigraphie ».
La première liste comprend partout :
(Voir l'article spécialisé : Paul de Tarse)
Ce sont :
Le canon se clôt à 27 livres par autorité d'Église.
De ce fait, il se ferme plus tôt qu'en Orient aux synodes régionaux de Carthage de 397 et de 419. Jusqu'aux dernières années du IVe siècle, il exclut l'épître aux Hébreux. Cette question n'est jamais traitée dans les conciles œcuméniques de la fin du siècle. Cette lacune assigne donc ces conciles au rôle de tribunal et au lieu d'espace où traiter des affaires des églises dans un projet d'unification.
En dépit des décret de Gélase, les littératures apocalyptiques autres que celle de Jean seront recopiées et tenues pour partie prenante du Nouveau Testament jusqu'au milieu du Moyen Âge (XIIIe siècle)
C'est l'usage des livres dans les communautés qui détermine le canon.
Le canon démarre à 22 livres, sans épître aux Hébreux, sans lettres de Jaques, ni 2 Pierre, ni 3 Jean non plus que Jude. Au milieu du IIIe siècle, l'œuvre de Cyprien de Carthage ne cite aucun de ces 5 livres non plus que la lettre à Philémon et, bien évidemment sans Apocalypse. Cette opposition aux littératures apocalyptique s'inscrit dans la lutte contre le millénarisme montaniste, attestée par Eusèbe de Césarée, puis par Grégoire de Naziance, Amphiloque d'Iconium (mort en 896) qui déclare à propos de l'Apocalypse : « Certains l'acceptent mais la plupart le disent inauthentique ». L'école d'Antioche, avec Jean Chrysostome (347-407), Théodore de Mopsueste (393-466) s'en tient à un canon de 22 livres sans Apocalypse. Le concile In Trullo (692) ne règle rien.
Dans sa lettre Festale, Athanase recommande des livres non canoniques pour l'instruction des débutants qui sont, aujourd'hui considérés comme apocryphes :
Dans cette critique d'Athanase s'enracine la meilleure hypothèse actuelle concernant les manuscrits coptes de Nag Hammadi ; on peut penser qu'ils furent enterrés parce qu'une partie d'entre eux faisaient partie des livres condamnés.
C'est un article concernant le Canon (Bible). La page contient la signification du Canon (Bible) , Description et explication au sujet de Canon (Bible) Thèse d'Albert C. Steinberg
Construction du canon du Nouveau testament
Canonisation des quatre évangiles
Gageons que si l'Amérique et l'Océanie avaient été connues au temps d'Irénée, les Anciens auraient canonisé deux Évangiles de plus.Coexistence d'une tradition orale
Naissance d'une tradition écrite en Orient
Le canon de Marcion (vers 150)
Les lettres de Paul connues par Marcion sont les suivantes :
Ce corpus éditorial a perduré dans l'Église syriaque, avec en outre L'Épître aux Hébreux que quelques auteurs modernes attribuent à Marcion tandis que les anciens l'attribuaient à Paul.Le Diatessaron de Tatien
Conclusion d'étape
Canon d'Orient, canon d'Occident
Critères
Ce classement appelle quelques remarques.Sur le concept d'hérésie
Sur la deuxième liste
Les livres toujours retenus
En ce qui concerne les épîtres, les listes varient. Marcion en connaissait dix, les autres listes en donnent treize, voire quatorze. Certaines listes furent construites autour de la symbolique du nombre sept au prix d'acrobaties : les lettres doubles comptant pour une seule.
(Voir l'article spécialisé : la lettre dans l'antiquité)
Quelques textes sont systématiquement ignorés en occident qui sont appréciés en Orient et réciproquement :
Clôture du canon
Dans les Églises latines
Dans les Églises grecques
Ambiguité de la clôture
Il recommande aussi des Apocryphes de l'Ancien Testament inclus aujourd'hui parmi les deutérocanoniques :
(articles spécialisés : Apocryphe, Manuscrits de la Bible)Voir aussi
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