article sur le Brevet logiciel, Explication sur le Brevet logiciel

Brevet logiciel Article, Signification, Explication

  

Les brevets logiciels sont des brevets qui portent sur des inventions présentes, ou alléguées, dans les logiciels.

Table of contents
1 Position du problème
2 Les dangers présentés par les brevets logiciels
3 Tentatives de solution
4 Rapport Price Waterhouse Cooper d'août 2004
5 Les groupes de pression
6 L'arme absolue anti-brevets
7 Voir aussi

Position du problème

Les brevets de ce type sont très controversés, moins sur le principe que sur la façon dont on les accorde :

Les dangers présentés par les brevets logiciels

  1. Le principe des brevets a été conçu à une époque où l' information représentait peu de chose par rapport à la fabrication, tandis que dans le domaine du logiciel les deux notions deviennent pour ainsi dire confondues. Il n'y pas de différence fondamentale entre une idée et sa mise en œuvre informatique, il suffit de faire appel à des techniques et outils désormais largement connus et répertoriés, voire plus bas.
  2. Un employé du bureau des brevets, pour pouvoir déterminer la valeur ou non d'un brevet logiciel, devrait être programmeur lui-même; quand bien même il le serait, comment échappera-t-il aux éventuelles pressions ?
  3. S'il prend le conseil d'expert, qu'est-ce qui peut garantir que ceux-ci échapperont aux pressions ?
  4. Le nombre de brevets croit de manière exponentielle, il est difficile pour un examinateur de passer en revue l'ensemble de ces brevets, sans parler des milliards de lignes de programmes qui sont écrites tous les ans et qui ne sont pas brevetés.
  5. Les logiciels modernes comprennent en général des milliers, voire parfois des millions de lignes de code, il est quasiment impossible dans ces conditions de ne pas enfreindre un brevet existant.
  6. Compte tenu de la difficulté de vérifier l'état de l'art existant, la décision finale de la validité d'un brevet est implicitement laissée à la justice; déposer, défendre, ou se défendre contre un brevet coûte cher et nécessite des armées d'avocats et des moyens financiers énormes. Les grandes multinationales sont de ce fait largement avantagées par rapport aux PME et aux développeurs indépendants et en particulier les développeurs du Logiciel libre et Open source.
  7. Les bureaux de brevets ne demandent plus de prototype prouvant la validité du brevet, de plus la formulation des brevets est souvent très large, imprécise et utilise volontairement un jargon complexe et hérmétique afin de masquer l'aspect trivial d'une invention et de tromper ainsi la vigileance de l'examinateur, c'est la fonction des avocats spécialisés dans le dépôt de brevet. Tout ceci, a pour effet de préempter de larges domaines du savoir. Dans la pratique cela revient à breveter une idée, car le brevet s'applique toujours même si on réalise sa propre implémentation de l'idée.
  8. Les brevets logiciels ont étés détournés de leur finalité initiale, ils servent de plus en plus pour une société à préempter un domaine particulier dans le but d'empêcher ses concurrents d'y entrer, que de moyen pour innover et commercialiser ses propres inventions. Certaines sociétés brevetent ainsi des formats de fichiers, ou des protocoles de communication afin de rendre difficile l'interopérabilité de leurs produits avec les logiciels de leurs concurrents. Ils peuvent de ce fait maintenir leurs prix artificiellements hauts.
  9. Les grandes sociétés informatiques se sont constitué d'immenses portfolios de brevets dont elles se servent comme arme de défense en menaçant de contre-attaquer en cas d'agression. Beaucoup de sociétés ont par ailleurs conclu des accords de non-belligérance, ou des accords de licences croisés; ce mode de fonctionnement désavantage terriblement les petites entreprises, les développeurs indépendants et surtout les développeurs de Logiciel libre ou Open source qui constituent de plus en plus un des principaux moteurs d'innovation dans le domaine.
  10. Les informaticiens considèrent que tout programme complexe est localement trivial, ou du moins facilement réalisable par un praticien du domaine; de plus depuis les débuts de l'informatique les principales techniques, algorithmes et méthodes de stockage, d'accès aux données et de communication entre les programmes et les procédures, qui constituent le cœur de tout logiciel, ont étés largement décrites et répertoriées, elles sont par exemple disponibles dans les ouvrages de référence; The Art of Computer Programming de Donald Knuth a pour ambition d'après son auteur, une sommité dans le domaine de répertorier la quasi totalité de ces techniques. Très souvent, les brevets dits novateurs, sont une simple application de ces techniques dans de nouveaux domaines, ceci a été particulièrement vrai lors de l'explosion dot.com, où il suffisait d'appliquer une technique ancienne à Internet pour que le brevet soit accordé.
  11. Les brevets sont fondamentalement incompatibles avec les Logiciel libre ou Open source et en particulier Linux qui par leur vitalité et l'efficacité de leur mode de développement sont en train de révolutionner l'industrie, et constituent une chance pour les pays dont l'industrie logicielle est en retard, en particulier les pays en voie de développement (PVD) mais aussi l'Europe, dont le marché est dominé par les grands éditeurs Américains. Les adeptes du Logiciel libre comptent d'ailleurs parmi les plus ardents adversaires des brevets logiciels.

Tentatives de solution

Les États sont conscients de ces problèmes et dans chacun d'eux des hommes politiques se penchent sur la question. En France, par exemple, l'opposition de Michel Rocard au principe même des brevets logiciels est bien connue.

USA et Japon

De nombreux pays n'autorisent pas les brevets logiciels, mais les États-Unis et le Japon, entre autres les permettent (quitte à ce que le brevet accordé soit éventuellement déclaré abusif lors d'une procédure juridique ultérieure en cas de conflit). Il s'agit en fait d'un transfert de responsabilité du législatif au juridique. Un problème qui se pose alors est que l'assise financière des grandes entreprises et leurs services d'avocats spécialisés en propriété industrielle rendent quasiment impossible à un particulier de faire valoir ses droits dans des délais compatibles avec la poursuite normale de son activité économique.

Europe

En Europe, en revanche, les logiciels sont actuellement protégés par une autre forme de propriété intellectuelle, le droit d'auteur (autrement utilisé pour les œuvres de l'esprit comme les écrits ou la musique). Cela signifie que le code d'un logiciel reste la propriété de celui qui l'écrit, mais que l'idée sous-jacente (l'algorithme) peut être utilisée par quelqu'un d'autre, tant qu'il ne commet pas directement un plagiat. Cette disposition rassure ceux qui accordent une grande importance à l'interopérabilité des différents logiciels.

Néanmoins, l'Article 9 de la Directive européenne (91/250/CEE) concernant la protection juridique des programmes d'ordinateur stipule que « Les dispositions de la présente directive n'affectent pas les autres dispositions légales concernant notamment les brevets, les marques, la concurrence déloyale, le secret des affaires, la protection des semiconducteurs ou le droit des contrats. » L'applicabilité du droit en brevets n'est donc pas du tout excluse.

Le droit européen en brevets est donné par la Convention de Munich du 5 octobre 1973 sur le brevet européen, dont l'Article 52 dit:

« Inventions brevetables (1) Les brevets européens sont délivrés pour les inventions nouvelles impliquant une activité inventive et susceptibles d’application industrielle. (2) Ne sont pas considérés comme des inventions au sens du paragraphe 1 notamment : a) les découvertes ainsi que les théories scientifiques et les méthodes mathématiques; b) les créations esthétiques; c) les plans, principes et méthodes dans l’exercice d’activités intellectuelles, en matière de jeu ou dans le domaine des activités économiques, ainsi que les programmes d’ordinateurs; d) les présentations d’informations. (3) Les dispositions du paragraphe 2 n’excluent la brevetabilité des éléments énumérés auxdites dispositions que dans la mesure où la demande de brevet européen ou le brevet européen ne concerne que l’un de ces éléments, considéré en tant que tel. »

Parce que la brevetabilité est seulement excluse si la demande de brevet concerne un programme d'ordinateurs en tant que tel, les Chambres de Recours de l'Office Européen des Brevets ont decidé que les brevets devaient être delivrés pour chaque solution nouvelle et non évidente donnée à un problème technique si cette solution etait définie par des caractéristiques techniques.

International

En 1994, les pays membres de l'OMC ont ratifié les accords ADPIC qui doivent faire entrer les logiciels dans le champs des inventions brevetables.

Une proposition de directive réglementant le brevet logiciel en Europe a été votée au Parlement européen en septembre 2003, mais suite à un désaccord avec le Conseil des ministres, devait y passer en seconde lecture à l'automne 2004.

C'était sans compter sur la position de la Pologne, qui a adhéré à l'Europe des 25 le 1er mai 2004. Sa prise de position contre le projet de directive elabore par le Conseil a suspendu la majorité qualifiee qui devait assurer l'adoption de la directive (notez que la France, par la voix de son ministre de l'Industrie Patrick Devedjian a apporte son soutien à la 2e version du projet). Il faudra attendre 2005 pour que le vote ait lieu de nouveau.

Suggestion de Tim Bray

Tim Bray (XML) propose de couper la poire en deux : un brevet logiciel pourrait être accordé pour une invention, mais si et seulement si une version open-source en était disponible. Citation :

« In fact, in an ideal world, I’d rewrite the law to allow software patents but require a working Open-Source implementation as a condition of getting one. Because both software documentation and patent applications are notoriously inaccurate, incomplete, and unreadable. Open Source tells the truth, the whole truth, and nothing but the truth. »

Rapport Price Waterhouse Cooper d'août 2004

Ce rapport mentionne explicitement le danger pour l'innovation que représentent de tels brevets. Il est d'autant plus significatif que PWC est pourtant une filiale de l'un des constructeurs qui auraient le plus intérêt à court et moyen terme à assurer la pérennité de tels brevets, à savoir IBM.

Les groupes de pression

Certaines grandes entreprises qui éditent des logiciels et la BSA sont favorables à la création de brevets et à leur extension tandis que de nombreuses PME et défenseurs du logiciel libre y sont farouchement opposées.

Les enjeux sont importants pour les deux parties : les grandes entreprises qui investissent des années-hommes en développement de logiciel ne souhaitent que d'autres tirent les marrons du feu à leur place (bien qu'une grande partie des inventions logicielles soient en fait d'origine universitaire). Mais un développeur indépendant ne peut accepter l'idée qu'à tout moment on inspecte un code de son cru et puisse lui dire : « désolé, mais nous sommes propriétaires de la technique que vous utilisez dans les lignes 1150 à 1432 de votre logiciel »!

L'arme absolue anti-brevets

L'arme absolue antibrevets existe de toute façon sous la forme suivante : si vous avez une idée simple (ne méritant pas brevet selon vous), publiez-la aussitôt que possible (par exemple tout simplement sur Usenet, Google groups archivant en les horodatant toutes les contributions... qu'il ne perd pas (il en existe malheureusment quelques unes, comme en témoignent quelques références vides) : dès lors qu'une idée a été émise ne serait-ce qu'une seule fois de façon publique, il devient impossible de la breveter. Cela ne vaut d'ailleurs pas que pour les brevets logiciels.

Le système d'implémentation de hashs de taille variable en Perl aurait pu sans le moindre problème obtenir un brevet, de l'avis des spécialistes qui se sont penchés dessus. Larry Wall n'en a pas moins fait le choix de mettre le code source correspondant dans le domaine public, renonçant à ses droits.

Voir aussi

Liens externes


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