Ancien français Article, Signification, Explication
'', XIIe siècle (édition de Léon Gautier)]] La notion d'ancien français regroupe l'ensemble des langues romanes de la famille des langues d'oïl parlées approximativement dans la moitié nord du territoire français actuel, depuis le Xe jusqu'au XIVe siècle environ. Il provient du roman, forme de latin vulgaire présente dans toute la Romania. Il est suivi, historiquement, par le moyen français. Ces distinctions temporelles de l'état de la langue ont cependant été définies de façon relativement arbitraire et récente par les linguistes. Du point de vue des locuteurs, l'évolution était peu ou pas ressentie, car le latin a évolué vers le français de façon continue et progressive, sans qu'une coupure soit perçue entre différents stades de cette évolution. Consulter Phonétique historique pour plus de détails.
L'ancien français est l'ancêtre du français parlé aujourd'hui. L'apparition d'une langue unique sur le territoire français est cependant très tardive et l'on doit à plusieurs langues d'oïl anciennes ce qui constitue la langue actuelle.
Importance de l'ancien français dans l'histoire linguistique
Langue de culture et de littérature, il est très bien attesté et l'on peut constituer son histoire avec une grande précision (tant lexicalement, morphologiquement, phonétiquement que syntaxiquement). La série d'évolutions phonétiques ayant conduit de cette langue ancienne à la langue contemporaine est connue avec suffisamment de détails pour qu'une chaîne phonétique partant du latin et arrivant au français puisse être fournie siècle par siècle. L'étude du français et de son histoire ne peut se passer de la connaissance de l'ancien français. Du reste, cette matière (ainsi que son aspect phonétique historique) est obligatoire au CAPES de lettres modernes, concours que l'on passe en France pour enseigner la langue et la littérature françaises.
L'un des changements majeurs intervenus dans l'évolution du latin vers le français est la disparition progressive des oppositions de longueur au profit de distinctions de timbre. L'accent musical a petit à petit laissé place à un accent tonique, qui a eu pour effet de modifier légèrement l'aperture des voyelles : la prononciation des voyelles brèves est légèrement plus ouverte que celle des voyelles longues. En conséquence, le timbre des voyelles est modifié et l'opposition de timbre entre deux voyelles devient le critère de différenciation (on distingue ẹ fermé dans pied de ę ouvert dans lait, ọ dans maux de ǫ dans mort). Ce bouleversement vocalique est survenu aux cours des IIe, IIIe et IVe siècles, dans la phase primitive de l'évolution du français, encore fort proche du latin vulgaire. La plupart des évolutions sont dès lors communes à plusieurs langues romanes.
Le bouleversement vocalique se présente comme suit :
En latin, tous les mots ont un accent tonique. Cet accent se place généralement sur l'avant-dernière syllabe du mot (on dit d'un mot accentué ainsi qu'il est paroxytons), sauf s'il s'agit d'un monosyllabe, auquel cas l'accent est forcément sur la seule syllabe du mot (mot oxyton), ou s'il s'agit d'un mot polysyllabique dont l'avant-dernière syllabe est brève (c'est-à-dire une syllabe dont la voyelle est brève et non entravée par une consonne qui la suivrait à l'intérieur de la syllabe), auquel cas l'accent est placé sur l'antépénultième syllabe (proparoxyton).
Quand la prétonique interne est un a, soit, si elle est entravée, elle persiste (ĭntaminatáre donnera entamer), soit, si elle est libre, elle devient /e̥/ vers le VIIe siècle (firmaménte donnera fermement).
Le système du nom connaît deux cas et deux nombres : cas sujet et cas régime (pour tout ce qui n'est pas sujet). Si le cas sujet provient du nominatif latin, le cas régime provient quant à lui de l'accusatif. Le lexique français actuel hérité de l'ancien français est parti du cas régime, le plus fréquent dans le discours.
Par exemple, le mot mur se déclinait ainsi :
Les scribes ont utilisé un principe en apparence simple : celui de noter tout ce qu'ils entendaient le plus directement possible au moyen de l'alphabet latin, assez inadapté car trop peu riche en graphèmes. En effet, en passant du latin vulgaire à l'ancien français, de nombreux phonèmes ont évolué, donnant naissance à de nouveaux sons pour lesquels aucune lettre n'était prévue.
En outre, il n'existait que peu de diacritiques réels, la plupart servant de signes d'abréviation (les diacritiques utilisés en français datent du XVIe siècle), l'élision n'était pas signalée par l'apostrophe (apparition au XVIe siècle), l'écriture, bien que bicamérale, ne s'est pas servie avant le XIVe siècle de l'oppositions entre majuscules et minuscules (la capitale sert de variante graphique et se trouve donc dans les titres, au commencement des vers). C'est après qu'on a pris l'habitude de signaler par la majuscule le début de certains mots sentis importants.
La ponctuation ne commence à ressembler à la nôtre qu'à partir des XIIe-XIIIe siècles. Les usages sont cependant très différents (on note surtout les groupes de souffle et de sens, mais pas forcément dans le respect de la syntaxe). On remarque l'utilisation du point pour encadrer des lettres utilisées comme chiffres (« .iij. » se lira donc « 3 »).
De plus, les manuscrits médiévaux sont tracés dans deux ou trois familles de caractères de l'alphabet latin (au sein desquelles on distingue d'innombrables variantes), de moins en moins lisibles par rapport au modèle latin (d'autant plus que les abréviations, les ligatures et les variantes contextuelles abondent) : l'onciale, la minuscule caroline puis la gothique. Ces « alphabets » ne distinguent pas i de j ni u de v (dites « lettres ramistes » ; cette distinction date du XVIe siècle et a mis deux siècles à se stabiliser grâce, notamment, aux éditeurs hollandais), du moins pas de la même manière que nous (ce sont des variantes contextuelles : en gothique, v s'utilise de préférence en début de mot, u ailleurs, quelle que soit leur valeur, [y] de lu ou [v] de vie ; j, sans point, sert lorsque des suites de lettre seraient illisibles, comme mmi, qui serait, dans une gothique légère, proche visuellement de ιιιιιιι). Le i n'a pas de point mais reçoit souvent un apex pour qu'on le distingue mieux. D'autres procédés sont notables, tel l'utilisation d'un l vestige devenu u par vocalisation mais présent dans l'étymon latin pour éviter que l'on confonde u et n, très proches en gothique.
Ce n'est qu'au début du XVe siècle que les Humanistes, à la recherche de modèles plus lisibles et aérés que la gothique, parfois très ésotérique au profane, sont revenus à des graphies plus proches de l'écriture courante (minuscule humaniste, italique...). L'imprimerie marquera la fin progressive des graphies calligraphiques au profit de modèles de plus en plus lisibles qui, finalement, ont donné ceux qu'on peut lire sur un écran d'ordinateur.
Les éditeurs modernes, cependant, normalisent le plus souvent les textes pour faciliter la lecture. La graphie utilisée est celle des polices actuelles (Times New Roman, Arial...) avec les lettres ramistes, on utilise l'accent aigu pour distinguer les « e » caducs atones du /e/ tonique finals (aprés = après, amé = aimé), le tréma, l'apostrophe, la cédille la ponctuation et les majuscules comme en français actuel (meïsme = même ; n'aime ; lança).
Parmi les usages retenus et fréquents, on trouve :
Enfin, il faut noter l'emploi d'une abréviation très courante que les éditeurs conservent : celle de la finale -us, très fréquente, remplacée après voyelle par -x : biax équivaut à biaus, c'est-à-dire le cas sujet de l'adjectif bel (beau).
En conclusion, il convient de comprendre que l'ancien français possède une orthographe quasi-phonétique pratiquée avec un alphabet qui ne s'y prête pas forcément, ce qui explique l'abondance de graphies parallèles et les diverses solutions plus ou moins efficaces, tels les digrammes, mais, surtout, que dès les prémices du français l'orthographe, au sens actuel, fait ses apparitions : l'écriture est en retard sur la prononciation mais permet, par l'adoption de conventions, une meilleure reconnaissance des constituants des mots.
C'est un article concernant le Ancien français. La page contient la signification du Ancien français , Description et explication au sujet de Ancien français Évolutions et état de la langue
Au sujet des mutations de la langue antérieures à l'époque de l'ancien français, voir en particulier l'article Langue romane.Phonologie
On a utilisé ici pour décrire les caractéristiques phonologiques des mots le système de Bourciez, ou alphabet des romanistes, couramment utilisé dans les descriptions phonologiques de l'évolution du français. Consulter Système de Bourciez pour une description de ce système et un tableau de correspondances avec l'API.Système vocalique
Le latin classique utilisait dix phonèmes vocaliquess différents, distribués en cinq voyelles brèves (notées ă, ĕ, ĭ, ŏ et ŭ) et leurs cinq équivalents longs (ā, ē, ī, ō et ū). En effet, en latin, la longueur du son est phonologique, c'est-à-dire pertinente : deux mots peuvent ainsi avoir comme seule différence la longueur d'une de leurs voyelles (vĕnit « il vient » est différent de vēnit « il vint » ; pŏpulu(m) « peuple » est différent de pōpulu(m) « peuplier »).
Les trois diphtongues latines présentes dans le latin vulgaire, oe, ae et au, évolueront respectivement vers ẹ (Ier siècle), ę (IIe siècle) et ǫ (fin du Ve siècle).Vers une langue oxytonique
Syncope latine
À partir du Ier siècle, donc déjà en latin vulgaire, on remarque un amuïssement progressif des voyelles pénultièmes atones : cálĭdus devient cáldus, ámbŭlat devient ámblat, génĭta devient génte. Cette évolution marquante sera complètement achevée au Ve siècle. À cette époque, la majorité des proparoxytons sont donc devenus des paroxytons : avec la disparition de la voyelle pénultième qui suivait la voyelle tonique, cette dernière a « reculé d'une case ».Amuïssement des prétoniques internes
Les voyelles prétoniques internes (c'est-à-dire atones, placées avant la tonique mais pas en position initiale), à l'exception de a, disparaissent avant le IVe siècle quand elles ne sont pas entravées : bonĭtátem deviendra bonté, computáre deviendra compter. Si elle est entravée par une consonne, la voyelle évoluera vers /e̥/ (un schwa, c'est-à-dire un « e caduc » non labialisé, différent du nôtre dans le ou dans petit), comme dans appelláre, qui donnera l'ancien français apeler.Voyelles finales
[En préparation]Morphologie
Sur le plan morphologique, l'ancien français est encore une langue flexionnelle (le français moderne est nettement plus synthétique), mais il présente déjà une grande réduction des flexions par rapport au latin.
La flexion actuelle se résume bien au seul ancien cas régime : le mur / les murs.Variations dialectales et langue littéraire
[En préparation]Écriture
Il serait exagéré de dire qu'il n'y a pas d'« orthographe » en ancien-français ; il convient de définir en effet ce qu'on entend par là. Il est notable que chaque mot n'a pas une graphie fixe et que, de région en région, de scribe en scribe voire de ligne en ligne, un même mot s'écrit de très nombreuses façons. Cependant, les graphies médiévales ne sont pas dues au hasard. Écriture et orthographe
Note : à partir de maintenant, la transcription adoptée est celle de l'API. Usages
Bien que les graphies puissent être très fluctuantes (même d'une ligne à l'autre dans un même manuscrit) et les moyens trouvés pour contourner les limites de l'alphabet latin, surtout des digrammes : notation de /s/ devant /a/, /o/, /u/ avec la lettre c et inversement, notation de /k/ devant /ə/, /e/, /i/, /y/ avec la même lettre latine. Un problème similaire se rencontre avec g (/ʒ/ ou /g/, selon les voyelles). Il faut trouver comment noter /ʃ/, /œ/ et, les différentes valeurs de /e/ tonique ou atone, la nasalisation.
Autres points à retenir si l'ancien français s'écrit presque comme il se prononce, les graphies deviennent très vite archaïsantes. Par exemple, doté de nombreuses diphtongues, il les représente directement : eu se lit donc /ew/ et oi /oj/. Mais les graphies restent figées alors que la prononciation continue d'évoluer : eu vaut /ew/ au XIe mais /œu/ au XIIe et /œ/ à partir du XIIIe sans que la graphie ne change réellement. De même pour oi : XIIe /oj/ puis /ue/, XIIIe /we/ (pour arriver à /wa/ au XVIIIe). Cela explique pourquoi /o/ peut s'écrire eau en français : c'est qu'au XIIe siècle on prononçait avec une triphtongue /eaw/ devenue au cours de siècles /əaw/ puis /əo/ en enfin /o/ à partir du XVIe siècle. Les occlusives et sifflantes appuyantes (contre une autre consonne) ainsi que les consonnes finales continuent d'être écrites après s'être amuïes : on ne prononce plus le s dans forest après 1066 non plus que le t à la fin de grant à partir du XIIe siècle. On continue cependant à les écrire pendant des siècles par tradition, choix esthétique et par habitude : la présence d'un s long dans un mot comme foreſt assure son apparence ; le t de grant (« grand » et « grande ») s'entend encore au cas sujet grants : le conserver au cas régime grant permet d'obtenir un paradigme plus régulier (grants ~ grant est mieux que grants ~ gran). Le s muet sera plus tard (à la fin du XVIIIe siècle) remplacé par un accent circonflexe, le t muet par un d muet dans grand pour confirmer cette fois le lien avec le nouveau féminin grande tout en rappelant l'étymon latin grandis.Synthèse
On peut retenir les conventions de lecture suivantes en partant du principe que la graphie est normalisée par un éditeur moderne (utilisation des lettres ramistes, du tréma, de l'accent aigu, etc.). On suivra pour le reste les conventions propres au français. Il est entendu que c'est une approximation donnée à titre indicatif pour une lecture acceptable bien qu'imparfaite :
Littérature
Consulter Littérature médiévale.Divers
Annexes
Bibliographie
Articles connexes
Lien externe
